Plainte de salariés contre Orange pour des ampoules radioactives : de quoi parle-t-on ?

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À LA LOUPE - Au cours du mois de juillet, une plainte a été déposée contre Orange par des salariés pour "mise en danger de la vie d’autrui". Ils accusent l’entreprise de ne pas avoir pris les mesures nécessaires après leur exposition à des ampoules "parafoudres", installées sur les lignes à haute tension. De quoi s'agit-il ?

L'affaire s'est judiciarisée mi-juillet. Des salariés d'Orange ont déposé une plainte contre leur entreprise auprès du procureur de la République de Clermont-Ferrand pour "mise en danger de la vie d'autrui", au terme de plusieurs années d'observations menées en Auvergne. Au départ : une dizaine de cancers constatés, en 2007, chez des agents de France Telecom et de La Poste dans le Cantal, qui auraient en commun d'avoir manipulé des ampoules "parafoudres". 

Qu'entend-on par "ampoules radioactives" ?

Dès les années soixante, des agents de France Télécom ont commencé à installer des petits appareils sur les lignes électriques : ces ampoules surnommées "parafoudres", destinées à éviter les surtensions. Les ampoules de "première" et "deuxième génération" ont été interdites d’utilisation depuis. Les ampoules de première génération, constituées d’électrodes enveloppées d'une surface étanche, contenaient un gaz indolore, le radon, et des éléments radioactifs. Leur modèle en verre contenant du radium 226 a été retiré du marché en 1978. Or, comme l’explique le physicien Yves Sacquin,  "le radium est un métal lourd qui est chimiquement toxique quand il est cassé. Sur le long terme, il provoque un empoisonnement." 


Le radium a donc été remplacé par du tritium, une substance gazeuse également radioactive, mais peu radiotoxique, car émettant des rayons très faibles. Ce sont ces ampoules deuxième génération qui ont été beaucoup utilisées, jusqu’en 1980, avant d’être interdites elles aussi. 


Aujourd’hui, les ampoules troisième génération posées sur les lignes à haute tension contiennent du thorium. Ce métal lourd, explique Christian De La Vaissière, co-créateur du site Laradioactivité.com, "est très peu radioactif, un million de fois moins que le radium". En 2012, quand l’Agence de sûreté nucléaire affirmait sur son site que les ampoules ne comportaient pas de risque sanitaire, elle mentionnait ces nouvelles ampoules commercialisées dans les années 2000.

Y a-t-il encore des ampoules radioactives sur le territoire ?

En revanche, et c’est là que le bât blesse, des déchets radioactifs sont encore présents en grand nombre en France. Difficile d’avoir un chiffre précis, mais on estime le nombre de vieilles ampoules contenant du radium et du tritium entre 1 million (selon France Télécom en 2001) et 5 millions (selon les syndicats). 400 000 exemplaires de ces parafoudres sont actuellement stockés en Auvergne et attendent d’être éliminés définitivement. Problème : certaines ampoules peuvent être radioactives pendant 1 600 ans, comme c'est le cas pour les premières générations contenant du radium. 


C’est justement en Auvergne, dans le Cantal, qu’une dizaine de décès et des cancers ont été constatés dès 2007. Les victimes, anciens salariés de France Télécom et de la Poste, travaillaient dans les mêmes locaux. Il parait pour autant prématuré d’établir un lien direct, "de cause à effet" selon Yves Sacquin, entre ces problèmes de santé et le contact éventuel avec des déchets radioactifs : "On parle de cancers qui se déclenchent quarante ans après", explique le scientifique. "Quelle probabilité pour qu'ils soient causés par ces ampoules ?"

Sont-elles vraiment dangereuses pour la santé ?

Les agents ayant posé les ampoules sur les lignes électriques ont donc été exposés à un risque d’inhalation de radon, le gaz dégagé par le radium, et de tritium, au même titre que les employés qui ont transporté et stocké ces appareils jusque dans leur voiture, comme le rapportait L’Express en 2013.  Une faible quantité radioactive est contenue dans chacune de ces ampoules, d’après Yves Sacquin, mais c’est surtout si elles se cassent qu’il y a danger. Les premiers modèles étant en verre, il était fréquent qu’ils se cassent lors du maniement peu précautionneux des agents et qu’ils laissent s’échapper le corps radioactif.  


Des études ont été commandées par France Télécom en 2003 et 2010. Toutes deux insistent sur les faibles doses reçues par les salariés et écartent d’éventuels risques sanitaires. En 2010, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) dresse un rapport, dans lequel il conclut à l’absence de risque d’apparition de cancers. 


De leur côté, le comité d’hygiène et de sécurité (CHSCT) de l’entreprise a diligenté trois enquêtes en 2010, 2015 et 2017, qui n'ont pas livré les mêmes conclusions. Les études des représentants syndicaux évoquent en effet un "risque grave" et des "conditions de travail dangereuses pour les travailleurs". C’est donc un bras de fer judiciaire qui se joue désormais pour faire reconnaître d'éventuels risques liés à l’exposition à ces ampoules radioactives.  

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