Incendie de l'usine Lubrizol : un rapport du Sénat juge sévèrement la gestion de l'État

Incendie de l'usine Lubrizol : un rapport du Sénat juge sévèrement la gestion de l'État
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RAPPORT - Huit mois après l'incendie de Lubrizol, la commission d'enquête du Sénat dénonce "des angles morts inacceptables" dans la politique de prévention et épingle le gouvernement dans un rapport publié jeudi.

"Cacophonie", "indulgence", "manquements"... Les conclusions de la commission d'enquête du Sénat sur l'incendie de Lubrizol, survenu le 26 septembre 2019 à Rouen, où près de 9.505 tonnes de produits chimiques avaient brûlé, sont sans appel. Dans un rapport de 286 pages, publié ce jeudi 4 juin auquel Le Monde a eu accès, la commission chargée d'évaluer l'intervention des services de l'État dans la gestion des conséquences environnementales, sanitaires et économiques de l'accident dénonce des "angles morts inacceptables" dans la politique de prévention des risques industriels en France.

"La politique de prévention des risques industriels déployée depuis 40 ans en France laisse apparaître des angles morts importants et inacceptables", écrivent les rapportrices Christine Bonfanti-Dossat et Nicole Bonnefoy. "Les crédits budgétaires alloués par l'État à la prévention des risques technologiques diminuent tendanciellement depuis plusieurs années", ajoutent les sénatrices LR et PS. Elles pointent en outre "le nombre réduit de sanctions prononcées" à l'encontre des pollueurs. Et elles estiment "urgent de revoir la doctrine de communication de crise de l'État" consistant à "vouloir rassurer à tout prix".

Un suivi sanitaire "tardif et incomplet"

La politique de prévention n'est pas la seule épingler dans ce document. La commission d'enquête du Sénat charge aussi l'ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn. "À l'instar du suivi sanitaire proprement dit, l'identification du risque sanitaire telle que pratiquée par le ministère de la Santé, a été à la fois tardive et incomplète", peut-on lire dans les conclusions sur cet "accident industriel majeur", sans victime "apparente", qui avait provoqué un immense nuage de fumée noire de 22 kilomètres de long avec des retombées de suie jusque dans les Hauts-de-France, et fait l'objet de "200.000 tweets en 24 heures".

Pour la commission présidée par le centriste Hervé Maurey, la méthodologie adoptée par le ministère de la Santé pour le suivi sanitaire est "problématique". "Il ressort (...) qu'il est impossible de se prononcer de manière définitive sur l'impact sanitaire de l'incendie Lubrizol, au vu des seules données récoltées dans le cadre de la surveillance environnementale, ces dernières étant totalement ou partiellement inexploitables", poursuivent les sénatrices. Même "à court terme, malgré un bilan globalement rassurant, demeurent un risque d'exposition au benzène pour les populations situées sur le site de l'usine Lubrizol le jour et le lendemain de l'incendie ainsi qu'une incertitude importante concernant les dioxines et furanes". Le rapport pointe un "problème de plus long terme : les débats autour de fibres d'amiante dans le panache".

Le gouvernement montré du doigt

Le rapport dénonce en outre la décision du ministre de l'Agriculture Didier Guillaume "prise dans l'urgence" de lever l'interdiction de vente du lait produit dans 200 communes. Prise "trois jours avant la publication du premier avis de l'Anses (autorités sanitaires, ndlr)", elle "paraît prématurée : elle n'a pas pu tenir compte des fortes réserves émises (...) confirmées dans les avis subséquents". Le gouvernement a ensuite "fait fi du caractère incomplet de l'analyse des prélèvements d'air".

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L’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen

La ministre de la Transition écologique Élisabeth Borne n'est pas en reste. Son objectif affiché, à la suite de la catastrophe survenue sur le site Seveso seuil haut, "d'augmentation de 50% des contrôles d'ici 2022 à effectifs constants" est "peu réaliste", selon le document. Car "depuis quinze ans (...) le nombre de contrôles" des sites industriels classés "a pratiquement été divisé par deux". Pour les sénatrices, il faut "renforcer les moyens humains et financiers consacrés" à la prévention.

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