Des climatosceptiques ont-ils été consultés pour la conception des nouveaux programmes scolaires ?

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À LA LOUPE – Mais que se passe-t-il au sein du Conseil supérieur des programmes ? L'instance en charge de la réflexion sur les programmes scolaires est de nouveau sous le feu des critiques. La raison : la présence de scientifiques ouvertement climatosceptiques dans la liste des experts consultés. Explication.

Pas suffisamment verts les programmes scolaires pour les élèves de primaires ? C'est en tout cas l'avis de Jean-Michel Blanquer. Le ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse a demandé au Conseil supérieur des programmes (CSP) de se pencher sur les enseignements du premier et second cycles pour de sensibiliser davantage les enfants aux enjeux climatiques. 

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Petit hic : parmi la vingtaine d'experts convoqués par le CSP figurent des personnalités ouvertement climatosceptiques, dont le physicien François Gervais, auteur notamment de 'L'urgence climatique est un leurre'. Une situation qui insurge dans la communauté scientifique, à l'instar de Valérie Masson-Delmotte, coprésidente au sein du GIEC, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, organisme intergouvernemental missionné par l'ONU. La paléoclimatologie, elle-même auditionnée par le CSP, a exprimé sa colère sur Twitter. 

Pourquoi ces personnes qui remettent en doute l'origine anthropique du réchauffement climatique ont-elles été convoquées ? À La Loupe a demandé des précisions au Conseil supérieur des programmes. 

Quelle est l'origine de cette controverse ?

Tout commence le 20 juin dernier. La présidente du CSP, la philosophe Souâd Ayada, reçoit un courrier de Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse. "Je souhaite que [le Conseil supérieur des programmes] identifie et renforce les éléments ayant trait au changement climatique, au développement durable et à la biodiversité dans les programmes d'enseignement de l'école et du collège." Le ministre explique qu'afin de garantir la qualité scientifique des propositions du Conseil, il pourra solliciter les meilleurs experts sur ces questions qui exigent objectivité, rigueur et précision scientifiques." 

Organe totalement indépendant du ministère de l'Education, les dix-huit membres du CSP - universitaires, députés, sénateurs, membres du Conseil économique, social et environnemental - disposent d'une totale liberté pour réaliser leurs missions. Ainsi, pour réfléchir à une introduction des enjeux climatiques et de la biodiversité au sein des programmes scolaires, le CSP a choisi d'auditionner vingt-deux experts et scientifiques compétents dans ces domaines. Pour rappel, la liste de ces personnalités est publiée depuis le mois de septembre sur le site du CSP. "Tout est fait en totale transparence", insiste le Conseil auprès de LCI.

Pourquoi ces scientifiques ont-ils été auditonnés ?

Le Conseil supérieur des programmes explique à LCI que seuls les membres choisissent les personnes auditionnées. "Les personnes ont été sollicitées par e-mail et elles sont libres de ne pas répondre présent." En revanche, nous n'avons pas obtenu d'information sur les critères exacts de sélections des personnes auditionnées. Cela relève d'une décision collégiale prise par les membres", nous précise-t-on seulement. 

Pourquoi les membres du Conseil ont choisi d'entendre des scientifiques qualifiés de climatosceptiques ? Nous avons directement posé la question à l'un des principaux intéressés, le physicien François Gervais, surpris que sa présence puisse susciter une telle polémique. "Je suis professeur des Universités émérite et auteur de plus de deux cents publications au sein de revues internationales à comité de lecture, dont une publication parue dans Earth Science Reviews. Il semble logique que le Conseil ait souhaité m'auditionner." C'était la première fois qu'il était entendu par le CSP. 

Concernant le déroulé de l'audition, François Gervais nous assure que "les discussions furent tout à fait intéressantes et sereines." Il précise que son audition fut plus longue que prévue, "tant nombreuses étaient les questions et les discussions qu'elles ont suscitées." 

Comment se déroule ces fameuses auditions ?

Pour le Conseil, les mots ont un sens. "Il s'agit d'une audition, durant laquelle les scientifiques sont invités à s'exprimer. Ce n'est pas une consultation, c'est-à-dire que les propos et avis des personnes auditionnées n'ont pas vocation à être repris textuellement au sein de la future proposition de programme." 

Les experts et scientifiques sont reçus un par un devant les membres du Conseil et peuvent apporter une présentation avec eux, comme un Powerpoint. C'est d'ailleurs le cas de Valérie Masson-Delmotte, qui a choisi de le mettre en ligne depuis son compte Twitter et demande la même transparence de la part des autres confrères auditionnés, ainsi que du Conseil. Toutefois, un d'entre eux nous explique que le contenu des échanges n'a pas vocation à être rendu public et que seuls les membres présents en connaissent la teneur et il n'existe pas de contenu écrit disponible. 

Les propositions finales du Conseil seront envoyées fin novembre au ministère de l'Education nationale et de la Jeunesse. Un document qui lui sera public, comme c'est systématiquement le cas. "C'est à ce moment-là que l'on pourra recevoir des critiques, nous explique le Conseil. L'audition des experts n'est qu'une phrase préalable. C'est très sain qu'il y ait des débats sur les programmes scolaires, car il s'agit de l'éducation de nos enfants. Mais attendons que les éléments officiels soient rendus publics, le travail de rédaction des propositions qui seront faites au Ministre n'a pas encore commencé." Patience donc. 

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