"Intolérable qu'aucun enseignement n'ait été tiré" : à Toulouse, la similitude entre Beyrouth et AZF ravive la colère

"Intolérable qu'aucun enseignement n'ait été tiré" : à Toulouse, la similitude entre Beyrouth et AZF ravive la colère
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MAUVAIS SOUVENIR - Avant celui de Beyrouth ce mardi, le nitrate d'ammonium a causé plusieurs accidents industriels, dont l'explosion de l'usine AZF à Toulouse en 2001. Dix-neuf ans après, cette catastrophe hors norme meurtrit encore les victimes.

De nombreuses tragédies dans le monde, accidentelles et criminelles, ont eu comme source le nitrate d'ammonium. De l'explosion qui fit 561 morts en 1921 à Oppau, en Allemagne, dans une usine BASF, à celles qui ont éclaté le mardi 4 août dans le port de Beyrouth, au Liban, faisant au moins 100 morts et 4.000 blessés.

Entre-temps, en France, le 21 septembre 2001, il y a eu celles, restées dans les mémoires, de l'usine AZF à Toulouse, qui ont fait 31 morts et près de 2.500 blessés.

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Comme à Beyrouth, ce même sel blanc et inodore, utilisé comme base de nombreux engrais azotés sous forme de granulés, que les agriculteurs achètent en gros sacs, était entreposé en vrac dans un hangar de la banlieue sud toulousaine. Il a fait ensuite souffler sur la quatrième ville de France le même vent de mort et de désolation qu'à Beyrouth. 

Pour rappel, ce jour-là, un stock d'environ 300 à 400 tonnes de nitrate d'ammonium déclassé avait explosé dans le bâtiment 221 de l'usine chimique AZote Fertilisants, creusant un cratère de forme ovale de 70 m de long, 40 m de large, et 5 à 6 m de profondeur. Selon des témoignages concordants, l'explosion avait été précédée de perturbations électriques, lumineuses ou sonores, puis accompagnée de deux détonations, séparées par quelques secondes. A l'époque, la déflagration fut entendue 80 km à la ronde, provoquant un séisme de magnitude 3,4. 

Le même schéma qu'à Beyrouth

"La nuit a été un peu difficile. Et encore ce (mercredi) matin, en revoyant des images du Liban... Pfff ! C'est dur quoi. C'est impensable qu'un tel stock d'explosifs puisse se trouver là, en pleine ville, aux abords des gens. C'est intolérable qu'aucun enseignement n'ait été tiré",  réagit, émue et en colère, au micro de TF1, Pauline Miranda, la présidente de l'association des sinistrés du 21 septembre 2001. 

Outre le bilan officiel évoqué plus haut, de nombreux habitants ont subi les effets indirects du souffle, comme des éclats de verre, puis ont souffert de désordres psychiques (dépressions, angoisses, insomnies) ou de problèmes auditifs, parfois sur une durée de plusieurs années. La Caisse primaire d'assurance maladie et l'Institut de veille sanitaire avaient en effet établi, cinq ans après le drame, que 30% de la population affectée était atteinte d'une hyper-fragilité de l'ouïe... "J'ai toujours mal de l'AZF, j'ai le cou complètement pété, et j'en fais encore des cauchemars", témoigne l'un des sinistrés, dont la rue avait été ravagée.

Plusieurs maisons et bâtiments ont été détruits, dont le grand palais des sports de la ville, qui y a perdu son grand tournoi de tennis, délocalisé à Metz depuis. Symbole de ce traumatisme de la population : la combinaison de lettres AZF n'est plus utilisée, depuis, sur les plaques d’immatriculation des véhicules du département.

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Il aura fallu attendre le 31 octobre 2017, soit plus de seize ans, pour que la procédure judiciaire aboutisse à des condamnations effectives. En l'occurrence, celles de l'ancien directeur de l'usine, Serge Biechlin, à quinze mois de prison avec sursis pour "homicide involontaire", et de la société Grande Paroisse, propriétaire de l'établissement, à une amende de 225.000 euros, la cour d'appel de Paris les ayant jugé coupables de "négligences" et de "fautes caractérisées" ayant rendu la catastrophe possible. La Cour de cassation a ensuite rejeté les pourvois du directeur et de l'entreprise en décembre dernier.

La question des causes de l'explosion n'a, en revanche, pas été tranchée. L'accident industriel demeure donc, à ce jour, une hypothèse très probable.... Comme à Beyrouth, où une quantité dix fois supérieure de nitrate d'ammonium était stockée.

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