Les stages pour responsabiliser les auteurs de violences conjugales, un outil efficace pour lutter contre la récidive ?

Violences conjugales

VIOLENCES CONJUGALES - Après une condamnation ou justement pour en éviter une, les auteurs de violences conjugales se voient parfois – rarement – proposer un stage de responsabilisation au cours duquel ils sont amenés à réfléchir à leurs comportements, et aux conséquences subies par leurs victimes. En quoi consistent-ils et sont-ils efficaces ?

"Quels qu’ils soient, d’où qu’ils viennent, tous ces hommes sont profondément sexistes." Depuis le début de l’année 2019, Stéphanie Le Gal Gorin intervient dans le Morbihan dans des stages de responsabilisation organisés par l'association La Sauvegarde 56 pour des auteurs de violence conjugales condamnés avec une obligation de mise à l’épreuve, ou repérés pour la première fois pour de tels faits. Organisés sur deux jours, payants, ils sont proposés au parquet de Lorient, qui choisit ensuite de les imposer ou non aux personnes jugées.

"En début de stage, je fais faire à ces hommes des jeux autour des stéréotypes sexistes dont ils sont porteurs. Tout part de là dans les violences conjugales : du sexisme découle la domination, l’incapacité de l’homme à considérer la femme comme son égal, le sentiment que l’autre vous appartient. Je leur compile des séries d’affirmations sur les relations femmes-hommes, sur les tâches domestiques, ou encore au sujet de la contraception… et ils doivent me dire s’ils les partagent ou non" explique la sociologue, qui avait déjà tenu de tels ateliers de 2003 à 2009 dans le Val d’Oise, auprès d’auteurs en sursis et mise à l’épreuve. 

Des psychologues interviennent également pour parler des répercussions de la violence sur les victimes, femmes et enfants. Quand certains estiment que "s’ils avaient été trop loin, leur compagne ou leur femme serait partie, il faut leur expliquer les mécanismes qui souvent les poussent à rester".

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Minimisation des faits

Au cours de ces deux jours, les participants font preuve de peu de culpabilité, et ont tendance à se victimiser, remarque Stéphanie Le Gal Gorin. "Lors du tour de table au cours duquel ils doivent se présenter et expliquer pourquoi ils sont là, revient souvent l’erreur judiciaire, le fait que leur compagne les a poussés à bout" explique la sociologue. "Et leur seuil de tolérance à la violence est très élevé" ajoute celle qui participe également à de nombreux ateliers avec les femmes victimes.

 "L’idée n’est jamais d’accabler ces hommes" continue Stéphanie Le Gal Gorin. "Certains ont eux-mêmes été victimes de violences. Mais j’estime que nous sommes tous responsables de nos actes, et je ne veux surtout pas qu’ils ressortent d’ici avec le sentiment que ce qu’ils ont fait est mal, mais qu’ils ont des circonstances atténuantes."

Pour la sociologue, l’efficacité de ces stages de deux jours, auquel les participants assistent sous la contrainte, est difficile à évaluer. "Globalement, je perçois que ces hommes réfléchissent pour la première fois à leurs actes, donc c’est positif. Je remarque qu’au bout de deux jours la véhémence de leurs propos s’atténue. Mais deux jours, c’est trop peu. Et aucun suivi n’est proposé derrière."

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Violences conjugales : une victime témoigne

Les stages, surtout un moyen de voir sa peine réduite ou d'éviter la condamnation

Surtout, ces ateliers sont trop rarement proposés par la justice. Les parquets de Valence, Versailles ou Nevers peuvent les imposer depuis peu. Lorsqu'une peine de prison est prononcée, un détenu peut être amené à participer ou entamer une thérapie avec un ou une psychologue. "Mais en prison, beaucoup se rendent aux rendez-vous dans le but d'obtenir leur certificat médical et espérer ainsi une remise de peine, mais très peu travaillent vraiment sur leur passage à l’acte violent pendant les séances" constate la sociologue.

Pour Stéphanie Le Gal Gorin, ces stages devraient "être systématisés dès qu’une plainte est déposée". Et bien sûr, il faudrait travailler dès le plus jeune âge sur la prévention du sexisme, l’égalité femmes-hommes. "Il faut des moyens pour l’éducation, la formation des professionnels amenés à aborder ces sujets, l’accompagnement des victimes et des auteurs. Mais nous n’en avons pas. Ça fait 18 ans que je travaille sur ces questions, et rien ne bouge" ajoute-t-elle désabusée. 

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