Foodwatch critique la présence d'insectes dans nos glaces : est-ce bien nouveau ?

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À LA LOUPE - Les étiquettes de nos cornets et crèmes glacées ont été décryptées par l’ONG Foodwatch. L'organisation pointe notamment du doigt la présence de dérivés d’insectes dans les recettes de fabrication. Si la pratique n’est pas très appétissante, elle est cependant légale, répandue et dépasse largement la famille des glaces. Explications.

Peut-être avec-vous déjà croisé ces matricules au détour d'une étiquette : E120 et E904. Le premier est un colorant extrait de parasites broyés. Il est aussi connu sous le nom de rouge carmin. Le second est un additif alimentaire d’origine animale… et plus précisément d’excréments d'insectes. 


Des compositions au cœur d'une enquête de Foodwatch publiée mercredi. L'ONG affirme notamment y dévoiler "les arnaques sur l'étiquette des marchands de glace", où la présence de ces substances serait difficile à déceler. Sur les réseaux sociaux, la journaliste Emmanuelle Ducros pointe cependant du doigt la communication de l'ONG, qu'elle estime trompeuse, et dénonce des "marchands de peur". Elle rappelle que l'utilisation de ces insectes est "légale, sans danger, historique et même pas cachée". Interrogée par Franceinfo, Foodwatch estime de son côté que si la pratique n'est en effet pas "illégale", elle n'est pour autant "pas légitime".

Quoi qu'il en soit, si la pratique peut surprendre, elle est en tout cas très répandue. De fait, dès l'Antiquité, l'Homme profitait déjà des vertus des insectes. A l'époque, ils étaient en effet l'une des rares sources de colorant. On trouve ensuite leurs traces dans la composition de nombreux médicaments dès le 18e siècle. Aujourd'hui, de la nourriture au rouge à lèvres, ils sont présents dans des produits que nous consommons tous les jours. 

Une résine aux multiples utilisations "excrétée par des insectes"

L'additif E904 (résine de shellac ou gomme-laque blanchie) provient de la sécrétion d'une cochenille asiatique, la Kerria Lacca. Si cet insecte est souvent désigné comme une espèce de chenille, il s'agit en réalité d'un parasite, redoutable ennemi de la culture et qui ressemble à une petite larve. 


Selon Foodwatch, la résine forme "une couche brillante autour des aliments pour les protéger du dessèchement et de la perte d'arôme". C'est effectivement un agent d'enrobage, notamment pour les fruits et légumes frais. La résine de shellac est également utilisée en quantités non limitées sur les confiseries, les chewing-gums, les compléments alimentaires, le café ou le thé.  Mais elle reste exclue de la filière bio en Europe.


La substance se trouve aussi au-delà de l'industrie alimentaire. A une époque, elle était ainsi utilisée pour fabriquer les disques phonographiques, ancêtres du vinyl. Aujourd'hui, elle est présente dans des gélules pharmaceutiques ou dans certains cosmétiques comme les mascaras, les rouges à lèvres, les eyes liners... Tout comme dans les laques, les vernis, les cires à cacheter ou le finissage de cuirs. 

Le rouge carmin ou la poudre d'insectes broyés

 La Kerria Lacca n'est pas la seule à être présente dans nos aliments : nous sommes également susceptibles de consommer une de ses cousines. La cochenille Dactylopius coccus fait en effet partie de cette famille de parasites suceurs de sèves. Mais elle est utilisée pour produire une couleur bien connue, pourpre et puissante : le rouge carmin. Sur les étiquettes, la substance apparaît sous différents noms : E120 donc, mais aussi crimson lake, cochenille, natural red 4, carmine ou le fameux "colorant naturel".

Comment passe-t-on d'un insecte à un colorant ? Le petit parasite est récolté, séché puis broyé pour obtenir une poudre rouge. La couleur provient des œufs de l'espèce femelle et d'une substance de défense qu'elle produit, l'acide carminique. La couleur est extraite sous forme de poudre après que l'insecte a été séché et broyé. Son utilisation est, là aussi, parfaitement légale. Le rouge carmin est d'ailleurs le nom que les industries cosmétiques donne à la plupart de leurs rouges à lèvres. Il existe cependant de rares cas d'allergies et des risques pour les personnes intolérantes aux carmins. 

Composition d'un rouge à lèvres sur le site Nocibé.fr

Le colorant rouge est aussi très utilisé dans l'industrie alimentaire où il donne sa couleur cramoisie à plusieurs produits : les yaourts aromatisés, les confiseries, la charcuteries, les confitures, les épices, les pâtisseries et même le coca-cola. 


Bref, autant d'utilisations qui laissent supposer que n'importe quel consommateur lambda a déjà utilisé ou mangé des produits à base de cochenille. 

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Alimentation : toujours trop d'additifs

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