François Ruffin en croisade contre les écrans publicitaires : peut-on se fier aux chiffres qu'il partage ?

François Ruffin en croisade contre les écrans publicitaires : peut-on se fier aux chiffres qu'il partage ?
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À LA LOUPE – Le député de la Somme déplore la multiplication des écrans publicitaires numériques et souhaite les interdire dans les lieux publics. Il s'appuie sur une série de chiffres pour justifier sa position. Sont-ils fiables ? LCI les a passés au crible.

Très présent sur Facebook, où sa page est suivie par plus de 400.000 personnes, le député de la France insoumise François Ruffin partage de nombreuses prises de position. Le 24 novembre, il a notamment posté un long message, plaidoyer pour "l’interdiction des écrans publicitaires numériques dans les lieux publics". Un sujet qui lui tient à cœur : à l'Assemblée nationale, l'ex-journaliste avait déjà déposé début novembre une proposition de loi en ce sens.

Dans ce texte, l'élu de la Somme avance une série d'arguments et d'exemples, avec de nombreux chiffres à l'appui. Alors que des collectifs dénoncent l'impact écologique de ces dispositifs et luttent contre leur recrudescence dans les villes, LCI a étudié les données partagées par François Ruffin. 

Croisons-nous "5000 marques tous les jours" ?

Le député déplore dans son message la place majeure prise par la publicité dans notre quotidien. "On ne veut plus de leurs 5000 marques croisées tous les jours", lance-t-il. En rencontre-t-on autant au cours d'une journée ? L'édition 2017 de l'ouvrage La marque, écrit par le sémiologue et professeur de marketing Benoît Heilbrunn, permet de modérer légèrement cette affirmation. 

La résumé du livre sur le site des Presses universitaires de France indique en effet que les marques "sont devenues incontournables dans notre vie quotidienne : chacun en croise en moyenne plus de 3000 par jour". Soit une exposition toutes les 45 secondes au moins. 

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Le spécialiste note toutefois que l'on estime "qu’un consommateur connaît en moyenne 5.000 noms de marques, ce qui est un chiffre absolument considérable compte tenu du nombre moyen de termes servant à l’expression courante (de l’ordre de 8.000 à 30.000 selon les individus)".

150 écrans publicitaires sont-ils installés dans la Gare du Nord ?

Dans son texte, François Ruffin prend l'exemple de la Gare du Nord à Paris, où "le grand tableau des départs a [...] disparu". À la place, que trouve-t-on, interroge l'élu ? "Un immense affichage publicitaire, électronique, animé, pour la nouvelle Audi." Au total, la gare "compte 150 écrans publicitaires, allant de 1,5 à 24 mètres carrés", déplore-t-il.

150 écrans ? Le chiffre est juste, à quelques-uns près. Il est confirmé par Mediatransports, la régie publicitaire du groupe Publicis en charge de la quasi-totalité des dispositifs publicitaires installés dans les transports collectifs de l’Île-de-France et dans "837 gares SNCF". La très grande majorité des écrans installés, précise à LCI l'entreprise, sont d'une surface de 2 mètres carrés. 

Le plus grand mesure-t-il 24 mètres carrés, comme le souligne François Ruffin ? Pas tout à fait. Cet écran "XL" comme le nomme Mediatransports, installé en décembre 2015, s'étend sur une surface de 20 mètres carrés. Il faut noter qu'il propose un affichage numérique à la fois sur son recto et sur son verso. 

Un écran pub consomme-t-il autant qu'un couple avec enfant ?

De toutes les données partagées par François Ruffin, celles concernant l'impact environnemental s'avèrent sans doute les plus difficiles à vérifier. Selon le député de la Somme, un écran de 2 mètres carrés "consomme [en moyenne, NDLR] au moins 7000 KWh, soit la consommation d’un couple avec enfant". 

Pour évaluer la consommation d'un tel écran, LCI a contacté l'entreprise JCDecaux, acteur incontournable dans le secteur de l'affichage publicitaire. Son service presse confirme que "pour un mobilier simple face", il faut compter "6280 kWh". Le mobilier "double face", qui correspond à des écrans recto-verso, requiert pour sa part 12.565 kWh.

Cela correspond-t-il à la consommation d'une famille ? Globalement, oui. Futura Science évaluait ainsi à "un peu moins de 5000 kWh" la consommation d'électricité moyenne par foyer en France en 2015. D'autres estimations sont un peu plus élevées. Il faut quoi qu'il en soit les observer avec une certaine prudence, car la consommation dépend d'une multitude de facteurs : l'isolation du logement, sa taille, son type de chauffage, le volume du chauffe-eau ou bien encore la consommation électrique des équipements ménagers.

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