De l’importance des groupes de parole pour les femmes victimes de violences

Violences conjugales

SORORITÉ - Les femmes victimes de violences conjugales ont le point commun de rompre avec leur environnement et la société. Les groupes de parole collectifs, proposés par des associations ou dans des structures spécialisées comme la Maison des femmes de Saint-Denis, sont très efficaces pour les sortir de leur isolement.

La dévalorisation de soi, la honte, la peur. Autant de raisons qui poussent les femmes victimes de violences conjugales à s'enfermer dans le silence, les coupent de leurs amis et de leur famille, les cantonnent à l’intimité de leur foyer. Cet isolement les empêche de sortir du cercle des violences, de se reconstruire, de se réintégrer dans la société.

"Clairement, j’observe que les femmes, de par les violences - psychologiques ou sexuelles - qu’elles ont vécues sont isolées. Et dans les ateliers, une solidarité se met en place entre elles, elles ne se sentent plus seule" assure Stéphanie Le Gal Gorin, sociologue spécialisée dans les rapports sociaux de sexe, animatrice de groupes de parole pour les femmes victimes de violence au sein de l'association Steredenn.  

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"La violence est une expérience assez partagée, et pourtant toutes les femmes qui en sont victimes pensent qu’elles sont seules au monde à vivre ce calvaire" abonde Ghada Hatem, gynécologue, médecin-chef et fondatrice de la Maison des femmes à Saint-Denis. "Dans les groupes de parole, elles se rendent compte qu’elles vivent des choses similaires, et prennent petit à petit conscience qu’elles ne sont pas responsables de cette violence. Et nous leur expliquons que non, ce n’est pas parce qu’elles sont trop grosses ou pas assez intéressantes que leur conjoint les bat, mais parce que, eux, mettent en place des processus destinés à asseoir leur domination, dans le but de les posséder."

Déculpabiliser les victimes

"Dans ces groupes de parole, je prends toujours soin d’expliquer aux victimes pourquoi elles n’ont pas crié quand on les a battues, pourquoi elles n’ont rien dit ensuite. Il faut les déculpabiliser, leur expliquer que ce qu’il s’est passé dans leur cerveau les a paralysées" continue Stéphanie Le Gal Gorin, qui s’appuie particulièrement sur les travaux de Muriel Salmona, psychiatre, psychotraumatologue et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie.

Les deux professionnelles remarquent que de belles amitiés se nouent lors de ces groupes de parole. "Certaines femmes viennent à chaque séance et se font des amies. Récemment, deux d’entre elles sont allées ensemble s’inscrire à un cours de karaté" se réjouit Ghada Hatem. "Dans mes ateliers, deux femmes ont développé un lien très fort. Une vraie solidarité se met en place entre elles" ajoute Stéphanie Le Gal Gorin. La sororité fonctionne dans ces groupes de femmes brisées, qui finissent par oublier les soignants et se donner des conseils entre elles. 

Mais quid de l’efficacité de ces ateliers, souvent mensuels ou bimensuels, auxquels les femmes sont libres de participer à la fréquence qu’elles souhaitent ? "Ce n’est pas magique, mais j’ai l’impression qu’elles avancent" constate Stéphanie Le Gal Gorin. "Ce sont les femmes qui nous font prendre conscience des bénéfices de ces groupes de parole. Souvent, elles viennent nous voir et nous disent : ‘J’ai repris confiance en moi, je me surprends à me remaquiller, mes enfants me disent que je suis plus détendue, ça m’a donné la force de passer mon permis moto…’" ajoute Ghada Hatem.

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A terme le groupe suffit, elles n’ont plus besoin de me voir en solo."- Stéphanie Le Gal Gorin

Pour la médecin-chef de la Maison des femmes, proposer ces groupes de parole est indispensable dans un parcours de soin. "Il faut combiner les entretiens individuels avec des médecins, psychologues ou conseillères conjugales, avec des séances collectives. L’un n’a pas d’effet sans l’autre, selon moi" explique-t-elle à LCI. "Une psychologue m’a d’ailleurs dit que lorsqu’une femme allait mieux, nous pouvions continuer à l’accompagner en ne lui proposant plus que d’assister à des groupes de parole collectifs." Un constat partagé par Stéphanie Le Gal Gorin : "Pour plusieurs des femmes que je suis, le groupe suffit. Elles n’ont plus besoin de me voir en solo."

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