Incendie de l'usine Lubrizol : six questions toujours sans réponse

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INTERROGATIONS - La conférence de presse du préfet de Normandie, et les quatre communiqués qui ont suivi, n'ont pas éteint les inquiétudes des riverains et de leurs représentants au sujet des répercussions sur l'environnement et la santé de l'incendie de l'usine Lubrizol, survenu dans la nuit de jeudi à vendredi à Rouen.

Le mot d'ordre des autorités tient en huit lettres : rassurer. Encore ce samedi 28 septembre, le préfet de Normandie, Pierre-André Durand, a assuré que "la qualité de l'air est dans son état habituel". Donnant de plus amples explications sur des résultats d'analyses qu'il juge "encourageants". Pourtant, parmi les habitants , les associations ou les élus locaux, les inquiétudes ne font que perdurer quant à l'impact sanitaire et environnemental de l'incendie de l'usine Lubrizol, classé Seveso. Car de nombreuses questions restent encore en suspens.

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Quelle est la cause de l’incendie?

Si l’enquête pour "destructions involontaires par l'effet d'une explosion ou d'un incendie" a été élargie samedi pour le chef de "mise en danger d'autrui", on n’en connaît toujours pas les premières pistes. Dans un communiqué, Lubrizol précise que l'incendie a touché "les installations d’enfûtage et d’entreposage de l’usine (…), ainsi qu'un entrepôt voisin" n’appartenant pas à la société, et souligne qu’elle ignore toujours "où et comment le feu s’est déclaré". "La direction travaille en étroite collaboration avec les autorités locales afin de déterminer l’origine du sinistre", écrivent les responsables qui, dans la presse, ne "comprennent pas". Auprès de France Bleu Normandie, Frédéric Henry, le président de Lubrizol France, se dit "étonné de voir un incendie qui démarre comme ça en pleine nuit à un endroit où il n'y a personne". Selon lui, la catastrophe n'est pas liée à un défaut de sécurité, ni à une erreur d'un employé.

Lors de la conférence de presse de samedi, les autorités n’ont quant à elles livré aucune information complémentaire sur ce sujet. 

Quelle est la liste précise des produits brûlés ?

Alors que "l'intégralité" des produits présents dans l'entreprise est consultable en ligne, on ne sait toujours pas lesquels sont partis en fumée. Pourtant, les autorités ont assuré disposer de la liste complète des produits utilisés par Lubrizol, dont ils se serviront pour réaliser de nouvelles analyses. En attendant, les informations arrivent au compte-goutte, poussant les ONG et associations à demander "plus de transparence".  

Nous savons toutefois que "des hydrocarbures, des huiles et des additifs chimiques pour huiles de moteur" constituent "l'essentiel de ce qui a brûlé", selon la préfecture, qui précise que toutes les recherches effectuées pour le moment "montrent des résultats inférieurs aux seuils critiques".  

Les autorités ont également confirmé la présence d'amiante dans la toiture partie en fumée. "Il s’agit d’un sujet identifié qui est suivi tant pour la protection des travailleurs et sapeurs-pompiers que des riverains", indique la préfecture dans un communiqué, précisant que les premiers résultats seront disponibles à compter de mardi. A noter également, la présence de benzène a été relevée sur le site industriel. Un composé organique classé cancérogène par le Centre international de recherche contre le cancer.

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Jusqu’où est allé le nuage ?

Porté par des vents du sud-ouest, le nuage de fumée qui s’est échappé de l’incendie s’est déplacé vers le nord. Dans les Hauts-de-France, les services de l’Etat ont donc décidé de ce dimanche un recensement des territoires "susceptibles" d’avoir été touchés par des suies. Dans un communiqué, l'Agence régionale de santé (ARS) a demandé aux habitants qui constatent "la présence de retombées sous forme de suie" "de le signaler aux forces de l’ordre.

