"Entre début 2015 et mi-2019, les entreprises privées ont créé pas moins de 936.000 emplois", le président du Medef dit-il vrai ?

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À LA LOUPE - À l'occasion de la rentrée du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux a déclaré que les entreprises françaises avaient créé "pas moins de 936.000 emplois" entre début 2015 et mi-2019, en référence directe au million d'emploi promis par son prédécesseur Pierre Gattaz. Le pari est-il réussi ?

"Ça doit rappeler quelque chose à Pierre Gattaz." Mercredi 28 août, Geoffroy Roux de Bézieux inaugurait la rentrée du Medef, le syndicat patronal dont il est le président depuis maintenant un an. Le patron des patrons n'en oublie pas pour autant son prédécesseur, Pierre Gattaz, mais surtout ses promesses. En 2014, l'ancien patron du Medef lançait l'opération "1 million d'emplois créés en 5 ans !", un slogan répété maintes et maintes fois et destiné à faire valoir les revendications patronales au gouvernement de l'époque. Conséquences : la mise en place du "pacte de responsabilité" et du crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) sous la présidence de François Hollande. Cinq ans plus tard, l'heure est presque au bilan. 

Le président actuel du syndicat patronal a d'ailleurs ouvert le séminaire du patronat cette semaine en assurant qu'"entre le 1er janvier 2015 et le 30 juin 2019, les entreprises privées françaises ont créé 936.000 emplois." Alors, promesse tenue ?

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945.300 emplois créés dans le secteur privé entre début 2015 et mi-2019

Selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) et la Direction de l'Animation de la recherche, des Études et des Statistiques (DARES), l'emploi salarié privé augmente en effet de manière continue depuis 2015. Au premier trimestre 2015, près de 18,7 millions personnes travaillaient dans le secteur privé. Au second trimestre 2019, ils sont un peu plus de 19,6 millions. Plus précisément, il y a eu 945.300 créations d'emplois nets (en déduisant en parallèle les suppressions d’emploi) dans le secteur privé entre début 2015 et mi-2019. "Avec les derniers chiffres, sur l'emploi salarié et le secteur marchand non-agricole, on est à 983.000 emplois créés", ajoute Bruno Ducoudré, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). 

À noter qu'au deuxième trimestre 2019, le secteur privé a enregistré 62.100 créations nettes d’emploi, soit une hausse de 0,3%, contre 95.600 au trimestre précédent. Le secteur tertiaire, intérim inclus, et le secteur de la construction sont ceux qui connaissent la plus forte progression avec 48.500 (+0,3%) créations de postes pour le premier et 9.800 (+0,7%) pour le second. 

Si un ralentissement des créations d'emploi est à souligner, le million d'emplois créés sera très probablement atteint à la fin de l'année. Sur un an, l'emploi salarié est en hausse de 1,3% (+259.400 emplois), "créer 60.000 emplois en un semestre est tout à fait réalisable", assure l'économiste. De quoi penser que l'objectif affiché à l'époque sur un pin's par Pierre Gattaz sera accompli.

La croissance, premier facteur de création d'emplois au cours de cette période

Le Medef peut-il pour autant s'attribuer tous les mérites de ce chiffre ? Non selon Bruno Ducoudré. "On pense qu'il y a eu un effet du CICE et du pacte de responsabilité sur la création d'emplois mais c'est difficile à véritablement mesurer. On est entre 100.000 et 300.000 emplois selon les études, ce n'est pas forcément à la hauteur de ce qu'on attendait", tempère l'économiste. Le premier facteur ne réside donc pas dans les revendications du syndicat patronal, pour parties reprises, mais dans la croissance française. "Avec un PIB qui a augmenté de près de 2% en 2017, la croissance a eu un impact direct sur la création d'emplois par les entreprises privées. Près de 300.000 créations d'emploi sont directement dues à la conjoncture économique.", explique Bruno Ducoudré. Les chiffres annoncés par le président du Medef sont donc plutôt justes mais le pacte de responsabilité et le CICE ne sont pas les premières causes de cette embellie. 

Pour autant, si près de 950.000 emplois dans le secteur privé ont été créés, cela n'a pas entraîné une baisse équivalente du nombre de chômeurs. Ainsi selon l'Insee, le nombre de chômeurs au sens du Bureau international du Travail (BIT) au deuxième trimestre 2019 s'élevait encore à environ 2,37 millions de personnes contre un peu plus de 3 millions début 2015. Une baisse de près d'un peu plus de 600.000 chômeurs en moins de cinq ans mais qui n'équivaut pas aux 950.000 postes créés. Et pour cause : l'augmentation de la population active liée à la croissance démographique française (+340.000 personnes chaque année) et donc plus de personnes sur le marché du travail. Autre facteur : l'accélération de l'activité économique qui incite les personnes auparavant inactives à entreprendre des démarches actives pour chercher un emploi. 

À cela s'ajoute aussi une autre difficulté, celle des emplois vacants, 200.000 selon la Dares. Un chiffre en hausse constante qui s'explique notamment pour deux raisons selon Bruno Ducoudré : "il y a la difficulté pour les entreprises de trouver des profils de candidats suffisamment formés, notamment dans les nouvelles technologies et l'ingénierie, mais également l'augmentation du nombre de d'emplois jugés peu attractifs, peu rémunérés, avec des horaires décalées ou bien à courte durée."

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