Des gendarmes sortent leurs armes lors de "l'acte 26" des Gilets jaunes à Nantes : que s'est-il passé ?

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À LA LOUPE - En fin de manifestation des Gilets jaunes à Nantes samedi, deux gendarmes ont sorti leur arme sans en faire usage. Dans quel contexte la scène s'est-elle déroulée ? Qui était visé ? Que s'est-il réellement passé ? A La Loupe a retracé le déroulé de cet incident.

Les Gilets jaunes avaient annoncé deux manifestations d'ampleur à Lyon et Nantes pour l'"Acte 26". Dans la cité des Ducs où quelques heurts ont éclaté, 2.200 personnes ont défilé selon les forces de l'ordre. En fin de journée, un incident est survenu sur les quais : au moins deux gendarmes ont dégainé leur arme à feu. La scène a été immortalisée par la photographe Estelle Ruiz. Son cliché, repris sur la page Facebook Bretagne noire, s'est répandu comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, enregistrant ce dimanche midi 11.000 partages et un millier de commentaires. 

Une vidéo de la scène a également été largement diffusée, Il s'agit d'images de nos confrères de Line Press (cf. tweet ci-dessous). Le vidéaste est alors posté derrière un cordon de gendarmes, la vidéo débute par un son strident, s’apparentant à un coup de frein sec, puis on observe un face à face tendu entre des gendarmes d'un côté, de l'autre une voiture noire qui leur fait face ainsi que quelques Gilets jaunes. Au milieu des cris un des gendarmes sort de son étui son arme à feu et la pointe face à lui. 

Sur les réseaux sociaux, l'images suscite de vives réactions, certains évoquent un automobiliste qui aurait tenté de foncer sur les gendarmes, d'autres que des enfants étaient à bord, enfin d'autres affirment même que les armes étaient pointées sur des manifestants. Alors que s'est-il réellement passé ?

La localisation ne fait pas de doute, l'incident s'est déroulé au niveau du 86 quai de la Fosse, au niveau du croisement avec la rue Mathurin Brissonneau. Pour comprendre la chronologie des faits, nous avons contacté la photographe Estelle Ruiz. Elle nous explique que la scène se déroule en réalité en deux séquences. Les images ne montrent que la seconde, la première débute quant à elle au niveau du 84, un peu plus haut sur le boulevard.

"La manifestation suivait son cours quai de la Fosse, un automobiliste a voulu passer mais les gendarmes ont refusé. Il y a eu des gaz lacrymogènes et le conducteur est sorti. Ce sont des street-medics qui l'ont pris en charge, ils lui ont mis du maalox (un antiacide pour calmer les brûlures dues aux gaz lacrymogènes, ndlr)".

Virginie, une street-medic, nous confirme ces dires. "J’étais de l’autre côté, au bord de la rivière avec un collègue street-medic, nous avons vu la voiture s’arrêter, et les gendarmes arriver.  Ce que l'on a compris après c'est que normalement, il n’y avait aucune circulation possible sur le boulevard donc le conducteur avait certainement dû forcer le barrage", nous détaille-t-elle. "Ça a gazé autour de la voiture, mais pas dans la voiture comme certains le disent. Le monsieur était très énervé, le ton est monté assez vite. Il s'est garé sur le bas-côté et plein de monde est arrivé. Le chauffeur a été pris en charge par des street-medic, qui ont essayé de le calmer et qui lui ont mis du maalox ".

Cette première séquence est visible sur la vidéo ci-dessous, publiée sur Facebook. Elle débute lorsque l'arrestation a eu lieu et que le conducteur est à l'extérieur, un manifestant va alors couper le moteur. On entend un témoin indiquer : "ils (les gendarmes, ndlr) ont sorti de sa voiture le mec alors qu’il y avait ses gosses dedans, c’est même pas un manifestant." On entend le conducteur en arrière plan crier des insultes, il est alors sur le trottoir avec des street-medic.

