Le déconfinement selon l'âge abandonné : "On ne protège pas quelqu'un en violant ses libertés"

Le déconfinement selon l'âge abandonné : "On ne protège pas quelqu'un en violant ses libertés"
Population

SENIOR - Après avoir laissé entendre que le confinement serait plus long pour les aînés, Emmanuel Macron a souhaité faire une mise au point. Il "ne souhaite pas de discrimination" des personnes âgées et "en appelle à la responsabilité individuelle", a indiqué ce vendredi soir l'Elysée. Pour le sociologue Michel Fize, le seul critère valable est de "prendre en compte l'état des personnes, quel que soit l'âge".

Le débat enflait depuis l'allocution télévisée du 13 avril d'Emmanuel Macron sur la situation de nos aînés après le confinement, le chef de l'Etat ayant demandé aux personnes âgées et autre profils fragiles, "pour leur protection", "de rester, même après le 11 mai, confinées, tout au moins dans un premier temps." 

Les inquiétudes ne s'étaient guère apaisées après les déclarations du président du conseil scientifique, jeudi 16 avril. Devant la commission des lois du Sénat, le président du Conseil scientifique, qui accompagne l'exécutif dans ses décisions sur la crise sanitaire, avait laissé entendre que "pour les personnes d'un certain âge, de 65 ou 70 ans, (...) on continuera le confinement".

Ce vendredi soir, le chef de l'Etat a donc voulu crever l'abcès, en assurant qu'il ne "souhaitait pas de discrimination" des personnes âgées. Selon un communiqué de l'Elysée, le chef de l'Etat "en appellera à la responsabilité individuelle" de chacun après le 11 mai. Une nouvelle plutôt rassurante pour le sociologue Michel Fize, 69 ans, qui ne voyait pas cette annonce d'un très bon œil. Interrogé par LCI, il ne mâche pas ses mots...

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On ne peut pas objectivement classer les individus et en exclure certains sur le motif qu'ils auraient un certain âge, et donc pas le bon âge.- Michel Fize, sociologue

LCI - Protéger les plus âgés, est-ce une raison valable pour vouloir les garder isoler ?

Michel Fize - Décréter qu'à partir d'un certain âge, on doit continuer à rester confiner, c'est en opposition avec la notion de libertés publiques et individuelles. On ne protège pas quelqu'un en violant ses libertés. On est dans un pays de droit. On peut suggérer, recommander, mais on ne peut pas imposer. Sinon, on risque de créer ce qu'on a connu dans les grandes périodes historiques avec la peste et le choléra, à savoir une sorte de repoussoir. Les personnes vulnérables vont devenir l'incarnation du mal. Donc on ne peut pas objectivement classer les individus et en exclure certains sur le motif qu'ils auraient un certain âge, et donc pas le bon âge.

Moi je suis dans la tranche menacée, si on prend comme critère les "+ de 65 ans", mais je peux vous dire que je ne respecterais pas la règle si elle m'était imposée, et j'utiliserais le principe de désobéissance civile et la violation des droits de l'Homme et du citoyen. Je suis en bonne santé, autant qu'on peut l'être, je n'ai pas de pathologies particulières, donc je ne vais pas me laisser emmerder par un conseil scientifique qui a décrété que je ne rentre pas dans les cases. Bien sûr, je n'ai pas l'intention de me précipiter dans un déconfinement tous azimuts, je n'ai pas de raisons particulières de le faire. Je continuerais donc à appliquer les gestes barrières, parce que cela risque de durer.

Prendre en compte l'état de santé des personnes

Comment, selon vous, doit-on procéder après le 11 mai ?

Il ne vous aura pas échappé que c'est un sujet complexe. Il faut laisser tomber l'idée d'âge, et plutôt prendre en compte l'état de santé des personnes. Pour moi, la distinction à faire, c'est d'abord de savoir si on est malade ou pas, car la fragilité est un concept très subjectif. Si vous êtes atteint du coronavirus, la question du confinement ne se pose pas. Vous êtes de fait exclu de la société pour un temps donné. 

Et si vous êtes une personne dépendante, en Ehpad par exemple, vous êtes, là aussi, de fait, confinée. Toutefois, le chef de l'Etat a assuré que les visites extérieures pourront être à nouveau possible. Il est évident que l'on ne peut pas humainement priver les personnes âgées du contact de leur famille. Il s'agit d'organiser ces visites en respectant les distances. Inventer une nouvelle façon de communiquer.

En revanche, interdire à des personnes de 70 ans de sortir alors qu'elles sont en très bonne santé, ça ne tient pas la route. On doit faire du sur-mesure, on n'a pas le choix. Il ne peut pas y avoir une grande masse confinée et une autre qui ne l'est pas. On voit déjà l'incongruité pour les magasins : les jardineries sont rouvertes, mais pas les fleuristes, pourquoi donc ? Mais par contre, on teste tout le monde, du bébé jusqu'au vieillard. Et s'il faut recommencer, on le fait. Car au final, on l'a vu aussi avec les masques, on prend des décisions en fonction de la pénurie de tel ou tel moyen de protection, sans regarder l'intérêt des individus.

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Continuer à confiner les plus fragiles est donc plus risqué que bénéfique ?

C'est une évidence. Continuons à protéger nos aînés mais ne sortons pas le diktat de l'interdit, au vu de l'âge ou de prétendues fragilités. 65 ou 70 ans, sur quels critères se base-t-on ? Il n'y en a pas... C'est purement arbitraire. Cela ne se fonde sur rien. Ainsi, si la barrière est à 70 ans, cela voudrait dire qu'à 69 ans on est protégé, y a-t-il pourtant une grande différence entre ces deux âges ?

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