Fermeture de Bridgestone à Béthune : "La crise du Covid a bon dos", dénonce Philippe Martinez

Fermeture de Bridgestone à Béthune : "La crise du Covid a bon dos", dénonce Philippe Martinez
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INTERVIEW POLITIQUE - Invité de Elizabeth Martichoux jeudi 17 septembre 2020, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, est longtemps revenu sur la fermeture de l'usine Bridgestone à Béthune.

Le fabricant japonais de pneus a annoncé mercredi vouloir fermer en 2021 sa seule usine française à Béthune, employant 863 personnes, pour sauvegarder sa compétitivité en Europe. Il a justifié sa décision par des problèmes de marché structurels, une surcapacité de production en Europe et la concurrence des marques asiatiques à bas coûts. A cela, la crise sanitaire n’a rien arrangé. 

"Ce n'est pas entendable" pour Philippe Martinez, invité jeudi 17 septembre sur LCI, considérant que cela fait partie de ces nombreuses annonces "où la crise de la Covid a bon dos" : "Ces restructurations étaient dans les tiroirs et on les ressort sous prétexte de crise sanitaire."

De là à suggérer que l'entreprise japonaise a organisé l'obsolescence de sa production afin de justifier la fermeture ? "L'entreprise n'a pas investi suffisamment pour avoir une production adaptée aux besoins d'aujourd'hui, constate le secrétaire général de la CGT. On joue des déséquilibres entre les différents sites de production et on en sacrifie un aujourd'hui. Cela fait des années que ça dure, non ?". 

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Certains politiques comme le président de la Région Hauts-de-France Xavier Bertrand se sont émus de la situation ce mercredi, Xavier Bertrand affirmant être prêt à un "combat" avec la direction ("Une fermeture complète de ce site, c'est un assassinat", a-t-il lancé) : "Si j'avais tenu des propos comme ça, on aurait dit que la CGT exagère, commente le leader de la CGT. Je trouve assez surprenant qu'on découvre aujourd'hui que des entreprises pratiquent de la sorte."

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La "conditionnalité des aides" remise en cause par le leader de la CGT

Cette fermeture de l'usine est-elle pour autant inévitable ? "Non, il y a des solutions alternatives, affirme le secrétaire général de la CGT. Sans avoir le détail de l'implantation de Bridgestone dans le monde, on ferme une usine pour donner plus de boulot dans d'autres usines où les règles sociales ne sont pas toujours les mêmes qu'en France. Des usines sont surchargés de boulot au détriment d'autres que l'on ferme, avec des chômeurs à la clé." 

Aussi, comment oblige-t-on le fabricant de pneus à basculer une partie de sa production dans cette unique usine française au dépens d'autres ? "C'est la responsabilité des politiques, assure-t-il. C'est pour cette raison que l'on parle de 'conditionnalité des aides'"

"En France, on donne de l'argent aux entreprises et quand ça nous tombe dessus, on se fâche tout rouge, remarque-t-il. Il y a possibilité de créer des procédures pour être plus exigeant à l'égard de ces entreprises (...) A la CGT, on veut des actes. Les paroles, c'est bien, mais il faut prendre des mesures plus fermes". Le leader de la CGT considère par ailleurs que Bridgestone doit "rendre l'argent pour ne pas fermer et surtout pour que les salariés continuent à bosser". Selon lui, il est possible de sauver cette usine "comme beaucoup d'autres". 

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Dans un entretien aux Echos, Bruno Le Maire envisage une "charte des contreparties" pour les entreprises recevant des aides, portant sur trois dossiers : "l'environnement, la gouvernance et le partage de la valeur". Aucune précision supplémentaire n'est donnée sur le calendrier d'une telle mesure ni sur sa mise en place effective mais cela ne convainc pas Philippe Martinez : "Ce n'est pas suffisant, rétorque-t-il. Il faut que ce soit notifié, un genre d'accord écrit noir sur blanc, avec des sanctions". 

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