Dérogations à la limitation de vitesse à 80 km/h : "une réglementation disparate est un risque"

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SÉCURITÉ - Edouard Philippe puis les députés ont donné leur accord aux présidents des conseils départementaux pour déroger aux 80 km/h sur les routes secondaires. Contactée par LCI, l'association Prévention routière déplore que la mesure soit assouplie avant la fin des deux ans d'expérimentation prévus.

Edouard Philippe annonçait jeudi 16 mai sur France Info ne voir "aucun inconvénient" à ce que les présidents des conseils départementaux soient libres d'appliquer ou non la limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires. Après la déclaration du Premier ministre, les députés ont donné, dans la nuit du 16 au 17 mai 2019, leur aval aux présidents des conseils départementaux pour déroger à la mesure.

Si la mesure est susceptible de satisfaire de nombreux élus locaux, vent debout contre la réduction unilatérale de la vitesse en France, elle fait des déçus parmi les acteurs de la sécurité routière. 

Le dispositif avait fait ses preuves en six mois

Contacté par LCI, Christophe Ramond, directeur des études de l'association Prévention routière, estime que cet assouplissement porte un coup à l'avenir du dispositif. "Nous avons fortement soutenu cette mesure, de façon uniforme, sur tout le territoire, et avec une évaluation en deux ans. Il faut lui laisser le temps d’être pleinement évaluée", nous explique-t-il par téléphone. L'arrêt de la limitation à 80 km/h sur certaines zones rendra en effet plus difficile d'évaluer son effet direct sur la sécurité routière dans le pays.

Pourtant, les premières statistiques étaient très encourageantes. "La première phase d'évaluation, qui porte sur le second semestre 2018, montre une corrélation entre la baisse de vitesse et la diminution du nombre de tués sur les routes ayant expérimenté la mesure", assure Christophe Ramond. "Les estimations sont de 116 vies sauvées en six mois sur le réseau concerné. Ce n'est pas encore fiable à 100% mais c'est une très bonne indication et continuer l'évaluation sur deux ans aurait permis d'avoir des résultats plus complets sur l'impact direct de la limitation à 80 km/h sur la sécurité routière".

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Des aménagements de la route pour "compenser"

Par ailleurs, cet assouplissement amènera peut-être des départements voisins à avoir des limitations différentes sur des routes secondaires traversantes. "Une réglementation disparate est un risque potentiel pour les automobilistes", admet M. Ramond. "Cela peut rendre la conduite plus complexe et plus stressante". Pour cette raison, Christophe Ramond estime que si la mesure des 80 km/h va vers un assouplissement, "il faudra appliquer d'autres solutions concrètes pour compenser et sécuriser les routes secondaires, qui recensent 2/3 des tués".

Nous serons à la disposition des conseils départementaux pour les aider à limiter le risque d’accidents graves et mortels- Christophe Ramond, association Prévention Routière

Parmi les aménagements possibles : remplacer les carrefours par des giratoires, repenser les barrières de sécurité (notamment pour les motards), et signaler les obstacles fixes tels que les poteaux ou les arbres, voire les limiter à moins de 4 mètres du bord de la route. Selon l'association Prévention routière, l'installation de contours rugueux sur les bords et au centre de la chaussée pourrait être particulièrement efficace, pour éviter à la fois les sorties de route et les collisions frontales.

"La sécurité doit être un investissement", insiste Christophe Ramond. "Même en terme de coûts, il vaut mieux investir dans des aménagements routiers et que subir le coût inutile des blessés et des décès. S'ils décidaient de repasser à 90 km/h, nous serons à la disposition des conseils départementaux pour les aider à limiter le risque d’accidents graves et mortels."

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