Glu, tenderie, déterrage, vénerie… ces chasses polémiques mais autorisées en France

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TRADITION OU CRUAUTÉ ? - La méthode qui consiste à capturer des oiseaux à l'aide de tiges en bois enduites de colle vaut aujourd’hui à la France une plainte devant la Commission européenne. L’occasion de s’attarder sur quelques techniques de piégeage ancestrales témoins selon leurs défenseurs "du patrimoine culturel de notre pays", mais jugées cruelles par plusieurs associations de défense des animaux.

Environ 5.000 personnes chassent encore aujourd'hui à la glu en France. Cette chasse "traditionnelle" qui consiste à capturer des oiseaux à l'aide de tiges en bois enduites de colle extra forte se trouve aujourd’hui au cœur d’une bataille juridique. Après le rejet par le Conseil d'Etat d'une demande d'interdiction de cette pratique, la Ligue de protection des oiseaux (LPO) a en effet annoncé jeudi une plainte contre la France devant la Commission européenne. 

"Cette méthode pose deux problèmes : d’abord c’est un piège non sélectif c’est-à-dire que les chasseurs ne savent pas si c’est une espèce protégée qui va se coller au bâtonnet, et en plus il y a un problème de souffrance animale évident", résume Marc Giraud, porte-parole de l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS), regrettant que "l’animal sauvage ne soit pas reconnu comme étant sensible contrairement aux animaux domestiques". 

Étroitement contrôlée et dans la ligne de mire de nombreuses autres associations écologistes, l'utilisation des "gluaux" n'est autorisée aujourd'hui que dans cinq départements français : le Vaucluse, les Bouches du Rhône, Le Var, les Alpes de Haute Provence et les Alpes Maritimes. 

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"Les chiens creusent et mordent l'animal terrorisé dans son terrier"

A l’instar de cette technique de piégeage pratiquée par l'homme depuis la préhistoire, d’autres chasses traditionnelles dont la tenderie, les matoles et les filets, demeurent autorisées en France bien que de plus en plus critiquées. Rassemblant au total quelques dizaines de milliers d'adeptes sur le million de chasseurs recensés, elles sont autorisées par arrêté ministériel et soumise à autorisation individuelle annuelle du Préfet sur des territoires bien délimités.

Parmi ces autres pratiques, témoins selon leurs défenseurs "du patrimoine culturel de notre pays", mais jugées cruelles par plusieurs associations de défense des animaux, figure le déterrage, aussi appelée vénerie sous terre. "Cela consiste à lâcher des petits chiens appelés terriers qui acculent des blaireaux ou des renards dans leur terrier et qui aboient  pendant que les chasseurs, appelés déterreurs, creusent pendant plusieurs heures, terrorisant totalement l’animal qui se fait mordre par les chiens très agressifs", explique le naturaliste de terrain, qualifiant la technique de "barbare". Et de poursuivre : "Une fois les bêtes déterrées, les chasseurs les extirpent avec une pince en acier géante, et les achèvent à coup de couteau quand tout va bien." 

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165.000 blaireaux tués par déterrage chaque année

Contre toute idée reçue, cette chasse traditionnelle qui concerne principalement deux animaux, à savoir le renard et le blaireau, ne s’adresse pas qu’à des "nuisibles". "Le blaireau n’est pas un nuisible", insiste ainsi le porte-parole de l’ASPAS, précisant que ce terme "ne veut de toute façon scientifiquement rien dire même si administrativement ça signifie que c’est un animal qui peut nuire à la santé humaine ou à l’économie."

Si de nombreux pays européens protègent cette espèce, en France, ce ne sont pas moins de 165.000 blaireaux qui sont tués chaque année par ce seul mode de chasse. Les chiffres sont encore bien plus élevés s’agissant du renard, avec 600.000 à un million de spécimens "prélevés" par an. Et pour cause : ce dernier étant pour sa part toujours classé comme animal "nuisible", il est possible de la chasser toute l’année. 

"La France est le dernier pays d’Europe où il n’y a aucun jour national sans chasse" rebondit Marc Giraud, précisant que "le déterrage n’existe quasiment plus ailleurs tout comme la chasse à courre ce qui pousse des familles de nobles anglais à venir exercer leur passion chez nous". 

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En Grande-Bretagne, la vénerie, comme on l’appelle aussi, avait jusqu’en 2004 le même statut et la même réputation qu'en France. Mais la loi "Hunting Act" appliquée dès 2005 interdit depuis lors la chasse des animaux sauvages avec plus de trois chiens. L'Écosse avait enclenché le pas dès 2002, tandis qu’outre-Rhin, l’interdiction de la pratique de la chasse à courre est bien plus ancienne. En 1934 déjà, le régime nazi prohibait la "Parforcejagd". En France, elle reste pratiquée dans 70 départements français. Le principe ? Ce sont les chiens qui chassent le gibier, "appuyés" par les veneurs. On distingue la grande vénerie qui se pratique à cheval de la petite vénerie qui se pratique à pied.

Autre exemple de chasse traditionnelle loin de faire l’unanimité ? La chasse à l'arc, symbole de la prouesse technique pour ses adeptes, archétype de la cruauté pour ses détracteurs. "On se prend pour un homme préhistorique, en fait on blesse les animaux et on le laisse pourrir et agoniser dans la nature c’est vraiment pas une chasse éthique", estime Marc Giraud précisant qu’"en plus ça se pratique en enclos sur des terrains privés." Longtemps interdite car assimilée à du braconnage, cette pratique est réglementée depuis 1995. L’arc moderne est donc  la seule arme de chasse à tir autorisée en dehors des armes à feu, les arbalètes, frondes ou lance-pierres étant quant à eux prohibés.

En octobre dernier, le ministère de la Transition écologique a lancé un groupe de travail sur les chasses traditionnelles comme celles à la glu ou aux filets de plus en plus critiquées. Les quotas venaient d’être abaissés pour la saison 2018-2019 au niveau des prises réalisées l'an dernier. 

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