Faut-il craindre que la 5G soit "extrêmement consommatrice d'énergie" ?

Symbole du progrès technologique, la 5G attise des craintes pour l'environnement. Est-elle énergivore, comme le déplore Julien Bayou ? On fait le point avec notre journaliste Samira El Gadir.
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À LA LOUPE – L'arrivée prochaine de la 5G suscite des débats intenses, autour de son impact environnemental notamment. Une technologie énergivore, comme le déplore le secrétaire nationale d'EELV Julien Bayou ? LCI fait le point sur les connaissances à ce sujet.

Les enchères pour l'attribution des fréquences 5G vont être maintenues à septembre, comme l'a confirmé cette semaine l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep). Au centre d'une série de théories du complot, cette technologie attise des craintes pour la santé, mais aussi pour l'environnement.

Invité de France Inter mercredi 1er juillet, le secrétaire nationale d'EELV Julien Bayou a affiché ses réserves : la 5G explique-t-il, se montre "extrêmement consommatrice d’énergie". Il juge ainsi son déploiement peu prioritaire alors que demeurent "des territoires qui ne sont absolument pas encore desservis par Internet".

Prendre en compte l'évolution des usages

Énergivore, la 5G ? Du côté des opérateurs, cette affirmation fait grincer quelques dents. Le patron d'Orange, Stéphane Richard, se dit "totalement en désaccord avec cela". Il explique en effet que "si vous considérez l'empreinte énergétique de la 5G par rapport au volume des données qui sont transportées sur le réseau, comparé à la 4G, c'est un gain d'efficacité d'un facteur de 10". L'explication est simple : "elle transporte beaucoup plus de contenus avec des installations radio qui sont à peu près comparables à la 4G. Si vous rapportez la consommation d'énergie de la 5G aux gigaoctets transportés, vous avez effectivement un gain d'efficacité".

L'Arcep, sollicitée, admet que les données manquent sur le sujet, et qu'il est aujourd'hui difficile de trancher cette question. D'autant plus qu'à l'heure actuelle, seules quelques expérimentations de cette technologie ont été mises en place en France, n'offrant pas un vaste retour d'expérience qui permettrait de se baser sur une exploitation commerciale effective. Pour essayer d'en savoir plus, il est donc intéressant de se tourner vers des organismes ayant planché sur la question, à l'instar du Shift Projet, qui travaille depuis plusieurs années sur l'impact environnemental du numérique.

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Membre de ce think tank et ingénieur de formation spécialisé dans le secteur des télécoms, Hugues Ferreboeuf  rappelle que les opérateurs mettent en avant un risque de saturation d'ici un ou deux ans sur le réseau 4G. "Dans les grandes agglomérations essentiellement", la consommation de données mobiles progressant chaque année de 50%. Pour transporter un volume identique de données, il le reconnaît, "la 5G demande moins de ressources", tout comme le soutient le patron d'Orange. Néanmoins, "le phénomène que l'on observe depuis une dizaine d'années, c'est que l'augmentation du trafic est plus rapide que les gains d'efficacité"

Il met ainsi le doigt sur le cœur du problème : potentiellement moins énergivore que les technologies précédentes, la 5G va contribuer à décupler le volume de données échangées. Les gains en matière de consommation vont donc être en quelque sorte "gommés" par la multiplications des échanges et le développement encore plus massif d'usages déjà très gourmands en données, comme la vidéo ou les objets connectés. Les caractéristiques techniques de la 5G, développée pour tenter de réduire son empreinte énergétique, ne pourront pas suffire s'ils ne s'accompagnent pas d'une évolution des usages.

Une ébauche de consensus

Pour le représentant du Shift Projet Hugues Ferreboeuf, un consensus se dessine doucement "pour reconnaître que la question de la consommation énergétique de la 5G est un sujet qui mérite d'être débattu". Compiler les éléments et données à disposition, disséquer les observations réalisées par les acteurs du secteur, un travail complexe auquel s'est toutefois attelé le designer et chercheur Gauthier Roussilhe. Intéressé par les impacts environnementaux du numérique, il se montre assez critique sur le déploiement de la 5G et a réalisé un rapport détaillé pour tenter d'informer le grand public et de l'aider à se positionner sur le sujet. Le tout basé sur des données publiques et des déclarations de représentants de l'industrie.

Sources à l'appui, il note que l'on "estime aujourd’hui que l’efficacité énergétique des réseaux 5G sera multipliée par 10 en 10 ans, là où le trafic sera multiplié entre 100 et 1000 fois". Par ailleurs, il rappelle qu'en avril 2019, "100 dirigeants"d’opérateurs télécoms ont été interrogés pour savoir s’ils pensaient que la 5G allait augmenter leur facture énergétique : 94% ont répondu positivement".

Il souligne que dans ce contexte, les opérateurs agissent pour tenter de réduire la consommation de cette technologie, toute baisse leur étant profitable. "L’efficacité énergétique", assure-t-il, "a été un cheval de bataille pour tout le secteur car il s’agit du principal facteur permettant d’assurer la rentabilité des opérateurs. Si les opérateurs payent une facture d’électricité trop élevée ou supérieure à leur projection économique, alors ils ne seront pas rentables. Sans rentabilité, ils ralentiront leur investissement et affaibliront le marché." 

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5G : que va-t-elle changer dans notre quotidien ?

Le designer ajoute à ses observations un point concernant les antennes relais. Il s'interroge en effet sur leur composition et sur les ressources dont elles devront disposer afin de fonctionner efficacement. "Dans les rapports, on va parler de consommation de données à usage identique, mais on ne sait pas à quel point les antennes 5G sont consommatrices de métaux de pointe", regrette-t-il. Saluant toutefois le fait que le Sénat, par l'intermédiaire de la mission d’information sur l’empreinte environnementale du numérique, a demandé une évaluation de l'impact de la 5G, préalable à son déploiement. Reste désormais à savoir si ce vœu formulé fin juin sera suivi par les autorités.

En résumé, on peut donc souligner que pour faire transiter un volume identique de données, la 5G requiert moins d'énergie que la 3G ou la 4G. En revanche, sa mise en place va contribuer selon les experts à une explosion des échanges, et donc entraîner une augmentation des besoins en énergie, malgré une efficacité plus grande de ces dispositifs. Sans ralentissement de la croissance du trafic, la 5G semble donc vouée à entraîner une hausse de la consommation en énergie.

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