Forte hausse de la délinquance à Paris : que disent vraiment les chiffres

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À LA LOUPE - La capitale serait-elle en proie à un climat de violence et d'incivilité sans précédent ? C'est en tout cas ce que dénonce plusieurs élus parisiens. D'après des chiffres rendus publics par l'adjointe à la sécurité, toutes les données de la délinquance seraient dans le rouge depuis ce début d'année. Qu'en est il ? Et comment l'expliquer ?

"Du jamais-vu dans la capitale depuis 2002", s'insurge Colombe Brossel, adjointe à la sécurité à la municipalité de Paris. Dans un courrier adressé au ministre de l'Intérieur, elle dénonce un bond inédit de l'insécurité à Paris entre 2018 et 2019 : +13,5% pour les atteintes volontaires, +68% des vols à la tire dans le métro ! 

Une hausse sans précédent de la délinquance reconnue par la préfecture de police de Paris et le ministère de l'Intérieur. Comment peut-on expliquer ce nouveau climat de violence ?

D'où proviennent ces chiffres sur la délinquance ?

Ces chiffres proviennent d'une lettre qu'adresse Colombe Brossel - adjointe à la sécurité à la mairie de Paris - au ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner. Dans ce courrier, rendu public sur son compte Twitter le 19 juin, l'élue parisienne énumère toute une série de hausses, pour le moins inquiétantes. 

D'après Colombe Brossel, "entre 2018 et 2019, tous les indicateurs de la délinquance sont à la hausse." Les recels ont augmenté de +8,5%, les vols par effraction de +7,4% ; mais aussi un bon impressionnant de +37,6% pour les vols à la tire. Dans le métro, les vols eux ont augmenté de +68%. 

Les violences physiques sont aussi en hausse : +13,5% pour les atteintes volontaires, +18% pour les violences intrafamiliales ou encore +8% pour les violences faites aux femmes. 

Une hausse de la délinquance que ne remettent d'ailleurs pas en cause les autorités. Lorsque le secrétaire d'Etat Laurent Nunez est interpellé au Sénat, le 25 juin, par le sénateur parisien Pierre Charon, il reconnaît sans ambages : "loin de nous – le ministre de l'Intérieur et moi-même – l'idée de nier la hausse de la délinquance que vous avez soulignée ; elle bien réelle et importante sur les cinq premiers mois de cette année." 

Comment peut-on vérifier les chiffres de la délinquance ?

Nous avons alors posé la question à la préfecture de police de la Paris. Elle nous renvoie vers les données de Data.gouv.fr où sont compilés, dans un fichier public, tous les actes de délinquances enregistrés par la police et la gendarmerie. Ces données sont mises à jour tous les mois. Comme les élus parisiens dénoncent une aggravation de la situation depuis ce début d'année 2019, nous avons comparé les chiffres des cinq premiers mois de l'année avec ceux de 2018 pour la même période.

Ainsi, entre janvier à mai 2018 et 2019, les vols à la tire ont augmenté de +37,4%, les vols à la roulotte de +10,6% (vols rapides à l'intérieur d'une voiture en cassant la vitre ou en forçant la portière), les tentatives d'homicide de +16,4%. La hausse la plus impressionnante concerne les incendies volontaires contre les biens, +114,6%. Un bond qui s'explique aisément par les feux déclenchés lors des débordements en marge des manifestations de Gilets Jaunes. 

En revanche, les chiffres indiquent une baisse de -8,9% pour l'ensemble des infractions liées aux stupéfiants. Une diminution qui pourrait s'expliquer, non pas par une baisse des trafics et de la consommation, mais par moins de contrôles et donc moins d'infractions relevées sur le terrain. 

Pourquoi la délinquance est-elle en hausse à Paris ?

Pour le ministère de l'Intérieur, la raison est simple : les hausses enregistrées - comme les atteintes aux biens ou aux personnes - peuvent être expliquées par les samedis successifs des manifestations de Gilets jaunes. Une situation que reconnaît Laurent Nunez devant les sénateurs. "Le mouvement des Gilets Jaunes a forcément eu un impact. Nous avons dû déployer de nombreux effectifs, lesquels étaient moins disponibles sur la voie publique pour lutter contre la délinquance et mener des investigations judiciaires." 

Mais Colombe Brossel va plus loin. Auprès de LCI, elle dénonce l'absence des forces de l'ordre qui aurait laissé la place à des réseaux bien organisés. "Sinon comment expliquer la hausse de +68% des vols à la tire dans le métro depuis le début de l'année ? Les réseaux ont rempli le vide laissé par les policiers." Autre exemple utilisé par l'adjointe à la sécurité, "pourquoi les cambriolages connaissent une augmentation à deux chiffres à Paris depuis deux ans, alors qu'ils baissent dans le reste du pays ?" Elle affirme dans une interview accordée au Monde que certains samedis, les commissariats parisiens étaient vidés de 50% de leurs effectifs, autant d'agents qui ne pouvaient pas répondre aux appels du 17 et de police secours. 

Enfin, l'élue parisienne alerte contre ce qu'elle appelle "une reconfiguration de la délinquance." "A Barbes, les vendeurs de cigarettes de contrefaçon vendent désormais aussi des drogues comme de la MDMA ou de l'extasie. Les réseaux ont changé, nous ne sommes plus dans du petit trafic." 

Toutefois, le ministère de l'Intérieur précise, par la voix de son secrétaire d'Etat, que ses services notent "une inflexion" des actes de délinquances depuis le mois de mai à Paris. Le taux d'élucidation est en hausse. Preuve, pour l'Intérieur, que les forces de l'ordre n'ont pas relâché leurs efforts depuis l'accalmie des épisodes Gilets Jaunes. 

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