Incendie à Rouen : pourquoi de l'eau noirâtre coule de quelques robinets d'eau ?

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POLLUTION - Des vidéos d'eau du robinet noirâtre, voire violacée, ont été publiées par des habitants de l'agglomération de Rouen et largement partagées. Pourtant, les autorités ont assuré de nouveau ce lundi que l'eau courante des 71 communes de la métropole est potable. Qu'en est il vraiment ? LCI a cherché à en savoir plus sur ce phénomène.

EDIT 01/10/2019 - Des analyses ont été réalisées ce mardi matin dans l'appartement et l'immeuble de Noémie. L'agence Régionale de Santé confirme que l'eau du robinet est propre à la consommation. La couleur noire s'explique par une oxydation des tuyaux. "Il s'agit d'un immeuble vétuste, explique Eric Herbet, directeur de l'eau à la métropole Rouen Normandie. Les tuyaux sont anciens, en acier, ce qui ne se fait plus aujourd'hui et nous avons découvert qu'ils étaient corrodés. L'eau se charge tout simplement en oxyde de fer ce qui lui donne cette coloration."

Les alertes se sont multipliées ce dimanche. Des personnes, résidant à proximité du site industriel de Lubrizol de Rouen, ont découvert avec stupeur que l'eau de leur robinet était noirâtre. Une situation dont ils se sont inquiétés sur les réseaux sociaux, photos et vidéos à l'appui. A chaque fois, la même question : l'eau est-elle réellement potable comme l'indique les autorités ou contient-elle des polluants issus de l'incendie de l'usine chimique survenue dans la nuit de mercredi à jeudi ?

Dimanche après-midi, Ben poste une photo d'un évier rempli d'une eau trouble. "Heureusement qu'on nous a dit que l'eau est potable à Rouen", indique-t-il ironiquement en commentaire. En un jour, le tweet a été partagé plus de 17.000 fois. Il précise qu'il s'agit du domicile de sa sœur, située à Mont-Saint-Aignan, une commune proche de Rouen qui a été touchée par le panache de fumée de l'incendie. Pour convaincre les plus sceptiques, il ajoute une vidéo, montrant l'eau couler dans ce même évier, enregistrant en quelques heures plus de 130.000 vues ainsi que celle d'une chasse d'eau dans les toilettes. 

La soeur de Ben a elle-même partagé ses inquiétudes sur Twitter, laissant croire à un deuxième cas. Les photos postées par "MissNoemie76" montrent bel et bien le même lavabo que celui de Ben, un porte-savon transparent à fleur et un savon marron sur le côté gauche, ainsi qu'un verre comprenant une brosse à dent et un dentifrice identiques. La jeune femme explique habiter dans le "quartier du campus, juste derrière la fac de lettres de MSA." 

Noémie n'est pas la seule à connaître cette situation. "La même chez moi", répond une internaute à un tweet de Ben, tout en postant une photo de son lavabo emplie d'eau jaunâtre. 

Nous avons répertorié un troisième cas. Celui de Jade, dont la vidéo postée sur Twitter et Facebook, a eu la plus grande résonance : plus d'un million de vues. Contacté par LCI, cette étudiante de 17 ans nous indique vivre en appartement, sur les hauteurs de Rouen, "près du lycée Gustave Flaubert". La jeune femme a découvert ce problème dimanche à 21h et nous avoue être "inquiète de l’eau du robinet" depuis et boire de l'eau en bouteille.

Trois cas isolés

Ces trois cas semblent être isolés. A un internaute qui s'étonne d'habiter la même commune que Noémie, "du côté de Colbert" mais d'avoir une eau claire dans ses murs, la jeune femme reconnaît que le problème n'est pas général : "J'ai été travailler aux coquets ce matin et ils n'ont pas le problème non plus..."

Pour l'ensemble des cas, la situation est revenue à la normale ce lundi matin, sans aucune intervention extérieure. "Ce matin je n’avais plus d’eau noire elle était normale", nous indique Jade, tout en soulignant qu'elle compte bien vérifier si c'est toujours le cas en rentrant chez elle ce soir.

