Incendie de Lubrizol à Rouen : un mois après, les questions qui demeurent

Incendie de Lubrizol à Rouen : un mois après, les questions qui demeurent
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L’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen

ZONES D'OMBRE - Un mois après l'incendie survenu à Rouen de l'usine du géant américain Lubrizol, des questions demeurent sans réponse. Une nouvelle manifestation d'habitants a lieu ce samedi devant le Palais de justice de la ville. Retour sur un accident hors normes.

De nombreuses interrogations et inquiétudes demeurent, un mois après l'incendie de l'usine Lubrizol, classée Seveso seuil haut, le 26 septembre dernier.  Une nouvelle manifestation d'habitants se tient ce samedi après-midi devant le Palais de justice de Rouen.  

Retour sur les faits

Dans la nuit du 25 au 26 septembre, aux alentours de 2h30 du matin, une partie de l'usine Lubrizol, ainsi que trois autres bâtiments de la société Normandie Logistique, ont été ravagés par un incendie gigantesque. Très rapidement des pompiers et les policiers de la ville sont intervenus pour éteindre l'incendie et sécuriser la ville. Le panache de fumée de 22km de long et 6km de large était largement visible à des kilomètres alentours mais fort heureusement, aucune victime n'a été à déplorer. 

Quels ont été les dégâts sur place et qu'est-ce qui a brûlé ?

Sur place, les dégâts sont considérables. Plus de 1300 fûts dont 160 à risque et pesant près de 200kg chacun ont été endommagés. En tout, ce sont près de 9505 tonnes dont 5253 tonnes de produits chimiques qui ont brûlé, sur le site même de l'usine Lubrizol. Du côté de Normandie Logistique, 4252 tonnes de produits sont partis en fumée. 

Les fûts ont commencé à être évacués cette semaine, grâce à un robot vers un centre spécialisé de traitement des déchets dangereux à Sandouville, près du Havre. En effet, des fûts identifiés comme "à risque" contiennent une substance qui, chauffée, peut causer des émanations d'hydrogène (H2S), un gaz "extrêmement dangereux", et de Mercaptan, un gaz "très incommodant". Pour cette opération, un équipement provisoire de confinement a été construit au-dessus de ces fûts. 

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Où en est l'enquête judiciaire ?

On ne connait toujours pas, à ce jour, les causes précises de l'incendie. Initialement, l'enquête avait été confiée au parquet de Rouen, mais celui-ci s'est dessaisi au profit du pôle de santé publique du parquet de Paris. Pour l'heure, les investigations n'ont pas permis "de déterminer, à ce jour, la localisation précise du départ" du feu, a indiqué, ce jeudi 24 octobre, le procureur de la République de Paris. Des perquisitions ont eu lieu le 10 octobre dans les locaux administratifs de l'usine Lubrizol à Rouen et de Normandie Logistique. Tandis que des investigations sur le site sont menées par des enquêteurs spécialisés et de la police judiciaire.

Les investigations sur le site sont réalisées par 13 enquêteurs de la Gendarmerie nationale (dont six experts incendie), avec le soutien de gendarmes de l'Oclaesp (Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique) et de la police judiciaire. Début octobre, on comptabilisait 130 plaintes déposées à la suite de cet incendie. 

Le procureur a par ailleurs indiqué que le parquet s'était saisi d'un rapport d’inspection de la direction régionale de l'environnement "faisant état de la commission de plusieurs infractions par la société Normandie Logistique", voisine de la société Lubrizol à Rouen.

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Que disent les responsables des usines concernées ?

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Incendie de Lubrizol à Rouen : la vie un mois après

Pour l'heure, les deux sociétés impliquées que sont Lubrizol et Normandie Logistique se rejettent l'une et l'autre la responsabilité de l'origine de l'incendie. La société Lubrizol affirme que l'incendie avait vraisemblablement commencé à l'extérieur de son site, se basant sur "la vidéosurveillance et des témoins oculaires". Dans un entretien à Paris-Normandie, le directeur général de Normandie Logistique Christian Boulocher a répliqué qu'"à ce jour, aucun indice" ne permettait de penser que "l'incendie "puisse être parti de chez nous". Plusieurs maires de l'agglomération rouennaise ont interpellé le Premier ministre afin que l'Etat reconnaisse l'existence de "victimes"et qu'il déclare "l'état de catastrophe technologique". 

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Des conséquences sanitaires et alimentaires ?

