Interprètes afghans de l'armée française : seulement 43 visas délivrés sur 180 demandes

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DIPLOMATIE - Le processus de relocalisation des personnels afghans de l'armée française est clos. L'occasion de faire le point sur ce procédé aux contours opaques qui a permis à certains d'entre eux d'obtenir des visas pour la France. Pour les autres, c'est un quasi retour à la case départ.

Dans l'affaire des anciens interprètes afghans de l'armée française, le processus de relocalisation entamé en novembre dernier et qui devait permettre à certains anciens personnels d'obtenir des visas pour la France, était une grande source d'espoir. Il devait leur permettre de rejoindre légalement la France, après avoir servi aux côtés des forces françaises durant la campagne d'Afghanistan. Depuis le départ des troupes françaises, ceux qui n'ont pas obtenu de visa pour la France rapportent qu'ils sont menacés de mort par les insurgés talibans, ces derniers les accusant de "trahison" et à la merci de la moindre dénonciation sur leurs états de service. 

Après deux procédures d'attribution de visas en 2012 et 2015, un peu moins de 180 auxiliaires afghans ont pu rejoindre la France avec leurs familles. Dans un "mémoire en défense" adressé au Conseil d'État, le gouvernement avait promis de procéder "à un réexamen à titre humanitaire des dossiers de demande de relocalisation" de dizaines d'Afghans ayant notamment servi d'interprètes pour les forces françaises. 

Un troisième processus s'est donc ouvert en novembre dernier pour traiter les 152 demandes refusées en 2015 et une petite trentaine de dossiers restés en marge de ces processus s'est ajouté à ceux initialement prévus. Au total, ce sont donc 180 personnes qui ont déposé leurs dossiers dans l'espoir d'obtenir ce précieux sésame.

Sur 180 dossiers déposés et 90 présélectionnés, seuls 43 ont obtenu des visas

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A l'arrivée, la déception est immense. Sur les 180 dossiers déposés dans cette troisième procédure, seuls 43 ont été pris en compte, sur les 90 présélectionnés par le Ministère de la Défense et convoqués à l'ambassade France à Islamabad. Et sur tous les dossiers refusés, soit environ 47, seuls 4 savent pourquoi on leur refuse des visas : "atteinte à la sécurité nationale". Un argument opaque et peu compris par l'Association des Interprètes afghans de l'armée française au vu de leurs dossiers. 

Quant aux autres, ils ont vu leurs dossiers balayés d'un revers de manche sans aucune explication et notification de refus. "La plupart des personnels rejetés ne savent pas pourquoi ils le sont et ne le sauront pas puisqu'aucune notification ne leur sera envoyée", détaille Caroline Decroix, vice-présidente de l'association des interprètes afghans de l'armée française. Quant aux quatre personnes à qui on a refusé les visas pour "atteinte à la sécurité nationale", elles ne pourront pas prétendre à la protection fonctionnelle mais pourront néanmoins contester cette décision, en obtenant un réexamen de leur situation devant un tribunal. 

La veuve de Qader Daoudzai, cet ancien interprète mort en octobre dernier lors d'un attentat suicide dans un bureau de vote, avait demandé à être intégrée à ce processus et a formulé une demande ...  restée sans réponse. Elle devra alors se tourner vers l'aide juridictionnelle, exceptionnellement accordée à une quarantaine de ces personnels : "une vraie victoire" estime Caroline Decroix, vice-présidente de l'association des interprètes afghans de l'armée française. 

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Ce processus de relocalisation extrêmement sélectif excluait les demandeurs d'asile situés hors d'Afghanistan. Sur la route de l'exil, ils ont vu leur situation ne pas être éligible à ce réexamen à titre humanitaire. "Ils ont été refusés car le seuil de menace n'est plus le même", éclaire Mme Decroix. Ceux qui se trouvent actuellement en France n'ont pas été pris en compte non plus mais ils pourront obtenir une protection de l'OFPRA, sans bénéficier de tout le dispositif d'accueil en France. 

Quant aux personnes refusées mais qui demeurent encore en Afghanistan, elles auront la possibilité de contester le refus de protection grâce à l'aide juridictionnelle. "Le droit à la protection fonctionnelle peut être actionné par la personne et le ministère des Armées des demandes de la part de tous ces gens. Ils n’ont pas eu de réponse mais ils ont le moyen d’avoir un recours en justice", explique Caroline Decroix. Et de préciser que la seule façon de protéger ces personnes est une "modification du cadre législatif existant qui permettrait de mettre en place un dispositif de protection sur, transparent et inscrit dans la loi de nos auxiliaires en zones de conflits". Car le problème risque de se poser lorsque la France quittera les zones sur lesquelles elle est engagée, comme l'opération Barkhane. 

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