"Il faut donner un espoir à la filière" : après le prolongement des mesures sanitaires, le monde du spectacle exige des garanties

Jean Castex annonce un durcissement des mesures contre l'épidémie
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CULTURE - Le prolongement jusqu'au 30 octobre de la jauge des 5.000 personnes pour les événements culturels et festifs inquiète le secteur. Si le doute planait déjà sur un reprise normale des salles de concert et des festivals à la rentrée, les professionnels regrettent l'absence de mesures concrètes pour les accompagner.

"Un pas en avant, un pas en arrière, un pas sur le côté. On est perdu". Cette chorégraphie-là, Yves Bommenel, président du syndicat des musiques actuelles, il n'en peut plus. Alors qu'au début du mois d'août, la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot annonçait l'assouplissement des restrictions sanitaires pour les rassemblements culturels - autorisant à accueillir plus de 5.000 personnes "sous conditions" à partir du 15 août, deux jours plus tard, l'annonce était suivie d'un correctif soulignant que même après le 1er septembre, il sera obligatoire de recevoir l'accord du préfet pour organiser un concert. 

Le flou autour de la question régnait encore quelques jours avant que le Premier ministre, Jean Castex n'annonce finalement le mardi 11 août que la jauge des 5.000 personnes serait maintenue jusqu'au 30 octobre, en raison de la dégradation de la situation sanitaire. Pour les salles et les festivals qui ont capacité d'accueil supérieure, organiser un événement sous ces conditions n'est pas rentable. Pour l'être, il faut remplir entre 70 et 90% des ses capacités, rappelle Yves Bommenel. 

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Cette mesure est assez "brutale" pour Angelo Gopee, PDG de Live Nation France, l'un des leaders mondial du spectacle basé en France. "Là, c’est tombé comme ça du jour au lendemain, sans discussions auparavant, alors que les gens sont en vacances et se reposent après des mois et des mois de difficultés et d’incertitudes". Si ce dernier s'attendait un peu à ce que la reprise plus ou moins normale des concerts et des spectacles ne se fasse pas de si tôt, il regrette cependant un "effet d'annonce" qui ne présente aucun plan d'accompagnement ou de soutien.  

"C'est le noir absolu"

"C'est tombé comme une espèce d'épée de Damoclès au-dessus de notre tête et sans personne en face avec qui discuter" ajoute-t-il. En pleine période de vacances, difficile de se préparer et de réorganiser sa rentrée, estime le producteur. D'autant que le secteur était quasiment à l'arrêt depuis la mi-mars. "Un accompagnement social, économique, psychologique et académique [les patrons d'entreprises voulaient proposer des formations aux salariés], voilà beaucoup de choses qu'on n'a pas réussi à mettre en place et sur lesquels on ne va pas discuter."

Au lendemain des annonces du Premier ministre, son téléphone n'a pas arrêté de sonner. Au bout du fil, des salariés et des partenaires qui se posent beaucoup de questions. "Est ce qu'il y a des mesures de sauvegarde ? Est-ce que le chômage partiel va être activé et confirmé pour notre secteur jusqu'à la fin de l'année ? Idem pour l'exonération de charges qui avait été mise en place jusqu'à juin ? Parce qu’on est parti pour une reprise qui ne se fera pas avant 2021". Il s'inquiète notamment pour le secteur privé de la culture, "qui n'a pas d'aide, pas de subventions, et qui est aujourd'hui dans le noir absolu".  

En France, la culture représente 2,2 % du PIB et un 1,5 million d’emplois. "Producteurs, artistes, artisans, techniciens, boites de sécurité, entreprises de transports, c'est toute une filière qui travaille autour", rappelle Angelo Gopee. "Il faut leur garantir qu'ils garderont leur emploi, il faut les occuper, il faut qu'on puisse donner un espoir à la filière."

"Plus vous avancez vers la date, plus vous engagez de frais"

Pour les professionnels du spectacle, le scénario d'avril semble se répéter. "Beaucoup se questionnent sur le maintien ou non des festivals et des tournées, y compris ceux en fin d'année" soutient Yves Bommenel. A quelques semaines de la rentrée culturelle, c'est un coup de poker pour les organisateurs. "Plus vous avancez vers la date, plus vous engagez de frais" explique le président du SMA. Annuler au dernier moment revient évidemment à perdre une partie conséquente d'argent. "Tout va se jouer à la fin du mois, mais ça sent pas très bon."

Le secteur le plus touché, c’est le nôtre- Angelo Gopée, PDG de Live Nation France

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Le gouvernement avait réservé la date du 24 août pour annoncer le plan de relance économique, très attendu par ces professionnels, qui ne souhaite pas "être la cinquième roue du carrosse". "Les avions ont repris, les trains ont repris, les hôtels ont rouvert. Le secteur le plus touché, c’est le nôtre" réaffirme le producteur. Des différences qui laissent un goût amer à Yves Bommenel. "J'ai l'impression que ce qui compte, ce sont les vieilles industries et pas les industries créatives".

Dans les prochaines semaines, il espère donc avoir une vision plus claire, mais surtout une méthode. "On veut arrêter d'avoir cette communication qui va dans tous les sens, on veut des réponses et on veut savoir si oui ou non, on fera partie du bateau ou non". 

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