Deux milliards d'euros pour les mineurs étrangers isolés : que signifie ce chiffre ?

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À LA LOUPE – Des réseaux et sites d'info proches de l'extrême droite relaient le chiffre de deux milliards d'euros alloués à l'accompagnement des étrangers "mineurs non accompagnés". Une récupération regrettée par les collectivités et les associations.

Deux milliards d'euros. En l'espace de quelques jours, ce chiffre a été largement relayé sur certains sites d'extrême-droite et des réseaux d'information anti-immigration. Il s'agit du montant annuel alloué par les départements pour la prise en charge des "MNA", ces mineurs étrangers non accompagnés qui bénéficient de l'Aide sociale à l'enfance. 

Évoqué par le site ultra-conservateur américain Breitbart, repris par Fdesouche, ce chiffre alimente la défiance à l'égard des personnes étrangères, présentées comme une charge majeure pour la société. Sur les réseaux sociaux, les commentaires postés en réaction à ces publications illustrent ce sentiment, comme ici sur la page Facebook de Fdesouche : 

Ce n'est pas la première fois que le site d'extrême droite pointe les dépenses liées aux mineurs non accompagnés, il les présentait il y a deux ans comme des "Africains, pas expulsables car mineurs, qui ont coûté 1 milliard d’€ à la France en 2017". 

D'où vient ce chiffre de deux milliards d'euros ?

Pour comprendre l'origine des chiffres qui circulent, il faut rappeler que ce sont les départements qui prennent en charge l'Aide sociale à l'enfance (ASE). Ils financent l'accueil des jeunes dans des foyers, auprès de familles d'accueil etc. Un accompagnement confié à des opérateurs du monde associatif. Les mineurs sont pris en charge de la même manière qu'ils soient de nationalité française ou étrangère. Il n'existe pas de dispositif spécifique consacré aux MNA.

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Breitbart et les autres sites s'appuient sur des éléments fournis par l'Assemblée des départements de France (ADF), en première ligne sur cette question. C'est son président Pierre Monzani, qui a évoqué la somme de deux milliards d'euros, en juin dernier. Son calcul est assez simple : il se base sur le décompte de 40 000 MNA, et le multiplie par le montant annuel de 50 000 euros nécessaire à l'accompagnent de chaque jeune. 

"50 000, c'est une moyenne, en fonction de la structure où se trouvent les jeunes", expliquent à LCI les représentants d'ADF, qui confirment la somme mise en avant par leur dirigeant. "La prise en charge varie entre 30 000 et 70 000 euros par an et par personne". Ils soulignent que le coût pour les MNA "est identique à ceux pour n'importe quel autre mineur".

Comment est utilisée cette somme ?

Enjeu social, l'accueil des mineurs étrangers non accompagnés est tout autant un sujet politique, comme l'explique Pierre Henry, le directeur général de l'association France terre d'asile. "Quand l’Assemblée des départements de France sort ces chiffres, elle installe un rapport de force avec l’État. Elle estime que c'est une décision régalienne de laisser entrer ces jeunes sur le territoire et donc réclame à l’État de payer." Il comprend cette position, les départements ayant la charge de nombreuses prestations sociales. Surtout, il rappelle qu'en 2014, seuls 4000 mineurs non accompagnés étaient pris en charge par l'Aide sociale à l'enfance, "début 2019, nous sommes plus proches des 40 000…"

Pierre Henry n'est pas surpris de l'instrumentalisation autour des deux milliards d'euros alloués pour les MNA, mais estime qu'il "ne faut pas tomber dans la démagogie sur le sujet, comme peut le faire l'extrême droite". France terre d'asile accompagne des jeunes pris en charge grâce à l'ASE et son dirigeant tient à expliquer ce que recouvrent les 50 000 euros annuels par individu. "Lorsque vous devez assurer un accueil 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, comme celui réalisé dans les foyers, cela demande beaucoup de personnel. Des gens qui sont aux 35 heures, ce qui oblige à faire appel à plusieurs équipes."

Certaines rumeurs l'agacent particulièrement : "On entend que ces sommes vont dans la poche des associations ou même dans celles des jeunes, mais c'est une fake news totale ! Il faut veiller à la sécurité des locaux, payer l'hébergement, la nourriture, assurer un suivi en matière d'éducation… Si nous voulons faire un travail de qualité, il est très difficile de passer en dessous d'un prix moyen journalier de 90 euros, sauf à mettre une énorme pression sur le personnel." 

Le directeur de France terre d'asile se dit néanmoins ouvert et estime que "la réflexion n'est pas taboue quant à l'organisation de ces aides." Accompagnement plus souple, notamment pour les 16-18 ans, modèles de parrainage avec des familles d'accueil… Des pistes possibles, mais qui signifieront une refonte globale des dispositifs d'aide aux mineurs, qu'ils soient étrangers ou non.  

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