Crash dans le Gard : les Tracker, des avions obsolètes ?

Crash d'un bombardier d'eau dans le Gard : questions sur les Tracker
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A LA LOUPE - Un bombardier d'eau qui intervenait sur un incendie dans le Gard, s'est écrasé ce vendredi 2 août. Le pilote n'a pas survécu. L'avion, un Tracker S-2F, est un avion militaire converti en bombardier d'eau. En 2006, un rapport du Sénat soulignait déjà la nécessité de renouveler la flotte de ces appareils mais l'échéance a été plusieurs fois repoussée. Ceux-ci seront finalement intégralement remplacés d'ici 2023.

Des incendies ont touché le Gard, brûlant 800 hectares depuis mardi à Générac. Intervenu sur place, un bombardier d'eau s'est écrasé ce vendredi 2 août. Vers 17h20, "un pilote de 'Tracker' de la Sécurité civile a perdu tragiquement la vie alors qu'il combattait courageusement l'incendie en cours", a indiqué la préfecture de police dans un communiqué. On ignore encore les causes de l'accident. Trois enquêtes ont été ouvertes pour le déterminer, une enquête judiciaire et deux enquêtes techniques. 

Selon les premières informations, le pilote aurait été "victime d'une perte de repères". "Le pilote, qui était en phase descendante, est entré dans une colonne de fumée très épaisse et a percuté la cime des arbres", a expliqué une source proche de l'enquête à l'AFP. "C'est un problème d'estimation du pilote qui est entré dans un nuage très sombre et a perdu ses repères".

Le bombardier d'eau, qui appartenait à la flotte de la Sécurité civile, était le Tracker T22. Que sait-on de son engin ? LCI vous livre des éléments de réponse.

Le Tracker T22, un des 25 appareils de la Sécurité civile

Le parc de la Sécurité civile est composé de 25 appareils, dont 22 bombardiers d'eau. Selon un rapport de l'Assemblée Nationale d'octobre 2017, on compte aujourd'hui 12 Canadair CL 415, des bombardiers d'eau amphibies, capables d'emporter 6 tonnes d'eau, 2 Dash, "employés pour arrêter la propagation des feux en établissant des lignes d’arrêt en retardant et pour réaliser des missions de guet aérien armé" et 8 Trackers S-2F.

Ces derniers sont des bombardiers d'eau terrestre, c'est-à-dire qu'il ne peuvent pas charger d'eau en mer ou dans un lac. On les utilise d'ailleurs principalement pour jeter du retardant, un produit actif qui agit sur les végétaux et permet de limiter la propagation de l'incendie. Le mois dernier, un rapport de l'Assemblée soulignait ses performances "tout à fait satisfaisantes" : "capacité d’emport de 3,5 tonnes de retardants – ce qui est plutôt faible –, possibilité d’effectuer de 40 à 60 posées par jour, tant sur terre que sur l’eau, vitesse de 90 à 130 nœuds en piqué. Ces avions peuvent évoluer à 15 à 30 mètres du sol, au milieu de feux, de fumées et lignes électriques, ce qui constitue une performance remarquable de leurs pilotes."

Ces petits appareils, achetés dans les années 80, sont opérés par un seul pilote. Leur originalité est leur embarquement par le toit. Fait étonnant, le Tracker n'a pas été conçu pour être un bombardier d'eau. A l'origine, il s'agit d'un avion de patrouille maritime. Cela n'est pas si exceptionnel, le Dash est lui aussi un avion converti.

Selon le magazine, le fana de l'aviation, le T22 est sorti de l’usine Grumman en juin 1958. Il a été "utilisé par différentes flottilles de lutte anti-sous-marine jusqu’en 1967", date à laquelle il est "transformé en avion de transport US-2A et affecté à la base de Pensacola jusqu’en 1974. Il est retiré alors du service et convoyé jusqu’au désert de l’Arizona. C’est là que Conair l’achète en 1985." "Transformé en Firecat (un bombardier d'eau, ndlr), il arrive à Marignane en juin 1987", sous le nom de T14. Il prendra en 1993 le nom de T22, après avoir été converti en "Turbo Firecat".

