La "brigade anti-discrimination" de Marlène Schiappa : coup de com' ou véritable avancée ?

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PARTAGÉS - Marlène Schiappa et Julien de Normandie ont lancé lundi une "brigade anti-discrimination" qui permettra de mettre en lien les victimes et les acteurs de lutte contre les discriminations via Facebook. Une initiative saluée par une partie des associations qui y voient un moyen intelligent de collaboration, mais dénoncé par d’autres comme un "grand coup de com'" à l’approche des Européennes.

C’est depuis le siège parisien de Facebook que la secrétaire d’Etat à l’Egalité femmes hommes a lancé, lundi, avec Julien Denormandie, ministre chargé de la Ville et du logement, la page "Brigade anti-discrimination" - baptisée BADI - afin de faciliter le lien entre victimes et acteurs de la lutte contre les discriminations. Comment ? En recueillant les témoignages de victimes et en les orientant vers des interlocuteurs compétents, associations, Défenseur des droits ou commissariat, pour qu'elle puisse déposer d’une plainte.


"Nous voulons dire aux personnes discriminées que le gouvernement est de leur côté, et aux personnes discriminantes qu’elles seront sanctionnées", ont écrit les deux ministres dans une tribune publiée dimanche dans Le Parisien. "C’est un dispositif d’alerte, un facilitateur de mise en en contact avec les associations et les dispositifs légaux existants", a précisé lundi Marlène Schiappa. 

Des avis partagés

Mais qu'en pensent les associations concernées ? Si certaines y voient une initiative moderne et efficace, d'’autres en revanche portent un regard plus sceptique et pointent une démarche surtout politique.

Pour Philippe Coen, président de l’association Respect Zone, qui lutte contre les cyberviolences, il faut y voir la démarche comme une aubaine. "C’est une excellente idée pour inclure le travail de la société civile à celui du gouvernement", estime-t-il, considérant les deux entités comme indissociables. Son association - qui n’a pas été conviée au sein de la "brigade" - travaillant en "connexion avec les territoires", il salue une initiative "moderne et expérimentale". "Plus il y aura des plateformes qui mettent en réseau les compétences, plus on fera notre travail de cohésion sociale."


Un avis loin d’être partagé par Guillaume Mélanie, qui ne voit pas comment cette brigade peut "changer la prise en charge des victimes" qui, il l’assure, "savent déjà s’orienter". Le président de l’association Urgence homophobie n’a pas non plus été convié au dispositif, et estime que la ministre fait fausse route. Il voit dans cette initiative une "sortie politique avant tout" et déplore un "grand coup de com'" à l’approche des élections européennes. 

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Marlène Schiappa expliquait lundi qu’une des missions de la BADI est de "sensibiliser toute la société afin d’abaisser le seuil de tolérance qui subsiste face à la haine". Mais pour Guillaume Mélanie "la priorité n’est pas là : il faut avant tout faire baisser le nombre de victimes, et donc lutter contre les discriminations", insiste-t-il. "Les gens en meurent, et Mme Schiappa nous apprend à composer le 112", ironise-t-il.


Sans ironie, Philippe Coen estime pour sa part que la "brigade" devrait servir ce travail de sensibilisation. "Les victimes ont du mal à connaître et comprendre leurs droits", explique-t-il. Et "la BADI peut être un vecteur efficace pour faciliter cette compréhension", poursuit-il, précisant que Respect Zone voudrait "apporter sa pierre à l’édifice" de ce dispositif.

"Plateforme bling bling"

Marlène Schiappa et Julien de Normandie espèrent également de cette page Facebook qu’elle permettra d’"évaluer la pertinence des politiques publiques existantes et de proposer des mesures concrètes et efficaces". 


Un travail en lien avec les partenaires du dispositif (SOS homophobie, SOS Racisme, Femmes Solidaires et d’autres) cette fois salué par le président d’Urgence homophobie. "Des efforts de formation sont faits par la Dilcrah, et pour le coup, c’est un plan intelligent qui commence à porter ses fruits", reconnaît-t-il. Dans ce sens, Schiappa assure que des salariés de la Dilcrah (Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine LGBT) "compétents" seront formés pour la plateforme, et "fourniront des réponses circonstanciées" aux victimes. 


Pour autant, Guillaume Mélanie martèle ne pas être "dupe" et fait plus confiance au "plan de lutte contre les discriminations" mis en place par son association en collaboration avec la mairie de Paris. Un plan qui "se construit de manière intelligente, en consultation avec les associations et tous les acteurs de terrain", contrairement à la "plateforme bling bling" proposée par Marlène Schiappa, qui "convie les associations à avoir du crédit". 


"Il vaut mieux être plus plutôt que moins", fait de son côté valoir Philippe Coen, qui voit dans la BADI un espoir de "voir enfin des programmes d’éducation être lancés d’une même voix par les associations et les ministères". Un travail en amont de "formation et de prévention" qui permettait de "lutter efficacement - avec les pouvoirs publics - pour l’égalité". 

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