"Ce sera plus de la garderie qu'un réel enseignement" : l'inquiétude des enseignants et des maires à l'approche de la rentrée

"Ce sera plus de la garderie qu'un réel enseignement" : l'inquiétude des enseignants et des maires à l'approche de la rentrée
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EDUCATION - La rentrée est prévue sur la base du volontariat à partir du 11 mai. Malgré un protocole sanitaire, les enseignants redoutent les conditions dans lesquelles seront accueillis les enfants. De nombreux maires ont, eux, fait savoir qu'ils ne rouvriraient pas les écoles ce jour-là.

Rouvriront, rouvriront pas ? A une semaine jour pour jour du déconfinement, l'incertitude gagne du terrain concernant les écoles situées dans un département classé "rouge". Plusieurs dizaines de maires ont signé dimanche une lettre adressée à Emmanuel Macron, demandant un report de la rentrée. En cause : "Un calendrier intenable et irréaliste" et, plus largement, une flopée de difficultés pour mettre en musique les consignes du gouvernement.

Ces dernières semblaient pourtant claires il y a quelques jours. Quand il prend la parole à l'Assemblée le 28 avril pour présenter son plan de déconfinement, Edouard Philippe dévoile en effet une rentrée étalée sur trois semaines, et des conditions très strictes sur le plan sanitaire. "Je veux laisser le maximum de souplesse au terrain", martèle aussi le Premier ministre, laissant le choix aux parents de ramener leurs bambins à l'école et aux maires la liberté d'ouvrir ou non les établissements. Un protocole sanitaire est dévoilé dans la foulée, fourmillant de consignes à l'attention des personnels en première ligne le 11 mai.

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Seulement voilà : le diable se cache dans les détails. Et, au moment de passer de la théorie à la pratique, les directeurs d'établissement, les enseignants mais aussi les maires, ces mesures semblent pour beaucoup d'entre eux difficilement applicables dans les faits. C'est en tout cas le sentiment de Marie, enseignante à Paris : "Ce sera plus de la garderie qu'un réel enseignement en classe. Ne serait-ce qu'à cause des interactions : par exemple pour corriger un cahier, je n'ai pas le droit de faire venir l'élève à mon bureau." 

Censée retrouver dès la semaine prochaine une partie de ses élèves de CM2, cette enseignante appréhende son quotidien à l'heure du coronavirus : "J'ai peur de devoir faire la police toute la journée, surveiller le moindre symptôme des enfants, leurs faits et gestes… Notre mission d'enseignement n'aura plus trop sa place en raison d'une surveillance accrue d'enfants qui doivent être séparés." 

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Comme Marie, ils sont nombreux à avoir fait remonter à leur hiérarchie leurs craintes et leurs doutes. A tel point que la mairie de Paris a précisé vendredi les contours d'une rentrée qui, dans un premier temps, sera réservé à un "public prioritaire". A savoir les enfants issus de familles monoparentales, ceux dont les parents ont des professions en première ligne (personnels de santé, transports publics) ainsi que les élèves décrocheurs. Dimanche, 329 maires d'Ile-de-France, dont la maire de Paris Anne Hidalgo, ont décidé d'aller plus loin : ils ont écrit une lettre ouverte à Emmanuel Macron pour lui demander de repousser la réouverture des écoles à une date ultérieure au 11 mai, dénonçant un déconfinement "à marche forcée". Trois syndicats (SNUipp-FSU, SE-Unsa et Sgen-Cfdt) leur ont embrayé le pas, réclamant ce lundi une semaine de pré-rentrée du 11 au 15 pour garantir le respect de chaque élément du protocole sanitaire à l'arrivée des enfants.

Le message est visiblement passé. Ce lundi, le Directeur de l'académie de Paris Marc Teulier a lâché du lest, accordant trois jours de plus aux enseignants pour se préparer. "Conscients des spécificités des écoles parisiennes (...), nous proposons une longue pré-rentrée, se déroulant sur trois journées. De ce fait les élèves, quant à eux, ne rentreront que le jeudi 14 mai", détaille le Directeur de l'Académie dans un courrier aux chefs d'établissements. En tenant compte "de la configuration des locaux", Marc Teulier encourage par ailleurs les établissements à accueillir un nombre d'élèves "en-dessous du seuil" de 15 élèves par classe, fixé par le ministère de l'Education nationale. 

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