Grève des femmes en Suisse : quels sont les chiffres des inégalités ?

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A LA LOUPE - Ce vendredi 14 juin, les femmes suisses sont invitées à faire grève et à descendre dans la rue pour lutter contre les inégalités. Fossé des salaires, violences conjugales et droit de vote super tardif, les terrains d'action sont nombreux pour les féministes de Suisse. On fait le point sur les chiffres des inégalités.

Elles ont prévu de descendre dans la rue. En Suisse, ce vendredi 14 juin, c'est jour de grève pour les femmes. Vingt-huit années précisément après une première mobilisation, pensée par l'Union syndicale suisse, elles sont de nouveau appelées à quitter leur poste de travail ou à ne pas participer aux tâches ménagères, sous le slogan "Plus de temps, plus d'argent et du respect". 

Dans une ambiance de "ras-le-bol général", de nombreuses femmes salariées devraient quitter leur poste à partir de  15h23, heure à laquelle elles ne sont plus payées par rapport à leurs collègues masculins, selon les statistiques. Et si la mobilisation renaît aujourd'hui, c'est justement parce qu'une révision de loi, votée en 2018, n'imposera un contrôle des salaires qu'aux entreprises de plus de 100 salariés, soit uniquement 46% des travailleurs sous contrat de travail. Il faut dire qu'en Suisse, l'égalité salariale - mais pas seulement - entre les femmes et les hommes, est encore très loin d'être atteinte. On fait le point, d'après les données de l'office fédéral de la statistique suisse

Des études genrées

La Suisse n'est évidemment pas un cas isolé, mais là-bas comme ailleurs, les études sont genrées. C'est-à-dire qu'on retrouve davantage de femmes dans des secteurs professionnels relatifs au social, à la santé, au "care" et aux services : là où elles pourront prendre soin des autres. Ainsi, en 2016, la part des femmes dans les hautes écoles universitaires dans le domaine de la santé et de la protection sociale était de 66,5%. A l'inverse, elles n'étaient que 12,5% dans les hautes écoles d'ingénierie et des industries de transformation et de construction.

Les femmes et le "care"

Il est donc logique que cette différence de représentation se retrouve ensuite à la sortie des études et dans la vie professionnelle. Tout naturellement, les femmes sont donc surreprésentées dans le secteur de la santé et du social. Dans la population active, 22% ont un emploi dans ce secteur, contre 7,3% des hommes. Même chose dans l'éducation, qui regroupe 14% des femmes actives contre 5,9% des hommes, d'après l'édition 2018 du "Global Gender Gap Report".

Le fossé du salaire médian

Or, plus présentes à des postes peu qualifiés dans le tertiaire, les femmes voient automatiquement la différence sur la fiche de salaire. En Suisse, en 2016, le salaire médian mensuel brut des hommes représentait 6830 francs suisses (6092,25 euros), contre 6011 francs suisses (5361,72 euros) pour les femmes. La différence se chiffre donc à un montant de 819 francs (730,54 euros). 

Pour le dire autrement, d'après le gouvernement, l'écart de salaire inexpliqué, c'est-à-dire à poste, compétence et âge égaux, demeure de l'ordre de 8%. Tous secteurs confondus, ce fossé grimpe à 20% de différence salariale entre les femmes et les hommes, en Suisse. 

Temps de travail à l'arrivée des enfants

La répartition du travail selon les genres peut être une explication aux différences salariales. La plupart du temps, à l'arrivée des enfants dans un foyer, c'est la femme qui se met en temps partiel et non son compagnon. C'est aussi le cas en Suisse. L'office fédéral de la statistique a estimé que les femmes ayant au moins un enfant de 0 à 12 ans étaient 14,3% à travailler à temps plein, en 2017, contre 82,7% des hommes. Elles étaient, dans cette même situation, 59,6% à temps partiel, contre 11,2% seulement des hommes, qui conservent donc leur salaire complet. Il est noté également que le congé paternité n'existe toujours pas en Suisse. 

Des postes à responsabilité réservés

Un temps partiel subi qui implique aussi des directions pour l'avenir d'une carrière. Ainsi, en Suisse, en 2018, les femmes représentaient 31,6% des membres de la direction d'une entreprise, contre 68,4% des hommes. 

Violences conjugales

Il y a le constat d'un déséquilibre économique. Il y a aussi les violences faites aux femmes. En Suisse, comme en France, les violences domestiques demeurent une réalité. Ce chiffre de l'Office fédéral des statistiques s'appuie sur la présence des différentes parties devant les tribunaux. Il ne reflète donc pas de manière exhaustive la réalité des violences conjugales dans le pays mais donne toutefois une indication sur ses principaux auteurs. En 2017, les hommes représentaient donc 76% des personnes prévenues dans les affaires de violences domestiques. Les femmes représentaient quant à elles 73% des "personnes lésées", c'est-à-dire des victimes. 

Droit de vote

L'injustice est désormais réparée, mais ele n'est l'histoire que d'une seule génération. En Suisse, le droit de vote pour les femmes a été acquis très tard, en février 1971. Une précédente tentative avait été menée au niveau fédéral en 1959, mais celle-ci avait été refusée. Des années plus tard, elle a donc été acceptée… mais pas à l'unanimité. Comme le relève Le Monde, huit cantons avaient voté non à l'extension du droit de vote aux femmes. 

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