Crise aux urgences : des annonces ministérielles et des bémols

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HÔPITAL - Ce lundi 2 septembre, Agnès Buzyn a annoncé plusieurs mesures destinées à soulager les services d'urgence, en grève depuis six mois. Des annonces qui suscitent des interrogations pour le collectif Interurgences, et qui ne prennent pas forcément en compte les conditions de travail des personnels.

Aux grands maux, les débuts de remèdes ? Face à la colère des services d'urgences en grève depuis presque six mois, Agnès Buzyn a annoncé, lundi 2 septembre, une première série de mesures, destinées à "améliorer la situation" des services d'urgences "en surchauffe". Des mesures qui s'apparentent, pour la ministre, à traiter le mal, plutôt que de soigner les symptômes, fidèle à sa ligne de conduite depuis le début : les problèmes aux urgences ne sont pas un problème d'effectifs mais d'organisation.

Mais le mal est profond : depuis six mois, les paramédicaux hospitaliers ont entamé une grève illimitée, rejoints par les médecins depuis ce mardi 2 septembre et le nombre de services d'urgences en grève ne cesse d'augmenter. "Les choses avancent. Certaines vont dans le bon sens. Ils sont à l'écoute de nos propositions en tout cas", analyse Orianne Plumet, infirmière de nuit à la Pitié Salpétrière et membre InterUrgences. Ce collectif était consulté ce mardi dans le cadre du rapport qui doit être remis par Thomas Mesnier, député LaREM et Pierre Carli, chef du Samu de Paris, à l'automne prochain. 

Oui, mais ...

Première mesure annoncée, la réduction des passages aux urgences pour les personnes âgées en généralisant ce que la ministre appelle "des filières d'admission directe", avec à la clé, un bonus financier pour les hôpitaux qui mettront en place ces filières. Une proposition jugée limitée par le collectif InterUrgences. "C'est peut être une bonne chose mais ce sont les transferts entre les Ehpad et les hôpitaux qui doivent être repensés, qu'ils puissent se faire de manière sereine : notamment avec le transfert du dossier complet du patient, qui contiendrait les directives anticipées", explique Orianne Plumet. Le développement de la vidéo-assistance entre les Ehpad et le Samu est une autre piste de désengorgement des services : il doit permettre d'éviter les hospitalisations en cas de "pathologies bénignes". 

Autre mesure annoncée, le Samu pourra envoyer une ambulance vers un cabinet de ville ou une maison de santé, où les patients pourront consulter et subir des examens médicaux sans avancer de frais, comme aux urgences. Là, encore, un obstacle, selon InterUrgences : "Les maisons de ville se penchent sur le sujet mais est-ce que les médecins le feront en horaires nocturnes, sachant qu'aux urgences, on constate un afflux de patients, la nuit ?", questionne Orianne Plumet.

 

Si la ministre mise beaucoup sur la médecine de ville, pour désengorger les services d'urgences, c'est l'IPA, ce nouveau métier d'infirmier à pratique avancée qui est l'un des grands chantiers de travail. Ces infirmiers auront des compétences élargies, comme la possibilité de faire des sutures ou de prescrire des actes radiologiques, le tout gratifié par une prime de 80 euros par mois. Encore faudra-t'il que les personnels soient enclins à remplacer les médecins sur ces actes dans les conditions de travail qu'ils dénoncent depuis plusieurs mois.

Toujours pas d'annonce au sujet des revendications des personnels en grève

Reste que pour l'heure, aucune annonce ministérielle ne semble tout à fait répondre aux revendications des personnels en grève. Les revalorisations salariales demandées par les paramédicaux ne semblent toujours pas être à l'ordre du jour, malgré un élargissement des compétences souhaité par la Ministre. Pas plus que les problématiques de recrutement et surtout de fidélisation de ces personnels dans les services d'urgences, estime encore le collectif InterUrgences.

D'autres mesures devraient être annoncées par Agnès Buzyn, la semaine prochaine. La ministre des solidarités et de la santé recevra d'ailleurs tous les acteurs du secteur : syndicats, fédérations hospitalières, médecins libéraux et membres du collectif InterUrgences. Le tout à la veille d'une assemblée générale du collectif. 

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