"Il n'y a pas de souci entre communautés" : des Tchétchènes de France témoignent

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TÉMOIGNAGE - La ville de Dijon a été le théâtre de violents affrontements impliquant des membres de la communauté tchétchène. Des représentants de cette première se dédouanent de tout conflit "communautaire". Et disent avoir visé les "trafiquants de drogue".

Ils dénoncent les expéditions punitives. Mais, paradoxalement, les justifient. Au lendemain d'affrontements ultra-violents entre des dizaines de Tchétchènes et des habitants d'un quartier de Dijon - issus , selon le procureur de la République, de "la communauté maghrébine -  LCI a interrogé des Tchétchènes vivant en France. S'ils appellent à "l'apaisement" et à "trouver une solution dans le cadre légal", pour reprendre les mots du porte-parole de l'Assemblée des Tchétchènes d'Europe, ils lancent un signal d'alarme. Et demandent à ce qu'on ne "ferme plus les yeux" sur leur situation.

"La situation est grave"

Alkabov Chamil, membre de l'Assemblée des Tchétchènes d'Europe, résume ainsi les derniers événements : "Les trafiquants ont cherché à intimider les Tchétchènes, qui ont riposté." S'ils confessent bien volontiers que "ce ne sont pas des moyens qu'il faut utiliser dans un état de droit", il partage auprès de LCI le sentiment d'abandon de sa communauté. "On sait très bien comment ça se passe dans certains quartiers, dans ces territoires très mal gérés. Et c'est là que nous vivons." Se disant témoin du "non-respect de toutes les règles possibles" cet habitant de Strasbourg dit avoir perdu tout espoir que la police protège les populations dans ces zones. Et tandis que cette communauté "ferme habituellement les yeux" sur les trafics illicites en tout genre, cette "patience a une limite". "A un moment, quand ces gens qui font la loi dans les quartiers commencent à toucher physiquement à nos membres, ça donne une réponse comme ça."

Une limite qui semble donc avoir été franchie après l'agression présumée d'un jeune ressortissant à Dijon mercredi dernier. Poussant des dizaines de membres de cette communauté à se mobiliser. 

Si le nombre précis de Tchétchènes résidant en France est impossible à déterminer puisqu'ils sont comptabilisés dans l'ensemble des chiffres des citoyens russes, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides estime à "15.000 environ" le nombre de réfugiés russes vivant en France, dont de nombreux Tchétchènes. Une "petite communauté", qui "après avoir passé 70 ans sous le régime soviétique, à être oppressée, déportée, considérée comme l'ennemi" a le sentiment d'entraide "dans son sang". "C'est comme une espèce de réflexe", nous dit Alkabov Chamil. 

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REGARDEZ - A Dijon, des riverains inquiets suite aux violences de ces derniers jours

Entraide, oui, mais qui ne vise aucune communauté, affirment-t-ils. Le procureur de la République de Dijon avait pourtant résumé les faits ainsi : "Il s’agit d’une dérive communautariste et raciste, avec une expédition punitive de Tchétchènes, une vengeance, sur des membres de la communauté maghrébine, qui auraient agressé un jeune homme, peut-être dans le cadre d’une affaire de trafic de drogues. Cette expédition punitive n’a, à aucun moment, ciblé les forces de l’ordre", a indiqué le procureur Eric Mathais à la Nouvelle République.  Et quand Marine Le Pen, qui tente d'occuper le terrain médiatique sur la question, parle de "guerre ethnique", accusant même les protagonistes d'"ensauvagement", ceux que nous interrogeons se défendent de tout conflit racial. Pour eux, la seule cible sont les "vendeurs de drogues" dont "la police ne s'occupe pas".  "On n'est pas en conflit avec les forces de l'ordre, ajoute encore Alkabov Chamil . On ne veut pas se confronter avec elles. Au contraire, on se révolte contre les trafiquants."

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Il n'y a "pas de souci" entre les communautés

Un communautarisme bien assumé. Qui a poussé des Tchétchènes de tout l'Hexagone à se rendre en Côte d'Or. Depuis Nice, Sayd Ousmanov, en a ainsi vu partir. Représentant de l'association Bart-Marsho, il estime "normal" que certains soient partis "aider ce compatriote". Lui aussi exclut cependant toute vendetta contre une communauté précise. Et dit lutter uniquement "pour la liberté".  "Ici, en France, où il y a cette liberté, on ne peut pas s'imaginer se la voir retirer par des dealeurs qui bloquent des rues pour leur trafic, font des problèmes dans les écoles ou nous font du mal."  Excluant un "problème avec une nationalité en particulier", il note d'ailleurs que ceux qui se sont opposés tout le week-end sont issus de groupes "voisins et amis". Comme IbraTV, la star franco-tchétchène la plus célèbre sur les réseaux sociaux, les personnes que nous avons interrogées évoque même la "fraternité" entre ces deux communautés. 

"On va à la mosquée ensemble, nos enfants vont dans la même école. Tout se passe très bien." Raison pour laquelle l'heure est aujourd'hui à l'appel au calme. Se disant toutes "victimes" de la délinquance, "comme les Arabes",  les personnes que nous interrogeons nient donc en bloc les propos de Christian Estrosi. Sayd Ousmanov accuse même le maire LR de Nice, qui a évoqué de "violents affrontements communautaires sur fond de trafic de drogue", de mentir. "On appelle pas toute notre communauté pour récupérer un point pour vendre de la drogue. Ce n'est pas vrai. Entre Tchétchènes, on ne protège pas les vendeurs de drogue." Pour le représentant de l'Assemblée des Tchétchènes d'Europe, ces remarques sont même "complètement déplacées". "Les réactions politiques négligent toutes totalement le vrai problème de cette situation."

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