Le 10 juin 1944, le jour où Oradour-sur-Glane est devenu village martyr

Plus qu'un mur dégradé, c'est une mémoire collective souillée par des mots. Ce matin, les premiers visiteurs ont découvert des graffitis révisionnistes sur le mur du centre de la mémoire d'Oradour-sur-Glane. Les condamnations sont unanimes.
Population

HISTOIRE - Le 10 juin 1944, 642 habitants d'Oradour-sur-Glane, petit village de Haute-Vienne, sont massacrés par la division SS "Das Reich". Ce village martyr est devenu, au fil des années, le symbole de la barbarie nazie.

Un dégoût à la mesure du symbole visé. La découverte de tags négationnistes à l'entrée des ruines d'Oradour-sur-Glane en Haute-Vienne ont provoqué ce samedi 22 août une vague de réaction outrées jusqu'au plus haut sommet de l'Etat. Jugeant les faits "inqualifiables", Emmanuel Macron a promis que "tout sera fait" pour en retrouver les auteurs. Selon le maire de la commune, Philippe Lacroix, si des vidéos négationniste ont déjà circulé sur internet concernant le village martyr, jamais de telles inscriptions n'avaient été vues. "Qu'on barre le mot martyr, qu'on mette 'menteur' et le nom d'un révisionniste à la place, vous comprenez que nous sommes choqués", relève l'édile. 

Une indignation unanime qui fait écho à l'histoire même de ce bourg tranquille du centre de la France, dans lequel 642 habitants, hommes, femmes et enfants, furent exterminés par les soldats de la division SS "Das Reich", le 10 juin 1944. Un massacre et une date à jamais gravés dans les mémoires. 

Ce 10 juin 1944, la journée se déroule presque comme une autre à Oradour-sur-Glane. Certaines cultivent leurs champs, d'autres s'occupent des enfants ou parlent du prochain match de football. Loin de cette quiétude apparente, à l'autre bout du pays, les alliés viennent de débarquer en Normandie quatre jours plus tôt. Un événement qui pousse l'armée nazie à faire route vers ce nouveau front. 

C'est le cas de la division "Das Reich" qui, mise à mal par les maquisards depuis son départ de Montauban, s'apprête à commettre la pire tuerie de civils perpétrée en France lors de la Seconde Guerre mondiale. Son objectif, macabre : rayer le village de la carte. "Pour faire un exemple", avoueront plus tard, lors d'un procès, certains rescapés de l'unité. 

Les morts parlaient - Marcel Darthout, survivant du massacre

Il est 14h lorsque la division entre dans le village et l'encercle. Les Radounauds (le nom des habitants d'Oradour-sur-Glane, ndlr) sont alors rassemblés sur la place du village. Certains tentent de s'enfuir, ils sont immédiatement abattus. Des scènes d'horreur après lesquelles le maire de l'époque, le Dr Desouteaux, est sommé de désigner des otages. Impossible.

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Devant son refus, les SS divisent les habitants par groupes : les hommes d'un côté, les femmes et les enfants de l'autre. Les premiers sont emmenés dans une grange. Ils y seront fusillés et le bâtiment brûlé. "Quand tout le monde a été tué, ils ont commencé à parler comme si de rien n’était. Puis ils ont commencé à nous recouvrir de paille, de foin… Toutes les saletés que contenait ce hangar", racontait Marcel Darthout, un survivant du massacre aujourd'hui décédé, en 2013, au micro de France Culture. "Pendant qu’ils faisaient le tour, j’avais touché la main de quelqu’un, une main toute humide : "Qui es-tu ? Aliotti. Et toi ? Marcel Darthout. Qu’est-ce que tu as ? Les jambes cassées", m’a-t-il répondu. Comme ils nous avaient recouvert, on a pu parler. Quelqu’un a dit : "Ils sont partis". Les morts parlaient. On était peut-être dix dessous à parler. A un moment donné, quelqu’un a dit "Les voilà, ils reviennent." C’est là que j’ai entendu le petit bruit de la flamme qui brûle, la paille avait commencé à brûler."

Les femmes et les enfants, eux, sont emmenés dans l'église, enfermés, sans issue pour s'échapper. L'édifice sera lui aussi incendié, sa cloche retrouvée fondue. Marguerite Rouffanche, née Thurmeaux, sera la seule à en sortir vivante, rejoignant la trentaine d'autres rescapés qui, dans diverses circonstances, auront réussi à échapper à l'hécatombe. 

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