Féminicide : étymologie et définition d'un mot qui fait encore débat

Violences conjugales

LANGAGE - Le terme "féminicide" est récent et, malheureusement, en passe de s'enraciner dans le langage courant. Mais d'où vient-il, et que désigne-t-il précisément ?

"Meurtre d’une ou plusieurs femmes ou filles en raison de leur condition féminine". Voici la définition du mot "féminicide" tel qu'il est inscrit dans Le Petit Robert. Le terme y a fait son entrée en 2015, et il est toujours absent de bon nombre d’autres dictionnaires. Il est composé de la racine latine femina signifiant femme, et  du suffixe -cide (frapper, tuer en latin). 

Le terme, qui s'est invité à au moins 100 reprises dans l'actualité depuis le 1er janvier puisque 100 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou ex, a été popularisé par la sociologue américaine Diana Russell, qui dès 1976 l’utilise pour désigner les massacres de femmes en Amérique latine. Il prend de l’ampleur en 1992, lorsque cette dernière publie avec la Britannique Jill Radfort l’ouvrage Feminicide : the politics of woman killing. En janvier 2018, alors que Jonathann Daval avoue avoir tué sa femme Alexia, la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité femmes-hommes Marlène Schiappa utilise le terme de "féminicide". Désormais, son usage se systématise notamment dans les médias, et les associations féministes et familles de victimes se battent pour qu'il passe dans le langage courant et juridique. 

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Le terme féminicide ne désigne pas tous les meurtres de femmes par des hommes. "Lorsqu'un cambrioleur tue une bijoutière qui refuse de lui ouvrir les coffres, les raisons ne sont pas les mêmes que lorsqu'un homme tue sa femme parce qu'elle veut le quitter. Tous les meurtres de femmes ne sont donc pas des féminicides" précise la féministe Valérie Rey-Robert dans un billet publié sur son blog Crêpe Georgette. "Encore une fois il ne s'agit pas de dire qu'un meurtre crapuleux est moins grave ou que le meurtre d'une femme est plus grave que celui d'un homme mais de bien nommer les actes pour lutter efficacement contre."

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Asseoir une domination

Le féminicide peut même être commis par une femme, précise l'Organisation mondiale de la santé (OMS). "Le féminicide est généralement commis par des hommes, mais il arrive parfois que des membres féminins de la famille soient impliqués". Mais ils sont tout de même majoritairement commis par des hommes, dont l"objectif est d'asseoir une domination. "Le féminicide se distingue des homicides masculins par des particularités propres. Par exemple, la plupart des cas de féminicide sont commis par des partenaires ou des ex-partenaires, et sous-entendent des violences continuelles à la maison, des menaces ou des actes d’intimidation, des violences sexuelles ou des situations où les femmes ont moins de pouvoir ou moins de ressources que leur partenaire."

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît quatre types de féminicides : 

- le féminicide intime, "commis par un époux ou par un petit ami, actuel ou ancien". Selon une étude citée par l'OMS, plus de 35% de tous les meurtres de femmes dans le monde seraient commis par un partenaire intime, contre 5% des meurtres d'hommes ; 

- le féminicide commis au nom de l’honneur : ils "impliquent une fille ou une femme qui est assassinée par un membre masculin ou féminin de sa famille parce qu'elle a ou est censée avoir commis une transgression sexuelle ou comportementale, notamment un adultère, des relations sexuelles ou une grossesse hors mariage - ou même qu'elle a été violée ; 

- le féminicide lié à la dot, principalement dans certaines région du sous-continent indien. Il "implique des jeunes mariées qui sont assassinées par des membres de leur belle-famille pour des conflits liés à la dot, par exemple pour avoir apporté une dot insuffisante à la famille du marié" ; 

- le féminicide non intime, commis par des personnes non intimes avec la victime. L’OMS donne pour exemple les féminicides sexuels ou les meurtres systématiques de femmes en Amérique latine.

Inscrire le terme dans le code pénal ?

Pour mieux lutter contre les féminicides, des associations et familles de victimes demandent son inscription dans le code pénal. Aujourd’hui en France, il est déjà précisé que le fait de porter atteinte à une personne "à raison de son sexe, son orientation sexuelle ou identité de genre vraie ou supposée" constitue une circonstance aggravante. Idem si le crime ou délit est commis "sur conjoint". 

Plusieurs pays sont en avance en la matière, et ont déjà inscrit ce terme dans leur code pénal : c’est le cas dans dix-huit pays d’Amérique latine. En Europe, lors de la ratification de la Convention d’Istanbul, traité sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, l’Espagne et l’Italie ont intégré la notion de "violence de genre" dans leur code pénal. 

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