La baisse du courrier justifie-t-elle vraiment la hausse du prix du timbre ?

La chute du volume du courrier semble inexorable depuis plus de dix ans.
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À LA LOUPE – À partir du premier janvier, l'affranchissement d'une lettre verte va dépasser la barre symbolique de l'euro, à 1,08 euro. Une conséquence de la baisse du volume de courrier envoyé, explique La Poste. Ces dernières années, celui-ci a en effet très fortement diminué.

Par la voie d'un communiqué, La Poste a expliqué jeudi qu'elle allait procéder dès le 1er janvier à "des ajustements tarifaires". Conséquence : "le prix de la Lettre verte, actuellement de 0,97 euro, s’élèvera à 1,08 euro tandis que le timbre prioritaire passera de 1,16 à 1,28 euro". Une décision qui s'inscrit dans "un contexte d’accélération de la baisse des volumes du courrier", précise l'entreprise. 

Il s'agira de la 9e année de hausse consécutive des tarifs pour l'envoi vers la France d'une lettre inférieure à 20 grammes. Celle de trop pour certains qui déplorent cette inflation sur les réseaux sociaux. "Chaque année ça augmente […] c’est un truc de malade", peut-on notamment lire parmi les réactions. La baisse du volume de courrier envoyé est-elle si importante que La Poste doit compenser mécaniquement avec un ajustement des tarifs ? C'est la position qu'elle défend, chiffres à l'appui. 

Une baisse continue des envois, année après année

Sollicitée par LCI, La Poste explique que pour 2020, les estimations permettent de tabler sur "une diminution des volumes qui se traduit par une perte de chiffre d'affaires de 650 millions d'euros". Un mouvement de fond puisque, depuis cinq ans, la baisse "a représenté en moyenne 6,5% par an"

Dans son rapport annuel sur les activités postales, l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep) notait à l'automne dernier qu'en 2018, "pour la première fois, moins de 10 milliards de plis ont été distribués en France ou exportés". L'Arcep qui nous apprend par ailleurs que la baisse est continue depuis maintenant douze ans, et que celle-ci s'accélère "à un rythme jamais atteint auparavant". La Cour des comptes, qui s'est penchée sur la santé de l'entreprise, a constaté que "le volume de lettres à distribuer est passé de 18 milliards en 2008 à un peu plus de 9 milliards en 2018". Il pourrait baisser, "si la tendance se poursuit, à 5 milliards en 2025".

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Consciente que cette baisse des volumes, liée notamment à la généralisation des courriers électroniques et à la dématérialisation des factures est inexorable, La Poste n'a pas opté pour une stratégie visant à maintenir des tarifs préférentiels afin de stimuler la demande. Actant le recul du courrier traditionnel, elle a donc plutôt opté pour une hausse des tarifs : de quoi réduire quelque peu les pertes, mais en accélérant également la baisse puisqu'une augmentation entraîne aussi une perte de clients supplémentaire. 

"L'augmentation tarifaire doit permettre d'assurer la pérennité du service universel", justifie La Poste. "Si le volume de courrier baisse, les facteurs continuent de parcourir tout le territoire 6 jours sur 7. La qualité de service doit elle-aussi être maintenue, sans parler des investissements que doit consentir l'entreprise et qui ont forcément un coût." Et de citer le financement d'infrastructures logistiques pour la gestion des colis, ou le déploiement d'une flotte de véhicules électriques.

Des activités annexes pas suffisantes

L'activité courrier de La Poste n'est aujourd'hui la seule de l'entreprise, qui s'est progressivement diversifiée au fil des années. Si elle reconnaît profiter de l'essor de "nouveaux services dans le numérique ou la santé", l'entreprise est claire : "Ces diversifications restent assez nouvelles et ne suffisent aujourd'hui pas à compenser la baisse du courrier."

 

Consciente que "le réseau de traitement et de distribution du courrier se caractérise par des coûts fixes prédominants", la Cour des comptes a incité La Poste à poursuivre sa politique de diversification et a traqué les dépenses superflues dans son fonctionnement. Elle a effectué une série de préconisations, parmi lesquelles la réduction du nombre de boîtes aux lettres sur la voie publique. Les relever et les entretenir représente en effet un coût non négligeable. 

Engagée dans une vaste transformation, La Poste ne peut que constater depuis plus de dix ans une baisse majeure du volume de lettres envoyées. Une diminution qui entraîne logiquement une hausse des tarifs d'affranchissement, la prochaine étant prévue au 1er janvier 2021. Si cette augmentation peut sembler inexorable, en raison notamment des coûts de fonctionnement incompressibles de l'entreprise, force est de constater que les mesures de compensations censées enrayer les pertes vont perpétuer voire accentuer la baisse des envois de courrier.

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