Gilets jaunes : joue transpercée, lésion du globe oculaire… un médecin urgentiste décrit les blessures dans les cortèges

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TÉMOIGNAGE – Blessures à l'oeil, contusion, traumatisme, fracture... Depuis le début du mouvement des Gilets jaunes des centaines de manifestants - et également des centaines de policiers - ont été blessés lors des violences en marge des cortèges. LCI a interrogé un praticien de l'hôpital Georges-Pompidou qui a soigné des lésion parfois graves, notamment après des tirs de lanceurs de balle de défense. Il raconte.

Plusieurs jours après avoir été blessé lors de "l'acte 11" des Gilets jaunes à Paris, Jérôme Rodrigues - une des figures du mouvement - ne sait toujours pas s'il retrouvera l'usage de son oeil droit. L'homme assure avoir été touché par un lanceur de balle de défense, une arme utilisée par les forces de l'ordre qui a provoqué de nombreuses blessures graves dans les cortèges de manifestants.  Depuis mi-novembre, des centaines d’autres blessures, plus ou moins sévères ont été répertoriées, qu'il s'agisse des Gilets jaunes comme, d'ailleurs des forces de l'ordre. 

Quels sont les traumatismes les plus souvent rencontrés ? Quelle est le degré de gravité de ces blessures ? A l'hôpital Georges Pompidou,  Le Dr Rafik Masmoudi, médecin urgentiste, a accepté de nous raconter son expérience.

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Quelle est la proportion et l’importance des blessures recensées chez des manifestants depuis le début de la contestation dans l'établissement dans lequel vous exercez ?

Dr Rafik Masmoudi, médecin urgentiste à l’hôpital Georges Pompidou : Il y a des samedis où ça a été relativement calme, d’autres où c’est plus difficile. Au plus fort, on a eu une vingtaine de personnes blessées pendant les manifestations prises en charge aux urgences rien que dans notre établissement. C’est en fin de journée que les choses se compliquent : de manière générale, on a surtout affaire à des traumatismes directs et non pas, par exemple, à des troubles auditifs qui seraient liés à des blasts. Ça va des simples contusions (souvent une ecchymose qui passera avec le temps) aux fractures. Dans la plupart des cas, l’hospitalisation n’excède pas 24h-48h.

Les blessures les plus fréquentes concernent les accidents liés aux mouvements de foule, ou à l’usage de bombes lacrymogènes avec des cas d’irritations oculaires ou quelques difficultés à respirer qui restent simples à gérer. Mais on voit aussi des contusions directes, principalement liées à des tirs de LBD avec une atteinte des membres ou du visage.

Quelles sont les blessures les plus critiques ?

Dr Rafik Masmoudi : Il y a parfois des lésions très graves à commencer par celles qui touchent le visage justement, avec toutes les conséquences relatives. Les blessures faciales ne sont pas les plus courantes mais sans doute les plus impressionnantes. On a notamment vu des traumatisés de la face avec la joue transpercée par un morceau de plastique, des lésions du globe oculaire, des pertes de la dentition mais aussi des traumatismes crâniens sévères. En dehors des traumatisés de la face, il y a aussi des mutilations, avec notamment des atteintes de la main à la suite d’explosions de grenade (ndlr de désencerclement). 

Depuis le début de la contestation, la plus longue hospitalisation pour ce qui nous concerne concernait une blessure par tir de LBD : la balle avait touché le thorax, ça s’est compliqué avec une atteinte du cœur et du poumon. 

"La particularité de l’œil c’est que l'on n’est pas fixé tout de suite sur les éventuelles séquelles"

Pourquoi les blessures au visage sont les plus redoutées ?

Dr Rafik Masmoudi : Les yeux, en dehors des paupières, ne sont pas protégés. Ce n'est pas la même chose d’être touché dans un muscle que dans un œil. Un traumatisme direct de l’œil peut provoquer l’explosion du globe oculaire ou toucher la rétine et entraîner la cécité ou une baisse de l’acuité visuelle. C’est cela que je redoute le plus. Or, la particularité de l’œil c’est que l'on n’est pas fixé tout de suite sur les éventuelles séquelles. 

Le visage est également une zone délicate à cause de tous les os de la face et de la mâchoire : ce sont ceux qui servent à mastiquer donc quand il y a fracture, la personne peut ne plus pouvoir manger pendant plusieurs jours. Et surtout, pas loin, il y a le cerveau : si le crane est touché, il peut y avoir des complications post hémorragiques qui peuvent nécessiter une intervention chirurgicale. 

Enfin, cette zone du corps est aussi esthétique : dans la plupart des atteintes au visage, les conséquences ne sont d’ailleurs qu’esthétiques avec des cicatrices mais pas de conséquence sur le plan fonctionnel.

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