#GROSSE : le message d'avertissement d'Instagram ne passe pas

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GROSSOPHOBIE - Le réseau social Instagram envoie un message d'avertissement sous forme d'une proposition "d'aide" lorsqu'un utilisateur rechercher le mot #grosse. Une caractéristique qui ne passe pas auprès des militantes féministes et anti-grossophobie.

Pour Instagram le terme "grosse" peut "porter atteinte aux utilisateurs" de l’application. Des militantes anti-grossophobie se sont aperçues que la recherche de ce hashtag était bloquée par un message d’alerte. Sur les réseaux sociaux, l’une d’elle a signalé le problème ce lundi 25 mars, lui donnant de l’ampleur. 


Dans un tweet, la journaliste et blogueuse Olga publie ainsi le message qu’elle reçoit en tapant #grosse, dans la barre de recherche. Selon Instagram, il fait partie des termes qui "encouragent souvent un comportement pouvant nuire ou conduire au décès". LCI a mené l’expérience. 

Les "conseils" que proposent Instagram : "Se promener" ou "prendre un bain"

En recherchant ce hashtag, nous sommes effectivement renvoyés vers ce message : "Besoin d’aide ?". Nous avons alors le choix entre "obtenir de l'aide" ou "voir les publications quand même". En sélectionnant la première option, l’application nous propose alors trois solutions. "Parler à une personne de confiance", "contactez une ligne d’assistance" ou encore avoir des "conseils". Derrière cette troisième alternative, le réseau social invite à trouver des solutions pour nous "remonter le moral". Comment faire ? "Se promener", "prendre un bain" ou encore "observer le ciel et les nuages".

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#GROSSE : Instagram propose "de l'aide" aux internautes qui cherchent ce hashtag

En choisissant de ne pas appeler à l’aide, Instagram nous laisse le choix de voir les publications. Mais là encore, il y a un problème. Si toutes les publications les plus populaires restent accessibles, ce n’est pas le cas des plus récentes, qui sont censurées. 


Surpris, nous retrouvons un communiqué de presse en anglais, dans lequel le réseau social annonçait, début février, vouloir "soutenir et protéger" les personnes les plus "vulnérables". Les équipes expliquaient ainsi désirer supprimer les contenus "autodestructeurs", et ce de plusieurs façons. Parmi elles, elles disent avoir comme objectif d’"aider les personnes en situation de besoin" et notamment celles qui publient ou cherchent des contenus "nocifs" en les dirigeant vers des associations.  C’est le cas pour les hashtags en rapport avec l’automutilation ou le suicide par exemple. Mais le lien avec le mot "grosse" est moins évident. Surtout que si ce terme est concerné, ce n’est pas le cas de "maigre", ni "mince". Et surtout, son équivalent masculin, "gros" semble lui aussi déroger à la règle, tout comme sa traduction anglaise "fat". Interrogée sur la question, l’application n’a pas encore donné de suite à LCI. 

J'ai été submergée de colère, cette fois ci un nouveau palier a été franchiAnouch Chaldjian, membre du collectif Gras Politique

Les militantes contre la grossophobie et les féministes n’ont, elles, pas tardé à réagir sur les réseaux sociaux. Elles décrivent notamment une "invisibilisation" et une "infantilisation" des femmes grosses. Parmi elles, la militante Olga, qui nous parle de sa propre expérience. La femme de 29 ans dit avoir constaté "plusieurs fois" que ses publications où elle affichait ses "bourrelets" pouvaient "être signalées voire même sauter automatiquement". Et ce alors alors qu’aucun téton de femme , automatiquement censuré par l’application, n’était visible. Et d’ajouter : "Des contenus qui en dévoilent nettement plus de la part de personnes minces, eux, restent souvent, en ligne."


Pour celle qui a choisi le pseudo "Amazing Graisse" sur Twitter, il y a un vrai problème de santé publique. "Isoler des personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire" mais aussi "priver des personnes grosses de représentations de corps non-minces" n'est "bénéfique à personne." Alors pourquoi Instagram a-t-il choisi de les cacher ? "L’application planque la poussière que nous sommes sous le tapis", s'insurge-t-elle. 

Mais ces femmes vont encore plus loin, décrivant le  réseau social comme globalement sexiste. Car les féministes sont régulièrement censurées sur des clichés de corps de femmes, jugés de nature pornographique par le réseau social. C’est pourquoi, si Olga dit être "en colère", elle n’a pas été surprise. "Oui, clairement, Instagram est sexiste, et ça ne date pas d'hier." 


Un sentiment partagé par Anouch Chaldjian. Cette militante de 36 ans estime même qu’un "palier a été franchi". "Malheureusement la nouvelle ne m'a pas étonnée vu le passif d'Instagram, tout comme de Facebook d'ailleurs, en matière de politique de censure des corps gros", confie-t-elle à LCI. Avec les autres membres du collectif Gras Politique, dont elle fait partie depuis deux ans, elles ont cherché une explication. Il s’agirait pour elles du simple "reflet" d’une société qu’elles jugent grossophobe et sexiste. "L’un des moteurs de la grossophobie ordinaire c'est de voir les personnes grosses comme étant malades, en manque de volonté" explique-t-elle. Une norme qui n’existe pas pour "un homme gros", perçu plus facilement comme un "bon vivant" d'après leurs observations. Et qui pourrait expliquer que le #gros ne soit pas concerné par cette stratégie "d’aide" instaurée par Instagram.  

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