"Ce matin à 7h, eau normale, note également Noémie. À 10h, légèrement teintée mais pas autant qu'hier." "Ma sœur a quand même contacté la métropole qui lui a dit que d'autres personnes ont téléphoné pour se plaindre, indique Ben, et qu'ils vont enquêter pour déterminer si c'est lié ou pas à Lubrizol."

C'est bien la métropole Rouen Normandie qui est en charge de l'approvisionnement de l'eau dans ses 71 communes. Un numéro vert, appelé "Ma Métropole (0 800 021 021) permet à tout riverain de nous alerter sur nos compétences", notamment la qualité de l'eau courante, nous indique l'institution. 

La Métropole se veut rassurante et rappelle tout d'abord les résultats des dernières analyses. "Les réservoirs d’eau potable de la Métropole de la rive nord, sur laquelle s’est concentré le panache de fumée, ont tous été vérifiés", en lien avec l'Agence Régionale de Santé (ARS) Normandie , souligne-t-elle. "Des analyses ont été réalisées par le laboratoire indépendant LABEO sous le contrôle de l’ARS le 26 septembre sur les réservoirs d’eau potable de l‘agglomération et le 27 septembre sur ceux de Morgny la Pommeraye. L’eau distribuée sur les 71 communes de la Métropole Rouen Normandie est potable. Aucune trace de contamination n’a été relevée."

Le cas de Noémie sera étudié ce mardi. "Un rendez-vous a été pris avec Eaux de Normandie à 11h30, elle n'était pas disponible avant", explique la Métropole, mais déjà toute pollution semble écartée.  "Son frère habite dans le même immeuble mais n'a observé aucune altération de l'eau. S'il y avait pollution de l'eau, tout l'immeuble serait touché". D'ailleurs,  "la jeune femme a déjà eu des problèmes de coloration de son eau du robinet par le passé. Il semble que le problème soit dû à ses canalisations."

Les autres personnes concernées ne se sont pas encore tournées vers la Métropole, malgré des tentatives de prise de contact par l'institution via les réseaux sociaux, nous assure-t-on. Elles sont invitées à appeler le numéro vert Ma Métropole pour effectuer des analyses plus poussées à leur domicile.

Catherine Bouquet, ingénieure sanitaire à l'ARS, prône le même discours. "Nous relayons tout signalement à l'autorité concernée, ici la métropole de Rouen Normandie." Pour chaque cas, une équipe est envoyée sur place pour constater la situation et effectuer des prélèvements. "Je ne vois pas de liens entre ces cas et l'incendie. Il n'y a en tout cas aucune explication scientifique". 

Alors, comment expliquer cette coloration de l'eau ? Pour l'ingénieure sanitaire, ces cas n'ont rien d'extraordinaire. "Cela peut arriver lorsqu'on effectue des travaux chez soi ou que des travaux sont réalisés sur le réseaux. Des particules qui étaient en suspension dans les tuyaux peuvent se retrouver dans l'eau. On le voit également dans les résidences secondaires. Il peut y avoir de l'eau qui a stagné longtemps et créé des problèmes de corrosion qui vont colorer l'eau." Une analyse que semble valider le cas de Noémie, qui semblait connaitre des problèmes de canalisation. 

Les autorités ne négligent pas le fait qu'une pollution future puisse apparaître, à la suite d'une potentielle pollution des nappes phréatiques, notamment par le biais des eaux de pluie ayant entraîné des polluants, hydrocarbures et suies de l'incendie. Un contrôle renforcé a donc été mis en place sur les captages de l'eau. "Des prélèvements complémentaires sont effectués quotidiennement sur les captages les plus vulnérables pour surveiller la qualité de l'eau". Présence de métaux, hydrocarbures, dioxines, tout est passé au peigne fin. "Ce qui est sûr, c'est que nous prenons les choses très au sérieux", conclut l'ingénieure.

Détail des analyses effectuées les 26 et 27 septembre par l'ARS Normandie :

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