Qui sont les anti-masques français ? Une étude décrypte le phénomène

Qui sont les anti-masques français ? Une étude décrypte le phénomène
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SOCIOLOGIE - Le phénomène anti-masque prend de l'ampleur en France, en particulier sur les réseaux sociaux. Une étude de la Fondation Jean-Jaurès décrit qui sont ces militants de l'ère coronavirus.

La pandémie de Covid-19 continue de faire des ravages dans le monde. Pour protéger les populations, les autorités sanitaires internationales rabâchent les mêmes arguments, depuis des mois : protégez-vous, protégez les autres, respectez les gestes barrières et portez un masque. Pourtant dans de nombreux pays - Etats-Unis et Allemagne en tête - des individus remettent en question ce dernier point. En France, les anti-masques se sont peu mobilisés dans les rues, mais sont très actifs sur les réseaux sociaux. Ils s'y informent quasi-exclusivement, rejetant médias et déclarations officielles, et s'y nourrissent de théories du complot, d'après l'étude sur cette communauté un peu particulière, réalisée par la Fondation Jean-Jaurès. 

Les "quatre raisons de la colère" des anti-masques

Le chercheur en sociologie Antoine Bristielle tente dans cette étude de dessiner le portrait de ces militants atypiques, en se basant sur un peu plus d'un millier de réponses à un questionnaire en ligne qu'il a publié sur un groupe Facebook anti-masques. Il analyse ainsi les quatre arguments les plus majoritairement avancés par ces opposants au port du masque obligatoire.

"D’une part, le masque serait inutile : il ne serait pas en mesure de protéger efficacement contre le virus", rapporte le sociologue. "Un second argument vient prolonger le premier en le durcissant : le masque ne serait pas seulement inutile, il serait dangereux en ne permettant pas une oxygénation suffisante et/ou en constituant un véritable nid à bactéries susceptible d’entraîner des complications médicales dramatiques". Deux premières raisons - infondées - qui se concentrent sur l'aspect médical du masque.

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"La troisième ligne argumentative se concentre pour sa part sur l’épidémie elle-même : cette dernière serait terminée, voire n’aurait jamais vraiment existé, et les gouvernements nous mentiraient lorsqu’ils essaieraient de nous faire croire le contraire", continue l'étude. Une théorie qui va de pair avec le quatrième argument : l'obligation de porter le masque dans les espaces publics clos partout en France et dans les rues de certaines villes aurait pour but "de priver la population de sa liberté. En somme, le masque ne serait en tout et pour tout qu’une 'muselière' destinée à tester la servilité" des Français, résume Antoine Bristielle après analyse des réponses.

Complotistes, libertaires, populistes ou de droite

Le sociologue note ensuite que les quatre arguments se heurtant "méthodiquement à l’ensemble des faits scientifiques", ils permettent justement de saisir le profil des anti-masques. Sans pouvoir être exhaustif, il perçoit comme fil rouge entre ces individus une défiance "abyssale" envers les institutions - l'Etat, les politiques, l'hôpital, les journalistes - un penchant libertaire et populiste et "une croyance dans les thèses complotistes".

Le tout "accéléré par une utilisation sans véritable recul des réseaux sociaux" et la mobilisation en ligne contre le port du masque "nous montre en creux la fragilité de nos démocraties", estime le rapport de la Fondation Jean-Jaurès. Interrogés sur des exemples précis, 90% des répondants anti-masques pensent notamment que "le ministère de la Santé est de mèche avec l'industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins", contre 43% de la population.

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Mais "ce qui caractérise le mieux les anti-masques présents sur les réseaux sociaux", précise M. Bristielle à l'AFP, c'est leur "adhésion au libertarisme" : 95% pensent que le gouvernement s'immisce beaucoup trop dans notre vie quotidienne. Ce courant de pensée est caractérisé avant tout par un refus très fort de tout contrainte de l'Etat et un attachement tout aussi fort aux libertés individuelles. Seuls 2% des sondés font confiance à Emmanuel Macron, contre 34% des Français. Même les hôpitaux - à qui plus de 82% des Français font confiance, ne récoltent la confiance que de 53% des personnes interrogées. 

Politiquement, le profil de ces anti-masques est donc aussi "singulier" : au premier tour de l'élection présidentielle de 2017, plus de 40% de personnes qui ne se sont pas prononcées, contre moins de 25% au niveau national. Ce rejet "des partis politiques classiques se traduit également par des attitudes populistes", décrypte encore M. Bristielle. Quant à ceux acceptant de se positionner sur l'opposition droite/gauche, ils sont 36% à se dire de gauche, contre 46% de droite.

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Des profils comparables aux soutiens du Dr Raoult

Parmi ces militants en ligne - les anti-masques français n'ayant été qu'une poignée dans les rues de Paris fin août - le niveau d'éducation est "assez haut", avec en moyenne des personnes ayant obtenu un diplôme de niveau Bac+2, selon l'étude. Ainsi "les cadres et professions intellectuelles supérieures représentent 36%" de cette communauté, "alors que leur poids n'est que de 18% dans l'ensemble de la population française". Quant aux ouvriers et employés, ils "ne représentent que 23% des anti-masques interrogés, soit la moitié de leur poids réel dans la population française". Par ailleurs les femmes sont surreprésentées - à près de 63% - et l'âge moyen est relativement élevé, aux alentours de cinquante ans.

Des chiffres et des profils comparables, note l'étude, à ceux que l'on trouve chez les soutiens du professeur Didier Raoult. Ce n'est donc pas un hasard si 87 % des anti-masques déclarent avoir une bonne opinion du médecin, et 98 % soutiennent que chacun "devrait être libre de choisir s’il veut se faire traiter à l’hydroxychloroquine - le traitement recommandé par le professeur Raoult mais rejeté par la quasi-totalité du reste de la communauté scientifique - en cas de contamination à la Covid-19", rappelle le sociologue. Une position qui montre "encore une fois le haut degré de libertarisme des anti-masques – nul ne devrait leur imposer ni leur refuser un traitement", et qui renforce la conclusion d'une forte défiance envers les institutions. Avec, à terme, un risque pour l'ensemble de la population, puisque "94 % des anti-masques disent qu’ils refuseront de se faire vacciner contre la Covid-19 le jour où un vaccin sera disponible", observe le chercheur.

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