10 fois plus d’actes antichrétiens que d’actes antimusulmans : que signifie ce chiffre ?

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A LA LOUPE - Alors qu'une marche contre l'islamophobie est organisée ce dimanche 10 novembre à Paris, de nombreux internautes mettent en avant des données du ministère de l'Intérieur pour démontrer que les discriminations religieuses touchent davantage les catholiques. A La Loupe revient sur ces chiffres qui concernent principalement des dégradations de biens.

Alors que la thématique brûlante du voile a resurgi sur le devant de la scène, et après l'attaque contre une mosquée à Bayonne, une cinquantaine de personnalités ont appelé à manifester ce dimanche pour "dire stop à l’islamophobie" et à la "stigmatisation grandissante" des musulmans en France.

Certains internautes ont réagi à cette annonce en relayant des données du ministère de l'Intérieur - publiées sur notre antenne - révélant les actes contre les religions en France : 1063 actes antichrétiens, 541 actes antisémites et 100 actes antimusulmans en 2018. "Il va falloir refaire les panneaux et les banderoles pour dimanche", commente l'un d'entre eux.

Un argument repris par le directeur de la rédaction de Valeurs Actuelles sur notre antenne, pour remettre en cause le concept d'islamophobie :

Qu'en est-il ? Pour bien comprendre, il faut revenir sur la signification de ces chiffres.

En termes de pourcentage, les lieux de culte musulmans et juifs sont bien plus ciblés

Ces données proviennent du service central du renseignement territorial (SCRT), un organisme du ministère de l'Intérieur, qui recense chaque année les différents actes antireligieux. Beauvau a présenté son bilan pour l'année 2018 en février dernier, par le biais d'un communiqué de presse. Fin avril, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a repris ces chiffres, de manière plus détaillée, dans son rapport annuel sur "la lutte contre le racisme sous toutes ses formes".

On y apprend que 1063 actes antichrétiens ont été recensés au cours de l'année 2018. Le ministère de l'Intérieur avait expliqué à nos confrères de Checknews, en février, que ces actes étaient "essentiellement des dégradations ou atteintes aux biens, et (concernaient) en grande majorité des dégradations ou du vandalisme dans les églises et dans les cimetières". Il estimait à "moins de mille" les dégradations et à "une centaine" les actions violentes. Ces dégradations concernaient pour "les deux-tiers, voire les trois-quarts (..) des bâtiments religieux, et le reste des sépultures". En prenant la fourchette la plus haute, on peut donc considérer qu'environ 750 églises ont été touchées. Si l'on divise ce nombre par 365, on arrive à 2 églises vandalisées par jour. Un chiffre qui revient régulièrement dans le débat public.

Celui-ci doit toutefois être nuancé : par vandalisme, on entend toute dégradation qu'il s'agisse d'un simple graffiti ou de la destruction d'un "trésor" religieux. Surtout, Beauvau explique que cette statistique s'explique par le nombre d'églises en France, bien plus important que n'importe quel autre lieu de culte. Selon l'Observatoire du patrimoine religieux (OPR), on compte aujourd'hui 55.000 édifices catholiques - qu'il s'agisse de cathédrales, d'églises, de collégiales ou de chapelles de lycée - contre 2.200 mosquées et espaces de prière et 500 synagogues. En termes de pourcentage, les lieux de culte musulmans et surtout juifs sont donc bien plus ciblés.

On dénombre en effet 541 faits antisémites dont 102 concernant des atteintes aux biens. Ces faits concernant principalement des menaces à caractère antisémite (358) ainsi que 80 violences et tentatives d'homicide et un homicide. "On constate (en 2018) une forte augmentation des actes antisémites puisqu’ils ont connu une hausse de 73,9 %", note le CNCDH (311 actes en 2017). 

Si l'on compare le nombre d'actes antireligieux (qui concernent principalement des destructions de biens) - sans tenir compte des menaces -, moins de 2% des églises ont été impactées, contre 9% des synagogues et 4,5% des lieux de culte musulmans.

Ces "actions" à l'encontre des musulmans ont diminué de 2017 à 2018 mais les menaces ont, elles, augmenté de 12%. 

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