Islamisme radical : le collectif Cheikh Yassine, une organisation pro-palestinienne habituée des provocations

Abdelhakim Sefrioui, créateur du collectif Cheikh Yassine.

Photo prise le 29 décembre 2012 lors d'une manifestation non-autorisée en faveur de la Palestine.

DECRYPTAGE - La dissolution du collectif Cheikh Yassine a été actée mercredi en Conseil des ministres. Ce groupement serait "directement impliqué" dans l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine.

"Plusieurs dizaines d’actions concrètes ont été lancées ces derniers jours contre des organisations, des associations ou des individus qui portent un projet d’islamisme radical, ou une idéologie de destruction de la République. Nous ne les laissons pas passer". A l'issue d'un déplacement dans la préfecture de Bobigny (93), Emmanuel Macron s'est voulu offensif. Le président de la République en avait profité pour annoncer la dissolution à venir du groupe Cheikh Yassine, "directement impliqué" dans l'assassinat de Samuel Paty. Le conseil des ministres a prononcé mercredi la dissolution du collectif pro-palestinien Cheikh Yassine.

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Un groupe connu pour ses positions radicales

Ce groupe se présente comme une organisation pro-palestinienne et porte le nom du fondateur du Hamas, Ahmed Yassine, tué dans la bande de Gaza en 2004. Ce collectif est connu notamment pour les coups médiatiques de son fondateur, le militant islamiste radical Abdelhakim Sefrioui, aujourd’hui mis en cause dans l’enquête sur l’assassinat de Samuel Paty

"C'est un agitateur professionnel, qui sait organiser des petits coups très spectaculaires et être présent dans les médias", explique à l'AFP le politologue Gilles Kepel, spécialiste de l'islam. Son collectif compte "un nombre très faible de personnes, quelques dizaines, qu'il rassemble pour ses coups d'éclats."

Et particulièrement, au moment des prières de rue qui se sont déroulées à plusieurs reprises pour protester en 2009, contre Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris ou encore en 211, lors d'une marche contre l'Islamophobie. En 2010, le collectif a ciblé l'imam de la mosquée de Drancy, Hassen Chalghoumi, pourfendeur de l'intégrisme musulman. Pendant des mois, le collectif Cheikh Yassine avait manifesté devant son lieu de culte. Deux membres de l'organisation avaient d'ailleurs écopé de deux mois de prison avec sursis pour avoir tenté de s'introduire au domicile de l'imam. 

Sur la page Facebook du collectif, inaccessible aujourd'hui, le drapeau palestinien flotte aux côtés de visages d'enfants apeurés et d'images de bombardements. Le collectif y relayait notamment des appels aux dons pour aider la bande de Gaza et des billets de blog anti-Israël. Ce mercredi 21 octobre, le Hamas a affirmé par communiqué n'avoir "aucun lien" avec ce collectif.

Qui est son fondateur ?

Abdelhakim Sefrioui, actuellement en garde à vue dans le cadre de l'enquête sur l'attentat de Conflans-Sainte-Honorine, "réfute toute implication" dans l'acte commis. Toutefois, ce militant fiché S actif en région parisienne est considéré comme "directement impliqué" dans l'assassinat du professeur Samuel Paty de Conflans-Sainte-Honorine, selon Emmanuel Macron.

Dès le début des années 2000, Sefrioui s'insurge contre la loi interdisant le port de signes religieux à l'école. Lorsque la France interdit le port du voile intégral en 2010, le collectif dénonce par la voix de son fondateur, "une atteinte grave aux libertés individuelles" et estime que les musulmans sont devenus "les moutons noirs" du pays. En 2014, le collectif avait participé aux manifestations en France pour protester contre l'opération israélienne "Bordure protectrice" dans la bande de Gaza. M. Sefrioui y avait scandé des slogans à la gloire du Hamas et du djihad. 

Avec son organisation, le militant antisioniste, qui s'est un temps rapproché de Dieudonné dans les années 2000, "essaie de transformer le soutien au peuple palestinien, qui est une cause très vaste, au profit des objectifs de la mouvance radicale des Frères musulmans", estime auprès de l'AFP, Gilles Kepel.

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Le CCIF est-il proche des Frères musulmans ?

Une cinquantaine d'associations menacées

Cette dissolution des "ennemis de la République" n'est qu'un début, selon Emmanuel Macron. Le chef de l'Etat promet que d'autres "décisions de ce type à l’encontre d’associations, de groupements d’individus, suivront dans les prochains jours et les prochaines semaines". Une sortie qui va dans le sens des propos du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui affirmait lundi qu'une cinquantaine d'associations proches de cette mouvance - l'islamisme radical - se trouvaient dans le collimateur du gouvernement. Depuis l'attentat, les autorités n'avaient, jusque-là, ciblé publiquement que le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) et l'ONG BarakaCity. Depuis 20 ans, une trentaine d’entités ont été dissoutes sur décision de l'Etat, en majorité des associations musulmanes ou d'ultradroite.

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