Partis se confiner en province, les Franciliens envisagent leur retour, entre le stress et la hâte

Partis se confiner en province, les Franciliens envisagent leur retour, entre le stress et la hâte

DECONFINEMENT - A l'approche du 11 mai, les Parisiens ou Franciliens partis se confiner en province préparent leur retour sur la capitale, avec plus ou moins d'enthousiasme.

Morgane, son conjoint et les trois enfants de 5, 6 et 7 ans de cette famille recomposée ont fait la route cette nuit. Ils ont quitté la Bretagne et la maison de vacances avec jardin prêtée par les beaux-parents, direction l’Ile-de-France. 42 jours plus tôt, comme des centaines de milliers de Franciliens, ils faisaient le chemin en sens inverse pour éviter un confinement exigu. "On est parti dans la matinée du 17 mars à Pordic, vers Saint-Brieuc, il nous fallait de l'espace. Je pense que si on était resté dans l'appartement, on se serait séparé !" explique-t-elle en riant. "C'était super, mais après un mois et demi, les deux garçons de mon compagnon avaient besoin de voir leur maman et elle avait besoin de les voir, ce que je comprends parfaitement".

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Quand déconfinement rime avec garde d'enfants

Avec son conjoint et sa fille, ils passeront donc les derniers jours du confinement dans leur appartement à Viroflay, dans les Yvelines. "Mais pour ce qui est de l'après 11 mai, c'est le flou complet", confie Morgane. "Théoriquement, l'école de ma fille rouvrirait avec des classes de cinq élèves, donc elle pourrait y aller... deux fois par mois. Pour si peu de cours, je ne prendrais pas de risques, je préfère qu'elle reste avec moi". Mais jusqu'à quand ? Assistante de direction dans l’hôtellerie, elle est actuellement au chômage technique et ne sait pas quand elle reprendra le travail. Son conjoint, directeur technique dans le bâtiment, recommencera quant à lui dès cette semaine à se rendre sur les chantiers gérés par son entreprise.

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C'est justement pour s'éviter le dilemme de la garde des enfants qu'Olivia et son mari s'interrogent encore sur leur retour à Paris. Le couple de journalistes, pour qui le télétravail n'est pas un problème, ne rentrera pas tant qu'au moins "deux des enfants sur trois" pourront reprendre l'école. Sinon, ce serait le début d'un confinement parisien en plein déconfinement, retour à la case départ. "On en a deux en primaire et le petit dernier à la crèche. Celui en CP serait censé rentrer le 11 mai, celui en CM1 reprendrait potentiellement le 25, sauf que la directrice ne sait rien pour l'instant", explique rapidement Olivia, depuis la maison secondaire de sa belle-mère, à côté de Morlaix, dans le Finistère. "J’ai hâte de retrouver ma vie d’avant, mais je ne veux pas rentrer à Paris sans être certaine que les enfants pourront retourner dans leurs établissements, au moins à mi-temps", ajoute-t-elle. Contrairement à Morgane, inquiète que sa fille puisse contracter le virus et contaminer d'autres membres de la famille, Olivia est plutôt sereine : son mari et elle ont déjà eu le covid-19. "Même si on n'a pas de certitudes, je pense que nous sommes immunisés tous les cinq, donc j'ai plutôt hâte qu'ils retournent en classe !"

Autre élément à prendre en compte dans ce possible prolongement volontaire du confinement : "Être au milieu de la nature, entendre les oiseaux, voir les enfants dehors". Un gros changement par rapport à leur appartement du dixième arrondissement. "Cela fait même se poser des questions sur notre cadre de vie à Paris avec des enfants en bas âge. Mon autonomie me manque, mais pas la propreté des rues parisiennes".

Reprendre le travail, retrouver ses amis... progressivement

Si pour les familles, la réouverture des écoles souffle le chaud et le froid du déconfinement, les plus jeunes sont plutôt pressés de reprendre leurs habitudes. Constant, commercial pour une start-up spécialisée dans la cyber-sécurité, avait suivi son colocataire chez les parents de ce dernier à l'annonce d'Emmanuel Macron, le 17 mars. "Je ne me voyais pas rester seul dans notre appart à côté de Gare du Nord, on est parti à une heure de Paris, à Orgerus, au fond des Yvelines", explique ce jeune actif. "On est huit dans une grande maison, avec un jardin, on a de l'espace. Même si je ne suis qu'un invité, je suis conscient que je fais partie des privilégiés de ce confinement". Si la vie est douce à la campagne, Constant envisage tout de même un retour pour le 11 mai. "J'attends encore les annonces d'Edouard Philippe pour savoir si je pourrais aller au bureau, mais je vais rentrer dans tous les cas", assure-t-il. La raison principale ? "Je ne suis pas du tout productif en télétravail, j'ai hâte de retrouver les locaux de la boite, être dans un environnement plus pro, revoir les collègues, même à quelques mètres de distance !" argumente-t-il. Et puis, aussi, revoir sa petite amie.

"Je ne compte pas reprendre une vie sociale effrénée, je serais pas capable de dire directement à mes amis de venir prendre l'apéro chez moi le 11 mai", avance Constant. Les Parisiens qui ont quitté la capitale pour le confinement étant "particulièrement pointés du doigt" en cette période, il n'est pas question pour lui d'attirer un peu plus l'attention. Et puis, le retour à Paris, avec une arrivée en Transilien gare Montparnasse, les courses au milieu de la foule après n'avoir pas croisé âme qui vive durant plus d'un mois... une vision qui l'angoisse un peu. "Je veux faire un déconfinement graduel. Donc si je dois voir une personne, ce sera elle", continue-t-il.

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Manon, étudiante à Science-Po, est elle aussi partagée entre stress du retour et excitation de "voir enfin des gens ailleurs que sur un écran". Locataire d'un 15 m² sous les combles dans le 17e arrondissement, elle est partie le week-end précédant le confinement pour rejoindre le domicile parental, dans le petit village de Bescat, à côté de Pau. "J'avais peur de me retrouver bloquée à Paris", explique-t-elle. Mais aujourd'hui, la reprise "d'un semblant de vie sociale", même à un mètre de distance les uns des autres, lui tarde. "Il y a 200 habitants ici, je vais courir tous les jours et je ne vois personne à part ma mère", plaisante-t-elle. Si elles s'entendent heureusement à merveille, Manon devra remonter sous peu pour reprendre son alternance en présentiel, après une longue période de cours et un peu de télétravail. Pour l'instant, aucun billet n'est disponible pour sa ligne sur le site de la SNCF. La jeune femme vérifie régulièrement et envisage un retour "aux alentours du 15" pour éviter la vague de remontées de Franciliens. "Je n'ai pas d'obligations, donc je laisse la place à ceux qui reprennent directement le travail, et puis je n'ai aucune envie de me retrouver au milieu de la foule".

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