Hommage à Samuel Paty : pourquoi la lettre lue ce matin était-elle tronquée ?

Hommage à Samuel Paty : pourquoi la lettre lue ce matin était-elle tronquée ?

HOMMAGE - La lettre de Jean Jaurès qui a été lue ce lundi dans les classes en hommage à Samuel Paty n'était pas complète. Il manquait un paragraphe très critique du système des examens. Le ministre de l'Education nationale s'en est expliqué.

C'est l'un des temps forts de l'hommage rendu ce lundi 2 novembre à Samuel Paty dans les établissements scolaires de France. Il s'agit de la lecture de la lettre de Jean Jaurès "aux instituteurs et institutrices". Hommage ému à l'enseignement, ponctué d'envolées lyriques sur ceux qui en ont la charge, les mots de Jaurès - écrits en 1888 alors qu'il n'est qu'un jeune député - ont résonné à 11h dans les classes. Mais avec quelle version de ce texte les professeurs et les élèves ont-ils rendu hommage au professeur assassiné et, à travers lui, au métier d'enseignant ? 

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Un paragraphe entier a disparu

"Vous tenez en vos mains l'intelligence et l'âme des enfants, vous êtes responsables de la patrie." C'est ainsi que débute la lettre, publiée dans le journal toulousain La Dépêche, toujours disponible  sur le site et accessible facilement en ligne. Mais ce n'est pas cette version qu'a choisie, dans un premier temps, l'Education nationale sur son site. Tout au long du week-end, de nombreux enseignants ont en effet dénoncé des  modifications effectuées par le gouvernement sur le texte original. 

Dans son dossier pédagogique réalisé "afin d'accompagner la mise en œuvre du temps pédagogique consacré aux valeurs de la République", deux versions étaient en effet proposées encore ce lundi matin sur les site de l'Education nationale. La première, courte, fait deux pages, et est destinée aux plus jeunes. La deuxième est présentée comme une "version longue". Seulement, elle est incomplète. Il manque un paragraphe. Or, c'est dans celui-là que Jean Jaurès vient vanter l'autonomie des professeurs et critiquer la sur-évaluation. Le voilà retranscrit selon le texte intégral : "J'en veux mortellement à ce certificat d'études primaires qui exagère encore ce vice secret des programmes. Quel système déplorable nous avons en France avec ces examens à tous les degrés qui suppriment l'initiative du maître et aussi la bonne foi de l'enseignement, en sacrifiant la réalité à l'apparence ! Mon inspection serait bientôt faite dans une école. Je ferais lire les écoliers, et c'est là-dessus seulement que je jugerais le maître."

Or, de nombreux enseignants voient dans ces mots-là un écho aux critiques qu'ils font au gouvernement et à sa réforme de l'école. En le supprimant, ils estiment qu'il y a une "volonté politique de récupération" de la part du ministère de l'Education nationale. C'est en tout cas ce que dénonce Sud Education dans un communiqué. Décrivant un "caviardage", de la lettre, le syndicat estime que la phrase supprimée "résonne singulièrement avec le projet d'école de Blanquer : des évaluations nationales imposées aux élèves et personnels, réforme du baccalauréat et du lycée, épreuves de contrôle continu dans le déni des besoins des éléves, des familles et personnels, parcoursup".

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La lettre qui ne comporte "rien de tabou" mise en ligne en intégralité

Interrogé par un auditeur sur France inter, le principal intéressé a regretté une "polémique typique de ce que l'on a de nos jours". Selon lui, si les services pédagogiques ont fait ce choix, c'est uniquement parce que la  lettre est "très longue". "C'est ce qu'on fait habituellement (...) Des paragraphes ont été enlevés", a reconnu Jean-Michel Blanquer. Pourquoi alors choisir ceux qui, justement, évoquent le système d'examens? "Car, ça a trait au certificat d'études, qui a disparu depuis longtemps", explique le ministre. Pour lui, il s'agit d'une simple "suggestion pédagogique" afin d'éviter les "anachronismes" et non pas d'une censure. Libre à chacun de s'approprier le texte complet. Le ministre de l'Education nationale a conclu en indiquant que cette lettre ne comportait "rien de tabou" et qu'elle serait mise en ligne dans son intégralité. Elle a en effet été ajoutée ce matin vers 10 heures sur le portail Eduscol.  

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