Dans la foulée de la catastrophe, la commercialisation des produits agricoles issus des territoires au-dessus duquel, le panache de fumée s'est élevé, a été interdite. Des suies ont été constatées en Seine-Maritime, dans l'Oise, le Nord, la Somme et l'Aisne. Cette mesure d'interdiction de commercialisation a pris fin le 14 octobre dernier pour les produits laitiers et le 18 octobre dernier, pour les autres productions. L'eau est "parfaitement potable", a expliqué le préfet de Normandie, Pierre-André Durand. 

Au sein de la population, de très nombreux rouennais ont été victimes de symptômes extrêmement gênants, comme des maux de tête, des nausées, des vomissements ou encore des diarrhées. Ces conséquences physiques ont très progressivement disparu, en même temps que les odeurs d'hydrocarbures très incommodantes pour les habitants. 

Reste que si les symptômes ont disparu, l'incertitude demeure sur les conséquences à plus long terme. L'Etat va ainsi mener une "enquête de santé"  auprès de la population qui était sous la fumée de l'incendie. Elle doit démarrer en mars. Son objectif est "de mesurer les nuisances qui ont été  vécues par les personnes exposées, les symptômes ressentis, l'impact sur la  qualité de vie, les relations sociales, familiales, professionnelles et puis  les conséquences psychosociales et la santé perçue", a expliqué Anne Laporte  directrice des régions de l'agence Santé publique France lors d'un comité de  transparence sur l'incendie à Rouen. Elle concernera les 215 communes qui se sont retrouvées sous le panache de  fumée de 22 km de long. "C'est scandaleux", a réagi le député européen EELV et élu de la métropole  de Rouen David Cormand, interrogé par téléphone.

"L'enquête préalable aurait dû être déjà mise en oeuvre. Le temps perdu  avant de lancer éventuellement une enquête sérieuse aura pour effet qu'on ne  saura pas à quoi ont été exposées les populations au moment de la catastrophe",  a-t-il ajouté

Pour le moment, seuls les agents publics intervenus dans le périmètre des 500 m de l'usine, se sont vu proposer des prélèvements sanguins. Et des anomalies hépatiques ou rénales sont apparues. "Ces anomalies semblent mineures mais touchant un grand nombre de personnes, 100 à 200 (pompiers et policiers ndlr). Il faut vraiment qu'on investigue", pour savoir s'il y a un lien avec la catastrophe, assure à l'AFP Jean-François Gehanno, professeur au CHU de Rouen. 

Ce médecin a participé à la définition du protocole de prélèvements pour les pompiers "manifestement pas tous" protégés "et en tout cas pas tout le temps". 

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Quel impact économique ?

Très peu de temps après l'incendie, les agriculteurs de Normandie et des Hauts-de-France ont rapidement fait part de leurs inquiétudes sur leur production. Le préjudice causé par cet incendie a été estimé "entre 40 et 50 millions" d'euros et en tout, ce sont 3.000 agriculteurs qui ont été concernés par les conséquences de l'incendie, selon le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume. Le groupe chimique américain Lubrizol s'est dit prêt à financer des indemnisations pour les agriculteurs, sans avancer de chiffres. Il a aussi fait part de la possibilité d'abonder un fonds pour soutenir le tourisme. 

La direction du travail a comptabilisé "85 demandes d'entreprises de recourir à de l'activité partielle pour protéger la situation de l'emploi de 2.000 salariés normands". Une dizaine d'entreprises "sont significativement affectées" par les conséquences du sinistre, selon Gaëtan Rudant, directeur régional du travail, qui juge l'impact "réel mais modéré". 

Ce vendredi 25 octobre, Edouard Philippe a assuré à Rouen qu'il serait "extrêmement vigilant" sur l'indemnisation "complète" et "rapide" des acteurs économiques par Lubrizol. Le PDG du groupe américain, Eric Schnur, et le président du groupe en France, Frédéric Henry, ont signé en milieu de matinée à la préfecture deux conventions d'indemnisation avec les agriculteurs, les commerçants, les entreprises et les collectivités.

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Où en sont les commissions parlementaires ?

La commission d'enquête parlementaire du Sénat mis sur place après la catastrophe a six mois pour "d'évaluer l'intervention des services de l'État dans la gestion des conséquences environnementales, sanitaires et économiques de l'incendie de l'usine Lubrizol". La commission se penchera aussi sur l'application des règles auxquelles sont soumises les installations classées.

Elle s'est d'ailleurs rendue, ce jeudi 24 octobre sur les lieux de l'incendie. L'Assemblée nationale a, elle, mis en place une mission d'information.

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