Une flotte vieillissante, entièrement remplacée d'ici 2023

Le Tracker vit aujourd'hui ses derniers jours. La flotte est vouée à être remplacée par des Dash d'ici 2023 car les appareils sont vieillissants. Ils ont en moyenne plus de 60 ans ! Ce remplacement est évoqué depuis de nombreuses années mais a été à plusieurs reprises repoussé.

En 2006, après plusieurs accidents, un rapport du Sénat souligne déjà la vétusté de la flotte et s'interroge sur l'état de maintenance de la flotte. "Avion de conception ancienne, initialement destiné aux armées, les Trackers auraient dû être retirés du service en 2008", indique le rapport. "Un programme de révision technique de grande ampleur a cependant été lancé afin de les maintenir en activité jusqu'en 2020."

En 2012, un rapport sur l’avenir de la flotte aérienne de la sécurité civile insiste :  "c'est pour [les Trackers] que se pose prioritairement la question du renouvellement (...). Le calendrier de retrait de service des Trackers S2F s'échelonne entre 2016 et 2020 et dépend, en partie, de l'activité opérationnelle des prochaines saisons." Le Sénat évoque de son côté "une urgence dont la DGSCGC était d'ailleurs consciente depuis plusieurs années". "Pour les avions de la sécurité civile, l'heure des choix ne peut en effet plus être différée. Vieillissante (notamment dans sa composante 'Trackers'), cette flotte doit être renouvelée", note un rapport. "En 2020, les 9 Tracker devront être mis hors service, ainsi qu'une grande partie des Canadair."

Un rapport parlementaire de 2017 fixe finalement cette sortie entre 2018 et 2022, au terme du potentiel des 25 000 heures de vol fixé par le constructeur. "En juillet 2017, Le ministre de l’Intérieur a annoncé le remplacement des Tracker par six avions multirôles neufs de type Dash 8", précise-t-il plus loin. Et d'ajouter : "La procédure ayant pris du retard, la notification ne devrait finalement intervenir qu’au début de l’année 2018 et le premier avion n’être livré qu’au premier semestre 2019".

Depuis un Tracker a effectivement été retiré de la flotte. La date avancée pour le renouvellement complet reste en 2023.

Entre "800.000 et 1 millions d'euros" pour l'entretien des Tracker chaque année

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Christophe Castaner : "Chaque Tracker fait l'objet d'une attention toute particulière"

Cette lenteur a suscité de nombreuses critiques, à la suite du crash survenu dans le Gard. Si rien n'indique pour le moment que l'avion ait pu connaitre des avaries techniques, la vétusté du parc est pointée du doigt.

"Tel n'est pas le cas", a répondu ce samedi Christophe Castaner lors d'un point presse. "Chaque Tracker fait l'objet d'une attention toute particulière" et de souligner qu'"entre 800.000 et 1 millions d'euros" sont dépensés chaque année pour leur entretien.

Trois accidents en 2005

"Voir un bombardier d'eau s'écraser, c'est très, très rare. Les avions sont toujours vérifiés, les pilotes sont expérimentés, ce sont des machines, des gens qui ont l'habitude de prendre des risques, qui sont soumis à rude épreuve", a avancé au micro de France Info le colonel Grégory Allione.

On enregistre toutefois des précédents. En 2016, un décompte avait été effectué : "depuis la création de la BASC en 1963 (Base Avions de la Sécurité Civile qui comprend également des hélicoptères, ndlr), 20 accidents se sont produits au cours desquels 32 passagers et un observateur ont trouvé la mort. Sur ces 20 accidents, 13 sont survenus au cours de mission de lutte contre les feux de forêts, 5 en exercice ou entraînement, 1 en liaison, 1 en mission d'investigation."

Les derniers accidents impliquant un Tracker remontent à 2005. Le 19 juillet, le T19 s'écrasait à Taradeau, dans le Var. Le pilote qui était entré dans un nuage de fumée alors qu'il était en phase de largage, a pu être sauvé. Le 20 août, le T17 s'écrasait à Valgorge, en Ardèche. Le commandant de bord en fin de formation et l'instructeur qui l'accompagnait ont été tués. Cette année 2005 avait été particulièrement meurtrière puisque deux pilotes ont également succombé au crash d'un Canadair en Haute-Corse.

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