"Du saumon et du rosé, tout va bien" : les Parisiens n'ont pas loupé le retour des terrasses

Le restaurant La Garçonnière retrouve ses habitués mardi 2 juin 2020
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REPORTAGE – Après quasiment trois mois à l’arrêt, restaurateurs et cafetiers ont été autorisés à rouvrir ce mardi 2 juin. A Paris, toujours en zone orange, seules les terrasses ont le droit de se déplier. Les habitués, eux, étaient au rendez-vous.

Il est à peine midi au restaurant La Garçonnière, dans le 16e arrondissement de Paris, et serveurs et serveuses affublés de masques jetables ou de bandanas reprennent du service sous un soleil cuisant. Deux tables barrent l’entrée principale, signifiant aux clients l’interdiction de pénétrer à l’intérieur de l’établissement. Qu’à cela ne tienne, il fait beau dehors et une trentaine de personnes ne boudent pas leur plaisir de déjeuner à l’air libre. "Je mange du saumon, je bois du rosé, tout va bien", indique sobrement une femme d’une quarantaine d’années attablée seule, à l’ombre. 

"On est contents d’être là", s’exclament Quentin et Mélanie, un couple d’habitués vivant à deux pas. "On venait avant, c’était important de venir aujourd’hui", explique Mélanie en pleine dégustation d’un burger-frites. "On profite d’être sans les enfants pour pouvoir déjeuner dehors, avec le beau temps." Armelle, elle, est venue avec ses deux fils, Antoine et Guillaume, dans cet endroit qu’ils affectionnaient particulièrement "dans la vie normale". "Il fait beau, on en profite après deux mois enfermés chez nous", confie cette mère au foyer, qui entrevoit dans la réouverture des terrasses un signe annonciateur de jours meilleurs : "On voit un peu le bout du tunnel". 

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Bière et burger en rang d'oignons

La terrasse du Comptoir est elle aussi prise d’assaut à l’heure du déjeuner. Des clients profitent en rang d’oignons - la distanciation physique a l’air loin dans les esprits - d’un verre ou d’un plat tant attendu. Pour beaucoup, ce sera un burger-frites, malgré la chaleur. En bout de rangée, Arnaud et Rodolphe finissent une pinte de bière, "en pré-pause déj". Ce qui s’apparente à un verre entre amis n’est autre qu’un rendez-vous d’affaires. "On prend une bière pour discuter un peu boulot", explique Rodolphe qui vient tout juste de terminer une réunion sur Zoom. 

S’ils font partie des premiers à se désaltérer d'un verre en terrasse, le geste "n’était même pas prémédité", assure Arnaud, masque en tissu à la main. "C’est quand même limité de se parler par téléphone ou en visio. On devait échanger de vive voix." Ayant d’abord pensé à une rencontre sur un banc public, les deux hommes ont abandonné l'idée en raison du marché à proximité, trop bruyant. Et se sont rabattus sur une bière fraîche à l’extérieur.

Non loin de là, Le Mascareignes rouvre lui aussi. Le confinement a été un coup dur pour Rolland, propriétaire et gérant, et c’est un euphémisme : le 12 mars, il ouvrait son commerce. Le 14, le gouvernement enjoignait les restaurateurs de fermer pour une durée indéterminée, laissant son affaire sur le carreau. Ce n’est que le 1er mai que le gérant a relancé son activité à peine commencée en vendant ses plats à emporter. 

"Quand est-ce que vous rouvrez à l'intérieur ?"

Pour sa réouverture, l’établissement spécialisé dans la cuisine créole n’a installé que cinq tables sur le trottoir, trois de moins qu’à l’ordinaire. Pourtant, Rolland a reçu l’autorisation d’étendre sa terrasse jusqu’au trottoir d’en face mais la présence d’une école primaire le freine dans sa démarche. Beaucoup ont été moins réticents : en début d’après-midi, 2 500 terrasses éphémères avaient déjà fleuri dans la capitale, selon nos informations. 

En attendant le service du déjeuner, le gérant profite du calme avec Xavier, un client du quartier qui s’est déjà fait servir un rhume arrangé. "Je n’ai rien à faire cet après-midi", se justifie l’homme d’une soixantaine d’années. Puis demande avec légèreté, désignant le bout de tissu dissimulé dans sa poche gauche : "Je n’ai pas envie de mettre un masque, ça ne vous gêne pas ?"

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"On peut se mettre face à face, c’est agréable. - Oui parce que l’autre fois, on était debout !" Xavier, habitué à manger au restaurant deux fois par semaine, a déjà un emploi du temps chargé pour ces prochains jours : "J’ai quelque chose de prévu mercredi et aussi vendredi avec un groupe de dix". Deux choses lui ont grandement manqué pendant le confinement : les marchés, tous fermés dans la capitale, et le plaisir de "s’installer en terrasse et parler avec les gens". "Quand est-ce que vous rouvrez à l’intérieur ? C’est le 22 ou le 23 ?", demande un passant, intrigué. "On ne sait pas, on attend. Fin juin peut-être", répond Rolland, prudent. Pour l’instant, aucune indication n’a été donnée aux restaurateurs sur une réouverture totale. 

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