Pourquoi Mayotte est le seul département à ne pas être déconfiné le 11 mai

Pourquoi Mayotte est le seul département à ne pas être déconfiné le 11 mai
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CORONAVIRUS - Mayotte est le seul département français à ne pas entrer en phase de déconfinement progressif, à compter du 11 mai. En cause, l’augmentation constante du nombre de cas et le respect seulement partiel des règles du confinement.

A partir du lundi 11 mai, l’ensemble des départements de France vont entrer dans la première phase de déconfinement. Ou presque. Mayotte, où "le virus circule activement", malgré un petit nombre de cas mais en constante augmentation, a vu son déconfinement reporté, a annoncé le Premier ministre au Sénat, lundi 4 mai, puis en conférence de presse, jeudi 7 mai. Le département fait l’objet "d’une vigilance particulière".

Un point doit être fait le 14 mai pour envisager un éventuel assouplissement du confinement, mais "le déconfinement est pratiquement de fait" dans l'île, a reconnu l’ancienne ministre Dominique Voynet, désormais directrice de l’agence régionale de santé (ARS) de Mayotte, lors d'un point-presse avec des médias nationaux.

Un nombre de cas qui double "tous les deux ou trois jours"

Selon elle, "depuis le discours d'Emmanuel Macron" amorçant le déconfinement et "depuis le début du ramadan", le confinement n'est presque plus respecté dans l'île, où 82% de la population vit sous le seuil de pauvreté. "Il y a du monde dans les mosquées", "des attroupements lors des obsèques", des rassemblements de jeunes le soir autour de combats de boxe traditionnelle, a-t-elle rappelé, tout en se disant "consciente d'une réalité sociale complexe" et "des troubles sociaux qui sont en train de s'amplifier".

Au vendredi 8 mai, Mayotte compte 890 cas déclarés, 11 décès, et 35 personnes hospitalisées (dont 9 en réanimation). "Tous les deux ou trois jours, il y a un doublement du nombre de cas", dû en partie à l'augmentation des tests menés par l'ARS, a expliqué Mme Voynet. "On constate une augmentation des tests positifs", qui avoisinent "les 30% à 45% par jour", c’est-à-dire quasiment un test sur deux positif. Conséquence, le taux de reproduction du virus (le fameux R0), qui mesure le nombre de nouvelles personnes contaminées par chaque personne infectée, est "actuellement autour de 1,6 à Mayotte", contre 0,6 en métropole, un chiffre déjà jugé assez élevé en temps de confinement.

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Le pic de l’épidémie attendu "entre le 20 et le 30 mai"

Mais les tests sont "limités par la disponibilité en termes de réactifs, d'écouvillons et de tubes", a-t-elle reconnu, soulignant la difficulté à faire venir le matériel, à cause de la limitation des vols de fret (trois par semaine), qu'il faut partager avec La Réunion. Selon un modèle statistique développé pour Mayotte, un pic épidémique est estimé "entre le 20 et le 30 mai". Mais cette analyse se basait sur le respect au moins partiel du confinement. "Si le déconfinement est plus rapide et général, on pense qu'on aura plus de cas, avec une vague plus haute et plus brutale", et "un plateau épidémique jusqu'au mois de juillet", explique Mme Voynet.

La montée en puissance du virus s'accompagne d'une "augmentation régulière du nombre d'hospitalisations", mais "plus en médecine qu'en réanimation", note-t-elle, car il y a "peu de cas graves" pour l'instant. Pour garder de la place en médecine, et en service de réanimation, qui "n'est pas plein" mais doit aussi accueillir les malades de la dengue, des évacuations sanitaires ont lieu "tous les jours" vers la Réunion, a-t-elle dit.

Face à cette crise, "des moyens supplémentaires seront annoncés pour Mayotte", a indiqué vendredi la ministre des Outre-mer Annick Girardin, lors d'un Facebook Live de la chaîne sur Outre-mer la 1ère, avec notamment "un hôpital de campagne" et "des forces vives supplémentaires de santé, de l'ordre de 100 personnes".

La quatorzaine obligatoire pour les personnes arrivant à Mayotte

Devant les sénateurs, en début de semaine, le Premier ministre Edouard Philippe a également annoncé que les interdictions d'arrivée dans les territoires d'Outre-mer, mises en place depuis le début de l'épidémie, seraient maintenues "au-delà du 11 mai", mais qu'un point d'étape serait effectué "début juin" sur ces mesures "très contraignantes".

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"La principale adaptation de la stratégie nationale porte sur le maintien des interdictions d’arrivée dans ces territoires (d'Outre-mer) au-delà du 11 mai", a déclaré le chef du gouvernement. "Seules les personnes ayant des motifs familiaux ou professionnels impérieux ou une obligation de santé pourront se rendre Outre-mer" et elles "demeureront soumises à l'obligation de quatorzaine", a-t-il précisé.

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