Danielle Bousquet : "le sexisme se manifeste quotidiennement dans la vie des femmes"

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LUTTE – La lutte contre le sexisme commence-t-elle par les blagues sexistes ou les remarques désobligeantes dont les femmes peuvent faire l’objet quotidiennement ? C’est ce que défend Danielle Bousquet, la présidente du Haut conseil à l’égalité (HCE), qui publie son premier "état des lieux du sexisme", ce jeudi.

Le Haut conseil à l’égalité (HCE) publie ce jeudi le premier rapport officiel sur l’état des lieux du sexisme en France, en choisissant de mettre l’accent sur les blagues et remarques sexistes quotidiennes. Pour Danielle Bousquet, la présidente du HCE, la lutte contre les inégalités et la violence sexiste commence par ces pratiques à l’apparence anodine, qui bénéficient d’une plus grande tolérance sociale.

LCI - Pourquoi avoir choisi de mettre en lumière les blagues et les remarques sexistes dans ce premier rapport ?

Danielle Bousquet - Parce que le sexisme est une idéologie qui consacre l’infériorité des femmes par rapport aux hommes, et que cette idéologie qui fait des ravages se manifeste quotidiennement dans tous les actes de la vie des femmes. On démarre sa journée en écoutant l’une des matinales de radio par des blagues sexistes. Puis on continue, on va au travail et on se fait éventuellement insulter de salope ou de connasse dans la rue par un homme à qui on n’a pas voulu donner son 06. Et ainsi de suite. Tout cela devient plus visible quand on démonte la manière dont c’est fait.

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 LCI - Comment répondre pénalement à ces actes sexistes qui se manifestent au quotidien ?

Danielle Bousquet  - Avant de donner une existence juridique à ce combat, il faut lui donner une existence réelle dans la vie et l’esprit des gens. Le sexisme est tellement banalisé qu’on peut ne pas se rendre compte qu’on l’est. Un homme qui fait une blague sexiste n’a pas forcément l’intention d’être désagréable, mais il le fait parce que c’est accepté, c’est courant. Donc il faut d’abord rendre le sexisme visible, avec cette étude scientifique et des indicateurs. Il faut mesurer la tolérance des gens à ces pratiques, puis mettre en place des politiques publiques. Celles-ci commencent par la formation et la sensibilisation des médias, qui sont d’importants prescripteurs de sexisme. Il faut aussi outiller le grand public, la police et les magistrats. Ensuite, il faudra refaire la même étude pour savoir si la tolérance au sexisme est toujours aussi grande. C’est comme cela qu’on pourra avancer. Enfin, n’oublions pas les enfants : l’éducation à l’égalité doit se faire à l’école, mais les parents doivent prendre leur part, car ils comprennent ce qu’est le sexisme.

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 LCI - Le rapport soulève le problème du manque de réponse judiciaire pour des actes pourtant répréhensibles. Pensez-vous que c’est en changeant la société qu’on arrivera à une meilleure prise en charge ?

 Danielle Bousquet - Ça marche dans les deux sens. Aujourd’hui, les outils existent déjà pour punir les injures sexistes, qui sont passibles de peines allant jusqu’à un an de prison et de 45.000 euros d’amende. Pourquoi n’y a-t-il pas de punition ? Parce qu’il n’y a pas de plainte. Et il n’y a pas de plainte parce que les femmes se disent qu’on ne prendra pas leur plainte au commissariat. On se dit qu’on ne va pas être écoutée. Et puis les copines, les copains, la famille peuvent toujours dire « tu ne vas pas nous enquiquiner pour une main aux fesses ». Les femmes hésitent, et certaines ne se rendent même pas compte qu’il s’agit d’un acte sexiste. Et si elles vont au commissariat, on leur répond souvent que ça ne mérite pas un dépôt de plainte. Et s’il y a plainte, les magistrats vont répondre qu’il y a des choses plus sérieuses dont ils doivent s’occuper. Voilà pourquoi il est nécessaire de comprendre ce qu’est le sexisme et en quoi l’inégalité entre les femmes et les hommes est la plus grande inégalité de notre société, dont la source est le sexisme. C’est une question de cohésion sociale.

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