Qui sont ces enfants qu'évoque le manifestant ? "Je suis arrivée par la gauche du véhicule, du côté conducteur donc je ne les ai pas vu sur le moment", avoue Virginie. Ce n'est qu'après qu'elle a appris qu'une femme et deux enfants étaient effectivement à bord jusqu'à ce que le véhicule soit stoppé par les forces de l'ordre.

Une troisième vidéo, publiée par Melo GJ Nantes, permet de mieux comprendre. On y voit la voiture arriver par la gauche (à 2’34), traverser le boulevard en passant sur les rails du tramway puis se mettre à l’arrêt. Les gendarmes tentent de l'arrêter, alors qu'ils essayent de faire sortir le conducteur (à 3’45), une femme portant un foulard jaune sur la tête sort du véhicule par la droite, puis ouvre la portière arrière droite et fait sortir deux enfants, deux jeunes garçons qui se couvrent le nez.

Sur les deux vidéos postées par Scott Trelohan et Melo GJ Nantes, on observe le conducteur, passablement énervé, remonter seul dans son véhicule. Un manifestant a d'ailleurs commenté la première vidéo en indiquant : "il n’y avait pas d’enfant, j’étais collé à la voiture, j’ai même demandé 'où sont les enfants ?' quand le gars a accéléré car il était seul dans la caisse".

"Il est remonté dans sa voiture et est reparti en furie, rapporte Virginie. Il a démarré à une vitesse de malade, nous étions à 50 mètres des forces de l’ordre qui étaient postés juste après le feu rouge", un peu plus loin sur le boulevard. "On s’est dit, il va leur foncer dedans. Je ne sais pas ce qui a arrêté ce monsieur franchement mais il a fini par freiner, sa voiture a chassé par l'arrière tellement il allait vite. Estelle Ruiz, alors postée près des forces de l'ordre, corrobore : "j'ai entendu crier et j'ai vu la voiture noire foncer à vive allure et freiner brusquement avec des coups de patin."

"En face, deux gendarmes ont sorti leurs armes,  poursuit la coordinatrice régionale des street-medic. En toute honnêteté, je pense que j'aurais fait pareil. On a connu malheureusement des scènes où l’on voit des personnes se mettre en colère et foncer avec leur voiture dans des personnes." 

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Retour quai de la Fosse. Plusieurs manifestants ont tenté de se positionner devant le véhicule pour tenter de calmer le conducteur et éviter un drame : "on s'est dit que comme il en voulait aux policiers, il n'allait pas nous écraser, nous", explique Virginie. Sur la vidéo de Scott Trelohan, un manifestant lance : "Il voulait foncer dans les gendarmes, on a essayé de le dissuader mais bon. Le monsieur était énervé."

Impossible apparemment de raisonner le conducteur : "On lui a dit de partir et le monsieur est parti mais en marche arrière à une vitesse folle, on le voit sur une des vidéos", continue la street-medic. "On était tous abasourdis, les gens ont couru derrière pour ne pas se faire écraser."

Une enquête en cours contre le conducteur

La gendarmerie explique à LCI qu'"un véhicule s’est retrouvé entre les forces de l’ordre qui empêchaient l’accès au centre-ville et les manifestants". Les gendarmes ont alors craint que la voiture ne fonce sur les manifestants ou sur eux : ils "ont considéré cette menace potentielle comme un risque majeur pesant à la fois sur les forces de l’ordre et les manifestants." Les forces de l'ordre soulignent que l'arme de service, un 9mm, a été dégainée en position de contact horizontale, c'est-à-dire le doigt le long du canon et non pas sur la détente. "C'est tout à fait réglementaire", précise la gendarmerie. Les armes ont été rangées dans leur étui et les hommes ont reculé de concert avec leurs collègues pour se dégager.

La plaque d'immatriculation a cependant été relevée et une enquête a été ouverte pour refus d’obtempérer de la part du conducteur. Elle a été confiée à la direction départementale de la sécurité publique de Loire-Atlantique (DDSP 44). "Aucune enquête n'a été confiée à l'IGGN puisqu'il n’y a pas eu usage d’arme", ajoute la gendarmerie.

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