Harcèlement en ligne par des journalistes : quelle est cette affaire de la "Ligue du LOL" ?

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Ligue du Lol : révélations en cascade contre des cyberharceleurs

RÉSEAUX SOCIAUX - La "Ligue du LOL", du nom d'un groupe Facebook privé, regroupait notamment des journalistes parisiens en vue, désormais accusés d'avoir harcelé de nombreuses personnes, en particulier sur Twitter. Plusieurs années après les faits, un article de Libération a été suivi de nombreux témoignages.

Des jeunes, pour la plupart journalistes ou travailleurs du web, surtout Parisiens, s'étaient réunis dans un même groupe Facebook entre la fin des années 2000 et le début des années 2010, quand Twitter n'était alors qu'un microcosme. Une dizaine d'années plus tard, ces mêmes journalistes, parfois très influents, parfois rédacteurs en chef de grands médias, sont accusés d'avoir harcelé pendant ces années de nombreuses personnes, dont plusieurs ont témoigné ces derniers jours sur les réseaux sociaux. L'affaire a fait réagir jusqu'à la secrétaire d'État à l'égalité femmes-hommes Marlene Schiappa.

Qu'est ce que la "Ligue du LOL" ?

La "Ligue du LOL" est un groupe Facebook privé qui regroupait ces personnalités influentes sur les réseaux sociaux. Dans un article publié le 8 février, Libération raconte l'histoire de ce groupe et de ses membres, fondé à la fin des années 2000 par le journaliste Vincent Glad, qui travaille désormais notamment pour Libération. Cet article a été écrit après que plusieurs personnes ont mentionné l'existence du groupe sur Twitter, notamment Daria Marx, cofondatrice du collectif "Gras politique" et militante anti-grossophobie. Celle-ci a raconté ensuite comment elle a été harcelé par des membres de la "Ligue du LOL". Dans les mois et les années précédentes, d'autres mentions des membres du groupe avait déjà été publiées, comme l'illustre le tweet ci-dessous.

Ce tweet évoque Vincent Glad, le fondateur du groupe, Alexandre Hervaud, également journaliste à Libération. Tous deux ont été interrogés par leurs collègues dans l'article du 8 février. "C'est un groupe d'amis Facebook, comme tout le monde en a", explique Vincent Glad. "On y faisait des blagues, un travail de veille, c'est d'un commun absolu, il n'y a jamais eu, à l’intérieur de ce groupe, d’obsession antiféministe. On se moquait de tout, et tout le monde", affirme Alexandre Hervaud. Le tweet fait également référence au podcasteur et vidéaste Guilhem Malissen, qui se faisait alors appeler "pornkid".

"Y ont figuré, et y figurent encore, une trentaine de personnes pour la plupart issues de nombreuses rédactions parisiennes, du monde de la publicité ou de la communication", poursuit l'article de Libération, qui donne également la parole au podcasteur Henry Michel, qui avait quitté le groupe : "Cette observation du petit monde de Twitter s’est cristallisée sur des personnes, c’est devenu des feuilletons avec des personnages récurrents, des obsessions de certains membres du groupe."

En vidéo

Cyber-harcelées : chroniques de l'impunité 2.

De quoi sont accusés les membres de la "Ligue du LOL" ?

L'article de Libération livre plusieurs témoignages de victimes de harcèlement, comme celui de Daria Marx ou de la journaliste Nora Bouazzouni. Mais après sa publication, d'autres témoignages accusant des membres de la "Ligue du LOL" ont été publiés sur les réseaux sociaux, comme celui de Matthias Jambon-Puillet, qui explique que "quelqu’un a commencé à diffuser un photomontage de moi en train de sucer un pénis (forcément l’homophobie) (encore une fois réalisé à partir de photo personnelle) sur un réseau de questions anonymes types Ask / Formspring / Curiouscat. Le montage était envoyé en masse à des mineurs, jusqu’à 12–14 ans, avec la mention 'Salut je suis @lereilly, j’adore sucer ça t’intéresse ?'. Chaque fois que quelqu’un répondait à la dite question, et pour peu que son compte soit lié à son twitter, la réponse + photo apparaissait avec la mention à mon compte, finissant donc dans mes notifications."

D'autres témoignages ont été publiés sur Twitter et sont à lire ci dessous. Dans le premier, Florence Porcel raconte avoir été victime d'un canular téléphonique, dans lequel un journaliste s'est fait passer pour le rédacteur en chef d'une émission pour l'embaucher, avant de publier l'enregistrement de l'appel. Peu après la publication de ce témoignage, le rédacteur en chef du magazine Les Inrocks, David Doucet, a admis être l'auteur du canular.

Comment ont répondu les membres de la "Ligue du LOL" ?

Outre David Doucet des Inrocks, plusieurs membres ou ex-membres de la "Ligue du LOL" ont publié un message d'excuses et/ou d'explication sur Twitter dans les jours qui ont suivi la publication de l'article de Libération et des témoignages de victimes. Parmi eux, entres autres, Vincent Glad, Alexandre Hervaud, Clément Poursain, Sylvain Paley, Loïc Rechi, Guilhem Malissen, Olivier Tesquet, Henry Michel, Renaud Loubert-Aledo. Stephen Des Aulnois, rédacteur en chef du "Tag Parfait", site consacré à la culture porno, a supprimé son compte Twitter, après avoir publié une première réaction. 

Ces messages des membres de la "Ligue du LOL" ont provoqué des réactions contrastées, certaines victimes acceptant les excuses de certains, mais d'autres non. Des internautes appellent à la démission de certains journaliste du groupe. Le site "Arrêt sur Image" se demande si cette affaire n'est pas le "#MeToo de la presse française".

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