Du pétrole et du silicone dans les frites de McDonald's ? Retour sur un mythe qui ne ramollit pas

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A LA LOUPE - Parmi les ingrédients des frites de l'enseigne McDonald's, figureraient du silicone et même du pétrole. Cette information s'invite régulièrement sur les réseaux sociaux. D'où vient-elle ? Qu'en est-il en France ? Est-il néfaste de manger les frites de ce géant du fast-food ? LCI fait le point.

L'information est souvent partagée par des citoyens inquiets, comme Christelle Besse. Sur Facebook, celle qui se présente comme une artiste suisse, met en garde contre la consommation de frites de la chaîne de fast-food McDonald's, et pour cause : elles contiendraient du silicone et un composé chimique à base de pétrole. Cette crainte n'est pas nouvelle - le post renvoie d'ailleurs à un article du site Aphadolie, datant de novembre 2017 -, mais réapparaît régulièrement sur les réseaux sociaux.

La semaine dernière, c'est le site Santé-Nutrition qui postait un article titré "Du silicone et du pétrole découverts dans la composition des frites McDonald's".

Ce site a déjà fait l'objet de deux articles par notre service de fact-checking A La Loupe (dont vous retrouverez les liens ci-dessous), il comptabilise pourtant plus d'un million d'abonnés sur Facebook. Le post en date du 13 octobre renvoie vers un article, lui aussi assez ancien, de juin 2015.

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D'où vient cette information ?

Il s'appuie sur un reportage réalisé au début de l'année 2015, par Grant Imahara à la demande de McDonald's. Cet ancien animateur de l'émission Mythbusters s'est rendu dans une usine de l'Idaho pour comprendre le processus de fabrication des frites de cette chaîne de fast-food. Son enquête, qui n'est depuis plus disponible sur la page YouTube de McDonald's, avait à l'époque fait l'objet d'un article dans le Daily Mail, et est cité comme source par Santé Nutrition.

On retrouve également des vidéos de ce reportage dans l'article d'Aphadolie, un média qui se définit lui-même "comme un électron libre de l’information".

Grant Imahara y dévoile les différents composants des frites de la célèbre enseigne américaine. Figure une liste de 14 ingrédients (19 ingrédients sont en réalité inscrits sur son tableau mais cinq y sont inscrits deux fois, car utilisés à deux reprises). Exceptée la pomme de terre, il s'agit principalement des ingrédients d'huiles de friture. On y apprend que les frites sont précuites en usine puis congelés, une deuxième phase de cuisson est opérée dans les différents restaurants, au moment de les servir.

Aux huiles de colza et de soja, s'ajoutent plusieurs additifs, dont du diméthylpolysiloxane – "un type de silicone habituellement trouvé dans les pâtes à modeler", avance Santé Nutrition, "ainsi qu’un produit chimique à base de pétrole du nom de butylhydroquinone tertiaire (BHQT)" et "le pyrophosphate de sodium, un  additif (que l’on retrouve dans des détergents domestiques)  qui pourrait entraîner des contrariétés de digestion à haute dose". Décrit ainsi, on peut en effet s'inquiéter.

Le diméthylpolysiloxane

Les trois ingrédients décriés font bel et bien partie du processus de fabrication des frites aux Etats-Unis, il s'agit de trois additifs présents dans les huiles de cuisson. Tous trois sont autorisés dans l'industrie agro-alimentaire aux Etats-Unis, comme dans l'Union euroépenne.

Le diméthylpolysiloxane est un additif connu sous la dénomination E900. "Il s'agit d'un agent anti-mousse qui permet d'empêcher les éclaboussures et qui est utilisé dans beaucoup d'autres aliments que vous connaissez", explique Grant Imahara. "Il est présent en infime quantité dans l’huile de cuisson", avait expliqué McDonald's France à nos confères de 20 Minutes en 2018, pour éviter "les projections et les risques de brûlures des équipiers".

Selon le site Open Food Fact, cet additif se retrouve tout autant dans des produits cosmétiques que dans des huiles végétales, du blanc de boeuf, voire même dans de la salade d'aubergine industrielle. 

Comme tout additif autorisé par l'Union européenne, il est soumis à une réglementation stricte. Les autorités établissent une dose journalière admissible (DJA) qui "correspond à la dose maximale d’une substance à laquelle on peut être exposé de façon répétée tout au long de la vie sans risque pour la santé", indique le ministère de l'Agriculture. A partir d’études toxicologiques chez l’animal (généralement chez le rat de laboratoire), "on détermine une dose de sécurité en deçà de laquelle aucun effet n’est observé et le risque est considéré comme nul pour la santé", précise le ministère.