Encore plus au nord, en Belgique, le centre de crise de Wallonie a confirmé que la fumée avait continué sa route Outre-Quiévrain. "D’après les modèles météorologiques de l’IRM, le nuage aurait déjà atteint notre pays 5 à 6 heures après le début du dégagement des fumées, soit dans la matinée du 26 septembre", indique ainsi l’agence, citée par Le Soir, ajoutant que le nuage se trouve désormais sur les Pays-Bas. 

Comment vont être évalués et contrôlés les dégâts sur l’agriculture ?

En pleine période de récoltes, un arrêté a interdit la pratique dans plus d’une centaine de communes, et ce jusqu’à "l’obtention de garanties sanitaires", notamment avec des résultats d’analyses attendus en milieu de semaine. Une interdiction valable même si aucune trace de pollution n’est "visible". Devront donc être consignés, sous la responsabilité de l'exploitant, le lait collecté issu d'élevages dont les vaches étaient au pâturage depuis le jeudi, les œufs des élevages de plein air pondus et le miel collecté depuis le jeudi ainsi que les poissons d’élevage produits dans la zone concernée. Mais que signifie la "responsabilité de l'exploitant", comment vont ils être contrôlés ? Ce dimanche, par exemple, dans certaines exploitations, des vaches étaient laissées à l'extérieur volontairement afin que la suie retombées sur leur robe puisse être nettoyée par la pluie. Des tests sont également en cours pour vérifier la qualité de lait des exploitations touchées par les fumées. (voir la vidéo ci-dessous)

Quant au long-terme, les incertitudes persistent. Tout ce que les agriculteurs savent c’est que, au-delà de préserver la santé de la population, cet arrêté doit également servir à protéger la profession des "conséquences économiques graves" que peuvent engendrer l’introduction dans les circuits de "substances indésirables". Et afin d’assurer cet impact sanitaire et environnemental, le préfet de la Seine-Maritime a mis en place une "cellule post-accident technologique". Elle aura pour mission d’évaluer la situation, d’organiser des campagnes de prélèvements et de gérer le "suivi sanitaire de l’événement".

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Incendie à Rouen : les conséquences dans les exploitations agricoles

Quel impact sur la santé ? Et quel suivi des populations ?

Au-delà des sols et de l’eau, une grande partie de la population de l’agglomération rouennaise a été exposée pendant plusieurs heures au panache de fumée. Si elles ne sont pas d’une "toxicité aiguë", entendre par là qu’elles ne sont pas directement mortelles, les populations ont tout de même été exposées à des substances toxiques. De quoi pousser associations et riverains à demander un suivi médical sur le long terme. "Il n’y a heureusement pas eu de décès dans les premières heures et on s’en félicite mais maintenant on ne peut pas exclure qu’il y ait des maladies chroniques, que certains cancers soient plus présents dans les années à venir", s’inquiète ainsi François Veillerette co-fondateur et porte-parole de Générations futures au micro de LCI. Son association de défense de l’environnement,  mais aussi des habitants de Rouen réclament désormais de l'Etat "un plan de suivi épidémiologique des populations". (Voir la vidéo ci-dessous)

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Incendie à Rouen : "Il faut suivre l'état de santé des populations sur le long terme"

Quelles aides financières ?

Concernant les agriculteurs, leur prise en charge a été évoquée par le directeur départemental des territoires et de la mer (DDTM) de la Seine-Maritime, Laurent Bresson. En conférence de presse, il a indiqué que cette question allait "se poser" mais que "le dispositif n’est pas encore construit". Des conséquences financières qui seront à "la charge de l’exploitant" de l'usine a d’ores et déjà prévenu le préfet. "Lubrizol aura à payer ce qui est imputable aux conséquences de l’incident." Pour rappel, l’usine fait partie de Berkshire Hathaway. Ce holding appartient à l’Américain Warren Buffett, troisième fortune mondiale.

Mais certains élus désirent aller encore plus loin. Olivier Faure, le numéro un du PS, demande à ce que "l’état de catastrophe industrielle" soit déclaré afin de "permettre aux victimes de faire valoir leurs droits auprès des assurances". 

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