Incendie du sous-marin nucléaire "Perle" : la stratégie de la marine nationale mise à mal ?

Incendie du sous-marin nucléaire "Perle" : la stratégie de la marine nationale mise à mal ?
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CONSEQUENCES - Les expertises ont commencé sur le "Perle", l'un des six sous-marins d’attaque nucléaire français, ravagé par le feu durant quatorze heures vendredi 12 juin sur les chantiers de Toulon. Pas de blessé ni de risque environnemental à déplorer mais une remise en cause possible de la stratégie militaire sur les mers.

L'heure est à l'estimation des dégâts après l'incendie du Perle, l'un des six sous-marins d'attaque nucléaire français, ce vendredi. Un sinistre qui a duré quatorze heures, alors que le navire était en rénovation à Toulon et qui n'a heureusement pas fait le moindre blessé, ni causé de pollution préoccupante. Sur le plan environnemental, il n'y a "aucun risque à craindre", a assuré la ministre des Armées Florence Parly : "Il y a eu un incendie, mais non, il n'y a pas eu d'accident nucléaire".  

"Aucun combustible nucléaire, aucune arme (missile, torpille, munitions) n'étaient à bord" a-t-elle ajouté et, pendant l'incendie, "des mesures ont été prises dans la zone arrière pour protéger le compartiment du réacteur nucléaire". La préfecture du Var a fait réaliser des mesures de pollution atmosphérique et de radioactivité "par des experts indépendants", qui n'ont pas relevé d'anomalie. La Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité (Criirad) avait appelé vendredi à la "vigilance" des autorités, estimant que "l'absence de combustible (à bord) ne signifi[ait] pas qu'il n'y a[vait] pas de radioactivité". 

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Un "travail pharaonique" selon une source militaire

Cet incendie n'en reste pas moins un coup dur pour la marine, condamnée à des choix stratégiques dont elle se serait dispensée dans un environnement mondial tendu. 

Un représentant du maître d’œuvre industriel de la réparation, Naval Group, avait qualifié ce vendredi le sinistre de "sérieux", redoutant que le submersible ne soit perdu. En réalité, des semaines entières de travail seront nécessaires pour savoir si la "coque épaisse" du bâtiment, qui résiste à la pression des profondeurs, a été touchée. Si oui, le sous-marin pourrait finir à la casse. Un tableau noirci par plusieurs interlocuteurs. "Il y a des kilomètres de câbles à remplacer, c'est un travail pharaonique", constatait une source militaire. 

Aux inquiétudes, s'ajoutent d'inéluctables conséquences opérationnelles. Le SNA est une arme multifonctions, qui peut s'approcher des côtes et ramener du renseignement de grande qualité. Or, la France, qui dispose officiellement de six SNA, n'en avait déjà plus que de 5 depuis l'été 2019. La faute au désarmement de l'un d'entre eux, le Saphir. La France ne dispose alors plus que de trois bâtiments opérationnels. 

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Un "trou de capacité opérationnel" en 2021

Si son impact sur 2020 est nul, l'incident devrait créer en 2021 un "trou de capacité opérationnel sur un parc de sous-marin déjà contraint" selon le capitaine de vaisseau Eric Lavault, porte-parole de la Marine, interrogé par AFP. Car si la dissuasion nucléaire aura toujours la priorité de l'état-major, les opérations conventionnelles vont souffrir. Le SNA étant potentiellement mobilisable dans l'Océan indien, au large de la Libye, de la Syrie et sur le plateau continental atlantique. "Tout le travail de planification va débuter pour faire rentrer l'édredon dans la valise", résume Eric Lavault.

En découlent alors des conséquences budgétaires : "Quand on a une posture dimensionnée au plus juste depuis des décennies et qu'il se produit un accident majeur comme celui là, on n'est résilient que sur certaines missions", affirme Corentin Brustlein, chercheur à l'Institut français des relations internationales (IFRI) à l'AFP. Il décrit un paradoxe entre la nécessité de la modernisation de l'outil militaire et le coût opérationnel de la perte d'une arme sophistiquée. Un argument lourd au moment de discuter de l'exécution de la loi de programmation militaire 2019-2025, dont l'actualisation est prévue l'an prochain sur fond de crise post-covid. 

La cause du sinistre demeure inconnue

Dernier des six-sous marins nucléaires d'attaque français de type Rubis à être entré en service en 1993, Perle était entré au bassin en janvier pour un chantier de rénovation et de modernisation qui devait durer 18 mois, et le rendre opérationnel jusqu'à la fin des années 2020. Une enquête judiciaire et des enquêtes techniques ont été lancées, et l'inspection générale des armées a été saisie. La cause du sinistre demeure inconnue alors que plusieurs interventions techniques étaient en cours, notamment sur le pont inférieur. "Chacun a son idée mais aujourd'hui on ne sait pas" quelle est l'origine du sinistre, a indiqué une source proche du dossier.

Par chance, en raison de la rénovation, "la quasi-totalité des équipements du navire n'était plus à bord", et les précieux sonars, tubes lance-torpille, ou batteries sont donc "intacts", relève néanmoins la ministre Florence Parly qui espère "prendre une décision étayée, éclairée le plus rapidement possible" : "Si ces analyses permettent de considérer que la Perle est réparable, tout sera fait pour".

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