Face aux appels au boycott et à une "taxe Amazon", le géant se défend

Face aux appels au boycott et à une "taxe Amazon", le géant se défend

DOS ROND - Ignorant la crise, Amazon cristallise le mécontentement des libraires et commerçants de centre-ville fermés du fait du confinement. Une situation qui pousse l'entreprise à répondre.

C'est une météo en mi-teinte qui règne sur Amazon en France. D'un côté, des affaires qui ne se sont jamais si bien portées : la santé insolente du leader mondial du commerce en ligne, qui date d'avant la pandémie de Covid-19, n'a fait que se confirmer depuis, dopée par l'explosion des ventes de l'e-commerce en général. De l'autre, une grogne qui enfle : pas celle de ses clients, plutôt celles de commerçants pour qui le confinement est une catastrophe économique, et qui vivent mal ces ventes perdues qui en sont autant de gagnées pour les grandes surfaces et le commerce en ligne.

Ces derniers jours, l'actualité ressemble même à un tir de barrage. D'un côté, un appel largement relayé à boycotter l'e-commerçant, pour le tort qu'il causerait au commerce traditionnel, entre autres. Nombre de fédérations de commerçants ont également appelé à l'interdiction des promotions du Black Friday, jusque-là sans écho, même si le gouvernement étudie la possibilité de règles sanitaires assouplies pour les commerces de centre-ville. D'autres réclament une taxe spécifique sur le chiffre d'affaires d'Amazon, pour compenser les pertes des petits commerçants.

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Amazon se pose en soutien des petits commerçants

Assez d'actualité pour que la direction d'Amazon France ne prenne la parole - ce qu'elle fait d'ordinaire assez peu, à l'instar de la grande distribution. Interviewé par France Culture hier, le directeur général d'Amazon France, Fredéric Duval, est venu se défendre pied à pied, en rappelant d'abord qu'il n'est pas responsable de la situation des commerces de centre-ville. "En ce moment, on sert de porte-voix à pas mal de gens qui veulent s'exprimer sur la société et sur la façon dont ils vivent aujourd'hui ce confinement", déclare-t-il. "Mais ce que je peux vous dire, c'est qu'aujourd'hui, libraires et commerces de détail sont essentiels et complémentaires de l'activité d'Amazon." 

Dans le détail, le patron d'Amazon France explique que sur le livre spécifiquement, 70% des ventes du site concernent des ouvrages sortis depuis plus de deux ans, qu'il sert des portions du territoire où il n'y a pas de libraire, et surtout que des centaines de libraires indépendants vendent leurs livres sur Amazon.

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Si les vendeurs indépendants, tous secteurs confondus, représentent 50% environ des ventes d'Amazon en France, ils sont aujourd'hui l'essentiel de sa communication, de la page d'accueil du site, qui affiche des produits français dans un bel encadré bleu-blanc-rouge, jusqu'aux prises de parole du patron. "11.000 TPE et PME françaises sont référencées sur notre place de marché", déroule Fredéric Duval, citant des marques connues, et "jusqu'à la boucherie La Maison Victor à Montélimar". 

De quoi expliquer pourquoi le site n'a aucune intention d'annuler les promotions du Black Friday, qui profitent à lui, mais aussi aux vendeurs tiers, et au consommateur aussi. "C'est un moment où les Français font des centaines de millions d'euros d'économies, ils préparent leurs fêtes de Noël, achètent des jouets pour les enfants. Ce n'est pas forcément le moment où il faut s'arrêter."

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Appel au boycott d’Amazon : qui est derrière la pétition ?

Au gouvernement non plus, on ne veut pas faire d'Amazon une figure expiatoire du confinement. Au micro de nos confrères de Sud Radio ce matin, la secrétaire d'État à l'Industrie Agnès Pannier-Runacher considère que le géant fait un peu figure de "bouc émissaire". "Amazon en France c'est 5% du commerce, donc je pense qu'il faut savoir raison garder", fait-elle valoir. 

Pour l'exécutif, l'idée d'une taxe semble hors-sujet, et pour cause, elle ne pourrait pas viser spécifiquement le géant du commerce en ligne. "Une taxe n'est pas possible si elle n'est pas appliquée de manière égalitaire à toutes les plateformes, donc si vous taxez Amazon vous taxez aussi tous les Français", estime Agnès Pannier-Runacher qui, pour autant, en appelle à plus de réflexes souverains de la part du consommateur. "Si les Français commandent sur Amazon, ce n'est pas le gouvernement qui leur impose, on peut faire le choix d'aller sur d'autres plateformes françaises."

Mais sur le fond, tant Amazon que l'exécutif mettent en avant la période actuelle comme l'occasion pour les commerçants de se mettre au numérique, et d'offrir leurs produits en ligne, sur Amazon, ou pas. "Le commerce ce sont justement les petits commerces, les artisans, les grandes surfaces, et notre enjeu c'est de permettre aux entreprises de se transformer, et de combattre à armes égales", avance Agnès Pannier-Runacher. 

Des commerçant que Fredéric Duval compte bien attirer sur sa plateforme : "À partir du 8 décembre, nous fournirons un kit complet de formation sur le numérique, la vente en ligne, les réseaux sociaux, les finances... ce qui, je l'espère, nous permettra de former au e-commerce des dizaines de milliers d'acteurs supplémentaires." Pour ou contre, difficile aujourd'hui de faire sans le géant. Meilleur signe, en clin d'œil : la page web de la pétition qui appelle aujourd'hui à son boycott est hébergée... chez Amazon. 

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