Fermeture des restaurants : pourquoi cela ne passe pas ?

Fermeture des restaurants : pourquoi cela ne passe pas ?
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MESURES SANITAIRES - Lors d'une conférence de presse, Olivier Véran, ministre de la santé a annoncé la fermeture des bars et des restaurants, au plus tard à 22h dans les zones d’alerte renforcée. La mesure s'appliquera dès lundi 28 septembre et à partir de samedi 26, à Marseille. Une décision qui a mis en colère les professionnels du secteur qui demandent le retrait de cette mesure.

C'est un nouveau coup d'arrêt pour la profession. La mesure que tout le secteur, déjà sévèrement éprouvé, redoutait. Le 23 septembre, Olivier Véran a annoncé de nouvelles restrictions sanitaires pour endiguer la propagation du coronavirus, notamment dans les métropoles françaises. 

Parmi ces mesures, la fermeture des bars et des restaurants à 22H, dans les zones dite "d'alerte renforcée", dès lundi 28 septembre, et, plus stricte encore, la fermeture pure et simple de ces établissements dans la métropole d'Aix-Marseille, et en Guadeloupe, dès samedi 26 septembre, classée, eux, en "alerte maximale". 

Ces mesures ont été dénoncées par les responsables politiques de tous bords, et surtout par les professionnels du secteur, déjà dans une situation extrêmement compliquée, ne comprenant pas les raisons qui ont présidé à cette restriction.  

Les restaurateurs soumis à des règles très strictes

Philippe Etchebest, chef étoilé bordelais le disait lui-même, ce dimanche dans l'émission "Sept à Huit", lorsqu'il était interrogé sur ce qui n'était encore qu'une hypothèse : "Je peux pas y croire. S'ils le font, ce serait du suicide. Un carnage", prédisait le cuisinier le plus populaire de France. Moins d'une semaine après cette déclaration, la sentence est tombée pour les restaurants et il enrage. "On n'est pas plus dangereux que d'autres et la différence que nous avons ici dans nos établissements c'est que nous cadrons les choses", dit-il. A cela, s'ajoute une impression de payer pour les autres : "ceux qui n'appliquent pas les règles doivent être sanctionnés mais on ne peut pas mettre tout le monde dans le même panier, on est beaucoup à appliquer les protocoles, ils sont drastiques et ce serait dommage de nous pénaliser pour ceux qui n'ont pas fait leur travail correctement", déplore-t-il. Un argument repris également par Bernard Marty,  président de l'Umih des Bouches-du-Rhône, premier syndicat patronal des cafés,  hôtels, restaurants. "Je ne veux pas de fermeture de nos établissements, je veux que l'État  exerce les contrôles qu'il est censé faire et ferme uniquement ceux qui ne  respectent pas les mesures sanitaires", a t-il déclaré à l'AFP 

Car les restaurants sont en effet soumis à un protocole sanitaire extrêmement strict depuis le déconfinement. Ce protocole, disponible sur le site du Ministère du travail est exigeant tant sur le plan de l'hygiène que sur celui des mesures barrières. Dans les restaurants, l’espacement d'un mètre entre chaque table est obligatoire, le maximum de personnes par table est de 10, le port du masque obligatoire en cas de déplacement à l’intérieur de l’établissement et aucune consommation debout n'est possible, y compris sur les terrasses qui constituent une extension de l’établissement. Les tables ne doivent être servies que par une seule personne en même temps. Pour mettre en place ces mesures sanitaires, "nos établissements ont dépensé des millions d'euros, rappelle Franck Trouet, porte-parole du syndicat patronal GNI, qui représente les indépendants de l'hôtellerie et de la restauration. Et on veut nous faire fermer ?"

Aucune preuve formelle que des clusters se soient créés dans les restaurants

Tandis que les restaurants semblent dire qu'ils payent l'addition pour ceux qui ne respectent pas ces mesures, peu d'études ont clairement établi un lien entre les contaminations Covid et restaurants. L'une provient du CDC, le centre de prévention des maladies américain, elle a été publiée mi-septembre. Les chercheurs avaient noté que parmi les cas positifs que comptait cet échantillon de 300 personnes interrogées, ceux qui avaient fréquenté un restaurant ou un bar dans les deux semaines qui précédaient l'arrivée des symptômes, étaient deux fois plus représentés. 

L'analyse devra être confirmée par d'autres, en particulier car elle ne  distingue pas les espaces intérieurs et extérieurs. Mais elle pèse en faveur du port du masque pour prévenir la contamination  par des gouttelettes, qu'elles soient relativement grosses (postillons,  éternuements...) ou microscopiques, la piste de l'aérosolisation du virus étant de plus en plus documentée. 

En France, les données rendues publiques par les autorités sanitaires ne permettent pas de distinguer si les restaurants sont des lieux de contamination, car ils ne sont pas précisément mentionnés en tant que tel, dans les lieux cités.  "Le virus ne circule pas plus au restaurant que dans les transports !", s'est insurgé Noël Ajoury, président de l'Umih sur la Côte d'Azur, cité par l'AFP.

Les professionnels du secteur demandent de l'aide et menacent

Dire que le secteur est sinistré semble un euphémisme. Depuis des mois, les chefs et les patrons de restaurants réclament des aides plus conséquentes que celles auxquelles ils peuvent prétendre. Alors face à ce nouveau coup de semonce, les deux principales organisations patronales françaises ont demandé, ce jour, de nouvelles aides publiques pour les bars et restaurants suite aux nouvelles restrictions annoncées par le gouvernement pour lutter contre l'épidémie de Covid-19. "Les bars et les restaurants ont besoin du soutien de l'Etat qui doit compenser totalement leur perte d'exploitation", a tweeté le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. "C'est urgent car c'est une question de survie", a-t-il ajouté avant une réunion téléphonique à 11h30 du ministre de l'Economie Bruno Le Maire et du ministre délégué aux PME Alain Griset avec les représentants du secteur.

Du côté de la CPME, la décision a été qualifiée de "sacré coup de massue" pour les restaurateurs jeudi matin sur Europe 1 par le président de la CPME François Asselin. "Aujourd'hui, le sol se dérobe sous leurs pieds parce que quand on ferme son activité, vous n'avez plus de recettes, vous n'avez plus de revenu, parce que ce sont des statuts d'indépendants, vous n'avez pas le droit à l'assurance-chômage", a déclaré le chef de l'organisation représentant les PME. L'Umih, l'union des métiers et industries de l'hôtellerie demande, de son coté, le retrait 'immédiat" de ces mesures et menacent de saisir la justice. "Les organisations professionnelles défendront l’intérêt du secteur devant les tribunaux si besoin", écrit le syndicat dans un communiqué publié ce 24 septembre.

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Face à la situation, les restaurateurs, cafetiers et plus généralement acteurs du monde économique marseillais ont prévu de se rassembler vendredi matin à 9h devant le tribunal de commerce de Marseille, pour protester contre les  nouvelles mesures locales annoncées par le gouvernement. Et d'ajouter : "Je veux le prévenir que Marseille va vivre des moments insurrectionnels",  témoigne l'un d'eux auprès de l'AFP, alors que certains restaurateurs laissaient déjà  entendre qu'ils ne respecteraient pas l'obligation de fermeture prévue à partir  de samedi. C'est dans ce contexte que Renaud Muselier, le président de la Région Sud, a annoncé ce jeudi, son intention de déposer un recours en référé-liberté contre l’arrêté préfectoral.

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