Gilets jaunes, black bloc, écolos... : Paris sous tension ce samedi, 7500 forces de l'ordre mobilisées

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La colère des Gilets jaunes

RENTRÉE SOCIALE - Manifestants pour l'environnement, Gilets jaunes, syndicalistes, mais aussi militants du Black bloc ont prévu de manifester dans la capitale samedi. Alors que sont organisées les Journées du patrimoine, les inquiétudes d'un samedi sous haute tension sont nombreuses. 7500 forces de l'ordre seront déployées soit un dispositif équivalent au 1er mai dernier.

Une dizaine d’appels à manifester, une convergence inédite, et la crainte du black bloc. En ce samedi 21 septembre, le pavé parisien sera riche de contestations et de possibles tensions.  Car au-delà des différents groupes qui comptent se mobiliser, les portes de nombreux lieux de pouvoir seront grandes ouvertes à l'occasion des Journées du patrimoine. 7500 forces de l'ordre seront déployées dans la capitale, a prévenu la Préfecture de police, soit un dispositif équivalent au 1er mai dernier. Face à "des gens qui manifestement veulent prendre des revanches sur je ne  sais quelle journée", qui "annoncent: 'nous ne lâcherons rien', je réponds 'nous serons là'", a prévenu le préfet de police de Paris, Didier Lallement.

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Les températures estivales furent anormalement élevées. Et la saison ponctuée d’épisodes climatiques "extrêmes". Alors, pour rappeler qu’il y a "urgence climatique", plus d’une cinquantaine d’associations écolos veulent montrer qu’elles sont, encore une fois "plus chaudes que le climat". Une grève des jeunes ouvrira le bal dès vendredi et le lendemain, une grande marche est prévue. Si des cortèges défileront partout en France, c’est dans la capitale que les manifestants devraient se réunir en nombre à partir de 13h place Edmond Rostand, devant les jardins du Luxembourg.

Ce jeudi après-midi, l’événement, à l'initiative aussi bien de Green Peace, qu’ANV COP21, qui décroche les portraits d’Emmanuel Macron, en passant par L214 et le WWF France comptait d’ores et déjà près de 3.000 participants et 10.000 intéressés. Le message reste toujours le même : dénoncer une "inaction climatique" de la part des pouvoirs publics et exiger une "justice sociale" pour les personnes les plus démunies qui seront les "premières victimes" du dérèglement climatique. 

Fait assez inédit, d’autres groupes Verts, essentiellement ceux prônant une désobéissance civile, comme Extinction Rebellion, appellent de leur côté à une convergence matinale avec les Gilets jaunes. Une tribune dans ce sens a été publiée sur le site Reporterre, le "quotidien de l'écologie". Intitulée "Le temps du rassemblement des forces est arrivé" elle demande une "unification" des marches. Les questions de défense de la planète étant, en effet, intimement liées aux injustices sociales depuis que les Gilets jaunes ont démontré, en novembre dernier, qu’ils étaient les premiers à souffrir des taxes pour limiter l’usage du carburant. Et, tandis que ces contestataires des ronds-points avaient souvent fait un appel du pied aux Verts, sans réel succès, cette fois-ci on trouve parmi les signataires une flopée de collectifs de lutte, comme Peuple Révolté, mais aussi les désormais célèbres Youth for climate et Extinction Rebellion.

Le nom de l’événement est donc plus qu’explicite. "Convergence des luttes à Madeleine" est un rendez-vous destiné à "accompagner ceux et celles qui n'ont pas l'habitude des manifestations Gilets jaunes", comme l’écrivent les organisateurs. 

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Ce lieu qui n’a pas été choisi au hasard. Car c’est à moins de trente minutes de là, aux Champs-Elysées, que les Gilets jaunes veulent se mobiliser à 10h pile "ni avant, ni après". Les événements allant dans ce sens se sont effectivement multipliés depuis la fin de l’été. Espérant un "grand soir" rêvé depuis près de dix mois, ces citoyens mobilisés pour une plus grande "justice sociale", la "fin des privilèges des élus" et une démocratie plus horizontale comptent en effet profiter de la rentrée sociale pour se faire entendre après un été démobilisateur. L’appel parisien est fortement relayé aussi bien dans les agoras de Facebook, que dans les rues. Et plusieurs groupes régionaux, comme l'Occitanie, la Normandie ou la Nouvelle-Aquitaine s’organisent depuis quelques semaines afin de pouvoir se mobiliser à Paris. Eric Drouet, qui a indiqué dans une vidéo qu’il sera de "autour des Champs-Elysées" a  même fait de cette date la nouvelle couverture de son groupe Facebook "La France énervée". Au moins 47000 personnes disent vouloir y participer et plus de 17.000 étaient "intéressées"  ce jeudi après-midi.

Enfin, cette fois-ci dans l’après-midi, Force Ouvrière va battre le pavé pour signaler son mécontentement face à la réforme des retraites. Le syndicat accuse ce qu’il appelle une "contre-réforme" de vouloir "réduire les droits des salariés, le niveau des pensions et reculer encore l'âge de départ en retraite". Le cortège partira à 13h30 de Duroc pour se rendre Place Denfert Rochereau.  Les autres syndicats comme la CGT, Solidaires ou l'UNEF, ne seront pas de la partie car ils se rendront dans la rue toute la semaine jusqu’au 27.

Black Bloc et Journées du patrimoine

Des protestations qui "inquiètent" la place Beauvau, selon les mots de Christophe Castaner. Citant notamment l’appel du Black Bloc à se rendre dans la capitale, le ministre de l’Intérieur a confié avoir une "inquiétude que le week-end prochain (…) on puisse avoir des désordres." Mais au-delà de ces manifestants masqués et vêtus de noir, c’est la date elle-même qui préoccupe les autorités, les samedis 21 et dimanche 22 septembre étant les Journées du patrimoine. A cette occasion, monuments et palais sont habituellement ouverts exceptionnellement. De quoi pousser un haut cadre de la police parisienne à confier, dans L'Opinion ses craintes : "Imaginez, un visiteur enfile un gilet et se filme dans le bureau d’un ministre ou du président, l’image serait désastreuse".

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La préfecture de Paris a donc choisi d’instituer un très large périmètre sécurisé, qui s’étale du rond-point des Champs-Elysées à la place de la Concorde en passant par le palais de l’Elysée et Matignon. Pour la première fois, les bois de Boulogne et Vincennes seront eux aussi compris dans cette zone où, à compter de 4h du matin et jusqu'à 19h, toute personne voulant y accéder devra se soumettre à une inspection des bagages, une fouille et des palpations de sécurité. Des monuments resteront pour leur part fermés et d’autres ne seront accessibles que sur inscription.

Ce dispositif ne décourage pas les figures des Gilets jaunes. Maxime Nicolle estime que le gouvernement ne pourra pas "empêcher des personnes de chanter un ‘on est là’ dans un de ces bâtiments", quand Jérôme Rodrigues, qui s’était reposé ce mois de septembre, a prévenu qu’il comptait lui aussi revenir, avec "au programme, une visite du Palais de l’Élysée".

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