Cet additif alimentaire est répertorié comme "acceptable" par l'UFC Que Choisir qui a classé plus de 300 additifs alimentaires. "Le diméthylpolysiloxane appartient à la famille des siloxanes ou silicones. C’est un anti-moussant. Il empêche la formation de mousse au sein des huiles de friture, des conserves de fruits et de légumes, des confitures, des confiseries, des chewing-gums ou encore des soupes, explique l'association. Aucun effet néfaste n’est associé à la consommation du E900 et pour atteindre la dose journalière admissible (DJA) définie pour cet additif, un adulte de 60 kg devrait consommer, par exemple, en un jour, 9 litres de jus d'ananas contenant la dose maximale autorisée !"

Son utilisation a même été élargie aux compléments alimentaires, en 2012 au niveau européen.

Le pyrophosphate de sodium

 Le pyrophosphate de sodium, ou E450, empêche les frites "de devenir grises", indique Grant Imahara. Il est lui aussi utilisé dans les huiles de friture "en faible quantité pour éviter que les pommes de terre coupées ne brunissent lorsqu’on les laisse à l’air libre", ajoute McDonald's France.

Cet additif alimentaire est présent en France dans de nombreux produits industriels, comme des biscuits, des cakes, de la pâte à pizza, des tortellinis ou encore de la purée, rapporte Open Food Fact.

Son utilisation est plus décriée. L'association UFC Que Choisir le classe comme "peu recommandable". "En 2019, l'Efsa (l’Autorité européenne de sécurité des aliments, ndlr) a réévalué la sécurité associée à la consommation de phosphates en tant qu'additifs et via l'alimentation générale, explique-t-elle. Une nouvelle DJA, plus stricte que la précédente, est établie pour l'ensemble des apports en phosphates, ceux provenant d'additifs alimentaires pouvant contribuer de 6 à 30% à l'apport total en phosphates." A trop forte dose, les phosphates peuvent en effet conduire à des risques cardio-vasculaires. 

"Ainsi, en l'état actuel des doses d'emploi autorisées, les niveaux d'exposition estimés sont susceptibles d'excéder la DJA pour les enfants et pour les adolescents forts consommateurs d'aliments vecteurs. De plus, la DJA exprimée ne couvre pas les individus souffrant de troubles modérés à sévères de la fonction rénale. Pour rappel, les additifs phosphatés sont autorisés dans plus de 100 applications alimentaires." Pour autant, "les catégories contribuant le plus à l'exposition des consommateurs via les additifs sont avant tout les produits de boulangerie et de pâtisserie, mais aussi les fromages industriels ou encore les produits à base de viande."

Le butylhydroquinone tertiaire

Dernier additif controversé entrant dans la fabrication des frites de McDonald's : le butylhydroquinone tertiaire (BHQT) ou "E319".  "Le BHQT est un antioxydant qui permet de préserver la fraîcheur de l'huile", indique Grant Imahara. "Cet additif protège particulièrement les matières grasses et les arômes de l'oxydation", confirme UFC-Que Choisir. Si ce dernier est utilisé aux Etats-Unis, il "n’est pas un ingrédient" utilisé par la chaîne de fast-food en France, souligne McDonald's France.

Cet additif se retrouve cependant dans des produits vendus dans l'Hexagone, comme des nouilles chinoises lyophilisées, des biscuits apéritifs ou du beurre de cacahuète, indique Open Food Fact.

L'autorité de sécurité alimentaire européenne (Efsa) a autorisé son utilisation en imposant une dose maximale (200mg/kg de graisse ou d'huile). L'UFC-Que Choisir le classe également comme "peu recommandable".  "Il semble que la dose journalière admissible (DJA) puisse être dépassée pour les enfants aux niveaux maximaux d'usages autorisés pour cet additif. Diverses études de toxicité évoquent des effets néfastes sur des animaux de laboratoire à des doses variables : toxicité par inhalation, par injection ou par ingestion, précurseur de tumeurs ou atteinte de l'intégrité du matériel génétique. Des chercheurs de l'université du Michigan étudient par ailleurs depuis quelques années le lien potentiel entre le développement des allergies alimentaires et l'usage de BHQT, employé de façon généralisée aux USA. Le BHQT favoriserait en effet la réponse allergique."

Une étude américaine, publiée en avril dernier, révèle que l'E319 pourrait nous rendre plus vulnérables au virus de la grippe en affaiblissant notre système immunitaire.

En conclusion, en France, comme aux Etats-Unis, McDonald's n'utilise pas à proprement parler du silicone et du pétrole pour fabriquer ses frites, mais utilise des additifs alimentaires, autorisés par les autorités sanitaires et que l'on retrouve dans de nombreux produits industriels en vente dans l'Hexagone. Des doses maximales à ne pas dépasser sont imposées.

Manger des frites de l'enseigne n'est donc pas nocif pour la santé, dans des quantités modérées toutefois. Plus que les additifs alimentaires, le danger d'une consommation massive proviendrait en premier lieu des graisses saturées et du sel.

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