Protection de l'Enfance : "dans dix ans, on n'aura plus de famille d'accueil", prévient Lyes Louffok

Protection de l'Enfance : "dans dix ans, on n'aura plus de famille d'accueil", prévient Lyes Louffok
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SOCIÉTÉ - Alors que ce mercredi soir, France 3 diffuse un documentaire accablant sur la prise en charge des "enfants placés", LCI a demandé à Lyes Louffok, membre du Conseil national de la protection de l'Enfance et auteur d'un livre "Dans l'enfer des foyers" de nous éclairer sur ces problèmes.

 L'enquête a duré un peu moins d'un an et le résultat pourrait faire l'objet d'une prise de conscience salutaire voire vitale pour ces enfants. Ce mercredi soir France 3 diffuse un document qui met en lumière les violences subies par les enfants placés en foyer. Une violence entre eux mais aussi institutionnalisée. 


Le journaliste Sylvain Louvet a passé huit mois, a enquêter sur les foyers, les familles d’accueil, les problèmes de moyens dans des structures de protection sociale destinées aux enfants. Il en dresse un constat accablant et son documentaire, diffusé sur France 3, ce soir, met en lumière des scènes d'une violence extrême de la part d'enfants, d'éducateurs et de l'institution. 


Lyes Louffok, ancien enfant placé, membre du Conseil national de la Protection de l'Enfance et qui, en 2016, livré son témoignage dans un livre intitulé "Dans l'enfer des foyers" (Editions Flammarion) explique à LCI.fr, les carences de ces structures, mais aussi les solutions ou les mesures à prendre à court et moyen terme pour protéger ces enfants et le quasi "mépris" des pouvoirs publics pour ce sujet. 

Des solutions concrètes existent

"C’est important d’avoir un reportage comme celui-ci à une heure de grande écoute car c’est un sujet dont on ne parle pas beaucoup. Politiquement ce n’est pas un sujet abordé et c’est problématique. L'intérêt de ce document, c’est de briser l’omerta qui touche à la maltraitance institutionnelle. C’est une politique publique qui n’est pas connue du grand public, comme le handicap. Il faut alerter les pouvoirs publics", explique-t-il à LCI. 


Car il est possible de faire en sorte d'éviter un certain nombre d'entre elles. Pour Lyes Louffok, "il y a des solutions très concrètes à apporter. Une famille condamnée dans un département, par exemple, peut déménager et redevenir famille d'accueil dans un autre département, par exemple.  Il n’y a quasiment jamais d’interdiction d’exercer. Il faut créer un fichier national pour ces familles maltraitantes car elles peuvent trouver du travail ailleurs. Il faut que ce fichier soit national pour éviter que le problème ne passe de départements en départements". 

Une meilleure formation pour les éducateurs

Sur la formation des éducateurs, également. Dans le film de Sylvain Louvet, un journaliste sans qualification, ni contrôle de son casier judiciaire est embauché comme éducateur. Pour Lyes Louffok, il y a un problème au niveau de la formation des professionnels. "En général, ce ne sont pas des personnes diplômées et cela créé des dérives. Pourquoi ne pas se poser et créer un ordre professionnel pour cadrer la profession comme les médecins ?", s'interroge cet ancien enfant placé en foyer. 


Autre solution proposée, "obliger les départements à un suivi des jeunes majeurs. Leur permettre de faire des études, de faire une formation qualifiante, par exemple". Enfin, Il faudrait une renationalisation de la protection de l’enfance. La compétence décentralisée est perverse car il existe la libre administration des départements", dit-il. 

Dans les 10 prochaines années, on n'aura plus de familles d’accueilLyes Louffok, membre du conseil national de la protection de l'enfance

On estime qu'en France, selon les chiffres de 2015, 300 000 mesures de protection de l’enfance ont été prises. Et "ces enfants sont amenés à vivre des maltraitances et c’est très peu pris en compte. Il faut alerter les pouvoirs publics", explique Lyes Louffok. Reste que si la violence est un sujet à part entière et central dans ce documentaire, il est aussi central dans la vie de ces enfants placés notamment en foyer. "Il y a des enfants agresseurs qui cohabitent avec les enfants victimes et ces enfants violents sont souvent eux-mêmes des victimes. Il n’y a pas de prise en charge. Il faudrait financer une structure de soins pour les enfants placés. Des départements avaient demandé des fonds à l’ARS (Agence régionale de santé) mais cela a été refusé. La pédopsychiatrie est un secteur ravagé. Les départements ne trouvent pas de personnes pour les postes", d'après lui. 


"Il faut créer des petites structures adaptées. Pour palier la maltraitance il faut mettre en place des cellules de contrôle. Et elles n'existent pas dans tous les départements", regrette Lyes Louffok. Selon le travailleur social, les foyers doivent demeurer des mesures d'urgence or ils ne le sont plus. "Beaucoup de famille d’accueil considèrent ces enfants comme leurs propres enfants mais dans les 10 prochaines années, on n'aura plus de familles d’accueil, notamment parce que la population vieillit. On est en pénurie, cela a baissé d’environ 5%". La faute à la professionnalisation de cette fonction : "En France, c'est un métier et on interdit aux familles d'avoir une autre activité à côté. Ailleurs, les familles sont indemnisées mais elles sont des volontaires et ont un travail, à côté de cela", dit-il. 

Agnès Buzyn ne s'exprimera pas sur ce sujet

Invitée à réagir sur le plateau, avec des intervenants et des victimes, Agnès Buzyn a adressé par l'intermédiaire de son cabinet, une fin de non recevoir. "Son cabinet a indiqué que la ministre n’avait pas à être sur un débat comme celui-ci parce que c’est un sujet départemental", dit-il. 

"C'est un signal hyper négatif, du jamais-vu. C’est dans sa feuille de route de s’en occuper et elle refuse de dialoguer avec des victimes", regrette Lyes Louffok.   "Quand bien même c’est une compétence départementale, il s'agit d'un sujet régalien et de sa responsabilité. Le 20 novembre dernier, elle a lancé une stratégie de protection de l'enfance. On attend toujours celle-ci. L’Elysée avait annoncé la création d‘un poste de haut commissaire à la protection de l’enfance, la nomination a du retard. Ce n'est pas normal", s'insurge-t-il. 

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