Les très chères expulsions forcées de migrants par l'État français

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IMMIGRATION - Deux députés ont enquêté sur le coût et l'efficacité des retours à la frontière d'étrangers en situation irrégulière. "Le Parisien" publie ce mardi en avant-première leurs conclusions. Aux expulsions forcées, ils préconisent de favoriser les retours aidés, beaucoup moins coûteux.

En 2018, les expulsions d’étrangers en situation irrégulière et leur reconduite à la frontière a coûté un demi-milliard d’euros aux finances publiques. Pour connaître précisément le coût des expulsions, contrôler l'action du gouvernement en la matière et identifier des leviers d'économie, des députés en charge du budget de la mission Immigration, Asile et Intégration ont enquêté. Le Parisien publie ce mercredi en avant-première les résultats du travail de Jean-Noël Barrot (MoDem) et Alexandre Holroyd (LaREM), qui sera présenté jeudi en commission des Finances.


Tout d'abord, ils constatent que les éloignements forcés (70 à 80% des reconduites à la frontière) coûtent près de six fois plus cher qu'un retour aidé (consentis et accompagnés d'une aide financière) : 13.800 euros contre 2500. 


Les députés préconisent donc d’inverser ces résultats et de favoriser les retours aidés. "L’aide financière au retour fonctionne bel et bien. Une augmentation de 30% du pécule alloué permet d’augmenter de 30% le taux de retour vers certains pays. L’aide au retour n’est pas un effet d’aubaine. Mais attention, pour que l’efficacité soit maximale, il faut cibler les destinations", explique Jean-Noël Barrot au Parisien

Retours aidés : viser les ressortissants de pays comme l'Afghanistan et le Pakistan

Selon lui, il faut viser certains pays en priorité, ceux "où les ressortissants ont besoin d’un visa pour entrer en France. Il s’agit souvent de destinations lointaines comme l’Afghanistan ou le Pakistan. Actuellement, ces destinations sont très peu représentées parmi les 20 premières nationalités concernées par les retours aidés. Or, sur 110.000 interpellations en 2018, 95.000 personnes venaient de ces pays soumis à visa", continue-t-il. Pour un retour aidé, les étrangers reçoivent d'après les chiffres du Parisien un pécule de 900 euros et une aide à la réinsertion de 945 euros.


Le rapport pointe également les défaillances des éloignements forcés. En 2018, seules 12% des 103.852 obligations de quitter le territoire ont été suivies d’effet. Les personnes invitées à quitter le territoire le font rarement seules. Ce n’est qu’en cas de contrôle et interpellation - d'un coût de 550 euros - qu’elles peuvent alors faire l’objet d’un éloignement forcé. Avant d’être renvoyées chez elles, elles seront hébergées en centre de rétention administrative (pour un coût de 5710 euros).


Les effectifs sont également insuffisants côté français pour assurer le processus, notamment dans les escortes. Les députés constatent également que les vols retours réservés sont régulièrement annulés par les compagnies aériennes.

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