Epuisement des ressources planétaires : comment le "jour du dépassement" est-il calculé ?

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À LA LOUPE – Ce lundi 29 juillet 2019 est considéré comme le "jour du dépassement", date à compter de laquelle l'humanité consomme davantage de ressources que la Terre ne peut en produire. Ainsi, nous vivons le reste de l'année à crédit. Mais comment cette date a-t-elle été déterminée ?

Ce lundi 29 juillet, l’humanité aura épuisé toutes les ressources renouvelables de la planète pour l’année 2019. C'est ce que l'on appelle le "jour du dépassement", une date fatidique que calcule l'ONG de défense de l'environnement Global Footprint Network depuis plus d'une vingtaine d'années. A compter de ce jour, la consommation en ressources de l'ensemble de l'humanité surpasse ce que la Terre est capable de produire et de renouveler. A ce rythme, l'humanité aurait besoin de 1,5 planète pour subvenir à ses besoins. 


Malheureusement, cette date arrive chaque année de plus en plus tôt : le 11 octobre en 1990, le 23 septembre en 2000, le 8 août en 2010 ou encore le 1er août l'année dernière.  

Le concept du jour du dépassement a été imaginé par deux scientifiques, Mathis Wackernagel et William E. Rees. Les résultats de leurs recherches ont été publiés en 1996. Cette année-là, ils annoncent que "si les tous les habitants de la Terre vivaient comme des Américains, nous aurions besoin de trois planètes." En 2019, selon leur calcul, il faudrait cinq planètes pour vivre au même rythme que les Etats-Unis. Aujourd'hui, Mathis Wackernagel est le directeur de Global Footprint Network, l'ONG qui publie le "jour du dépassement". Mais une partie de la communauté scientifique soulève les limites d'un tel calcul. À La Loupe vous explique la controverse. 

Comment est calculé le 'jour du dépassement' ?

Pour déterminer le jour du dépassement, Global Footprint Network compare deux données. La première est l’empreinte écologique, c’est-à-dire une estimation des ressources biologiques renouvelables nécessaires à la consommation par la population et à l’assimilation des émissions de carbone correspondante. 


La seconde information utilisée est la biocapacité du territoire, c’est-à-dire la quantité de productivité biologique disponible pour une surface donnée. Une définition technique qui vise simplement à déterminer quelle sera la capacité pour le milieu à assurer la captation du carbone émis. Global Footprint Network divise le territoire en six catégories différentes : les forêts - à la capacité d’absorption très élevée, les terres cultivées, les terres aménagées, les pâtures, les zones de pêches et enfin les zones dites d'empreinte carbone. Il s'agit là des terres urbanisées. Ces dernières ont une empreinte positive en carbone, car elles sont seulement une source d'émission, sans possibilité d’absorption - a contrario des zones naturelles (forêts, pâtures, pêcheries) ou semi-naturelles (terres aménagées, cultures). 


Ainsi, lorsque l'empreinte écologique dépasse la biocapacité, cela signifie que les humains dépassent la capacité de régénération des écosystèmes et appauvrissent les stocks du capital naturel. Le résultat obtenu de la comparaison entre empreinte écologique et biocapacité est ensuite multiplié par 365, le nombre de jours dans une année, pour établir un jour précis dans le calendrier.  


En fonction de chaque pays, une date de dépassement est alors déterminée par Global Footprint Network. Elle intervient dès le 11 février pour le Qatar, le 14 mars pour les Etats-Unis, le 14 mai pour le France, le 23 septembre pour le Pérou ou encore le 25 décembre pour le Niger. 

Pourquoi cette méthode rencontre des limites ?

Dès 2013, des scientifiques ont alerté sur l'utilisation du concept du jour du dépassement. Tout d'abord, la découpe des types d'occupation des sols en six catégories permet aux pays qui ont le plus de forêts d'avoir une très haute biocapacité, les zones boisées étant de véritable puits de carbone. Ainsi pour l'année 2019, on retrouve en tête de ce classement de la biocapacité le Brésil, la Chine, les Etats-Unis, la Russie, l'Inde ou encore le Canada. Des pays parmi les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre mais qui bénéficient, dans le même temps, des plus grandes forêts du monde. De son côté, la France est en 13e position dans ce classement.   


Autre limite concernant les forêts, le type d'espace boisé n'est pas pris en compte. Or, les jeunes forêts et les espaces consacrés à la sylviculture sont d'excellents capteurs de carbone comparés aux forêts primaires. Une situation que soulignent les scientifiques dans l'article de 2013. "Sur la base de cette interprétation, moins de la moitié de la superficie plantée en eucalyptus aux États-Unis pourrait fournir une empreinte écologique égale à une Terre, une approche qu'aucun écologiste ne recommanderait." 


Contacté par LCI, Linus Blomqvist, scientifique coauteur de l'article de 2013 nous explique que la méthode du jour du dépassement "ne prend pas en compte nos impacts environnementaux globaux, comme le changement d'affectation des sols", ainsi que la perte de la biodiversité. Enfin, Global Footprint Network concentre toute son attention sur le carbone et ne prend pas en compte "les émissions de gaz à effet de serre résultant du changement d'affectation des sols". 


Attention, à aucun moment ces scientifiques ne critiquent l'intérêt des concepts de jour de dépassement et d'empreinte écologique. Mais ils demandent simplement qu'ils soient utilisés avec discernement. D'autres indicateurs devraient ainsi être pris en compte. 

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